
De nombreuses études ont montré qu'un mauvais sommeil contribuait à l'altération de nos facultés intellectuelles. Or l'architecture de notre sommeil se modifie avec l'âge, avec une diminution des proportions de sommeil lent profond et paradoxal, au profit du sommeil léger, ainsi qu'une plus forte prévalence des troubles du sommeil tels que les apnées du sommeil. Face à ces constats, une équipe américaine s'est penchée sur la grande cohorte intitulée Osteoporotic Fractures in Men Study (MrOS), dans laquelle 2 909 hommes ont été sélectionnés pour préciser les relations entre perturbations du sommeil et déficit cognitif. Tous les participants, âgés en moyenne de 76 ± 6 ans, ont bénéficié d'une polysomnographie à domicile ainsi que de 3 évaluations cognitives à l'hôpital, à savoir une version modifiée du MMSE (3MS), le Trail Making Test Part B (TMT-B) et le Digit Vigilance Test (DVT). Les résultats ont été ajustés sur l'âge, l'origine ethnique, le niveau d'instruction, l'indice de masse corporelle, le style de vie, les comorbidités et la prise médicamenteuse. L'analyse des résultats a montré que les sujets qui passaient le moins de temps en sommeil paradoxal au cours de la nuit avaient les plus faibles performances cognitives. Ces personnes étaient en moyenne plus âgées, rapportaient davantage de problèmes de santé, présentaient plus de difficultés aux activités instrumentales de la vie quotidienne et plus de symptômes de dépression. Elles avaient également un niveau d'éducation plus faible, consommaient davantage d'antidépresseurs et faisaient moins d'exercice physique. Ainsi, les participants du quartile inférieur (< 14,8% de sommeil paradoxal) mettaient en moyenne 5,9 sec de plus au TMT-B et 20,1 sec supplémentaires au DVT, comparés à ceux du quartile supérieur (≥ 23,7% de sommeil paradoxal). De même, une proportion plus importante de sommeil léger en stade 1 était associée à des facultés intellectuelles amoindries avec de moins bons scores aux tests cognitifs. Enfin, les patients chez qui on avait dépisté une hypoxémie nocturne sévère (SaO2 < 80%) présentaient davantage de difficultés au DVT (en moyenne + 22,3 sec) mais pas aux 2 autres tests cognitifs. Aucune association n'était retrouvée avec l'index d'apnées/hypopnées ou les éveils nocturnes. Ces résultats suggèrent l'existence d'une association entre cognition et architecture du sommeil, et plus particulièrement avec la proportion de stade 1 et de sommeil paradoxal, ainsi qu'avec l'hypoxémie nocturne sévère. Des études complémentaires permettraient de vérifier si ces mesures prédisent la survenue d'un déclin cognitif et d'en explorer les éventuels mécanismes.
Références :(Blackwell T et al. J Am Geriatr Soc. 2011;59:2217-2225)
Plusieurs études épidémiologiques récentes suggèrent que le travail posté en horaires variables favoriserait la prise de poids et les troubles métaboliques. La plupart de ces travaux ont toutefois été réalisés dans des pays asiatiques, sur des cohortes de faible taille et avec peu de précisions sur la relation entre durée du travail posté et risque de diabète de type II. Les 2 cohortes d'infirmières américaines, Nurses'Health Study I et II, suivies pendant 18 à 20 ans, ont permis, grâce à des questionnaires biannuels, de collecter des données sur leur mode de vie et la survenue de maladies chroniques. Au total, 69 269 femmes, âgées de 42 à 67 ans en début d'étude et 107 915 femmes âgées de 25 à 42 ans à l'inclusion, ont été suivies respectivement pendant 20 ans et 18 ans. Toutes étaient indemnes de maladie cardiovasculaire, de diabète ou de cancer initialement. Pour ces infirmières, le travail posté était défini par au moins 3 nuits/mois, en plus de journées et soirées de travail, au cours d'un même mois. En tout, 6 165 cas de diabète ont été documentés dans la première cohorte et 3 961 cas dans la seconde. Le nombre d'années en travail posté était associé de façon linéaire à un risque accru de diabète de type II, avec, après prise en compte des autres facteurs de risque, une augmentation significative de 5%, 20%, 40% et 58% du risque après 1 à 2 années, 3 à 9 années, 10 à 19 années et plus de 20 années respectivement passées à ce rythme, par rapport aux femmes qui n'avaient jamais travaillé de nuit. Une prise de poids excessive était notée chez les femmes qui étaient postées, augmentation que les auteurs ont chiffrée entre 0,5 et 1 kg par tranche de 5 années supplémentaires passées à ce type de poste. La relation entre durée du travail posté et diabète de type II était fortement atténuée lorsque les résultats étaient ajustés sur l'indice de masse corporelle, avec une majoration du risque qui n'était plus que de 24% après 20 années de travail posté. Pour ces chercheurs, l'augmentation du risque de diabète chez les personnes travaillant en horaires postés serait en partie attribuable à leur prise de poids.
Références :(Pan A et al. Plos Med. 2011;8:e1001141)
De nombreux travaux ont mis en évidence une relation entre temps de sommeil et risque de maladie cardiovasculaire. Peu d'études cependant se sont intéressées au lien éventuel entre durée de sommeil et capacités fonctionnelles ainsi qu'à leur déclin chez le sujet âgé. L'étude épidémiologique italienne InCHIANTI, qui porte sur les facteurs contribuant à la perte de mobilité avec l'âge, a permis de compléter les données existantes. Au sein de cette large cohorte, 751 sujets âgés d'au moins 65 ans ont été inclus et suivis pendant 6 ans. En plus du temps de sommeil déclaratif, le temps passé au lit a été également recueilli. Les capacités physiques objectives (vitesse de marche, test du lever de chaise, score d'équilibre) et subjectives (aptitude rapportée à marcher sur une distance de 400 m ou à monter un escalier) ont été évaluées à l'inclusion, à 3 ans et en fin de suivi. Les temps de sommeil et temps passé au lit les plus longs (≥ 9 heures), contrairement à une courte durée de sommeil (≤ 6 heures), étaient, indépendamment l'un de l'autre, annonciateurs d'un déclin accéléré des performances physiques et d'un sentiment de difficultés accrues de mobilité. Les plus mauvais résultats étaient observés chez ceux qui cumulaient à la fois une durée de sommeil et un temps passé au lit ≥ 9 heures, ces sujets étant considérés comme des « longs dormeurs », comparés à ceux dont les durées avoisinaient les 7-8 heures. Enfin, ceux qui rapportaient une courte durée de sommeil (≤ 6 heures) mais restaient cependant longtemps au lit (≥ 9 heures), avec donc un profil de « courts dormeurs subjectifs », présentaient un déclin des capacités physiques plus important, comparés aux vrais courts dormeurs (≤ 6 heures de sommeil) qui passaient moins de temps au lit (≤ 8 heures). Pour une même durée de sommeil, les résultats et les risques diffèrent donc en fonction du temps passé au lit, ce qui montre tout l'intérêt de recueillir également ce paramètre lors des études.
Références :(Stenholm S et al. Sleep. 2011;34:1583-1593)
Chez les insuffisants cardiaques, les apnées du sommeil, de type obstructives ou centrales, ne sont pas rares. On estime qu'environ 50% d'entre eux en souffriraient, augmentant par la même occasion leur risque de mortalité. L'une des explications serait à chercher du côté de la rétention hydrique dans la partie inférieure du corps pendant la journée qui se redistribuerait vers les poumons et le cou une fois allongé pour dormir, favorisant ainsi la survenue d'apnées. Cette rétention hydrique chez l'insuffisant cardiaque est notamment provoquée par une prise importante de sodium. Il restait à vérifier que chez ces personnes, la consommation de sel était corrélée à la sévérité de leurs apnées du sommeil. Pour y répondre, 54 patients insuffisants cardiaques, hommes et femmes, ont bénéficié d'une polysomnographie afin de dépister d'éventuelles apnées. Leur absorption de sodium a également été évaluée. Parmi eux, 31 sujets avaient un index d'apnées-hypopnées ou IAH ≥ 15. Ces malades apnéiques, âgés de 62 ± 10 ans, comparés aux non apnéiques (55 ± 15 ans), étaient plus souvent des hommes et leurs consommations de liquides, de potassium, de protéines et de calories totales étaient plus élevées que celles des non apnéiques, mais sans différence significative d'indice de masse corporelle entre les 2 groupes. De plus, la prise quotidienne de sodium était également significativement plus élevée chez ces apnéiques (3,0 ± 1,2 g versus 1,9 ± 0,8 g, p < 0,001). Les analyses multivariées ont montré que cette prise de sodium, de même que le fait d'être un homme et le niveau sérique de créatinine étaient corrélés, de façon indépendante et significative, à l'IAH, reflet de la sévérité des apnées. Ces résultats suggèrent que chez les insuffisants cardiaques, les apports alimentaires en sodium joueraient un rôle dans la pathogénèse des apnées du sommeil, en particulier en présence d'une insuffisance rénale. Il resterait à vérifier qu'une restriction des apports sodés améliorerait efficacement ces apnées.
Références :(Kasai T et al. J Am Coll Cardiol. 2011;58:1970-1974)
Les campagnes de prévention en faveur d'un meilleur équilibre nutritionnel émanant du Programme National Nutrition Santé, ou PNNS, nous rappellent régulièrement qu'il est souhaitable d'inclure 5 portions de fruits et légumes dans notre alimentation quotidienne. Mais sait-on quels sont les fruits et légumes les plus bénéfiques dans la prévention des accidents vasculaires cérébraux (AVC) ? La composition en vitamines, minéraux et antioxydants est en effet très variable d'un fruit à l'autre, en particulier selon leur couleur. Des nutritionnistes néerlandais se sont penchés sur cette question au cours d'une vaste étude de cohorte ayant regroupé plus de 20 000 hommes et femmes suivis pendant 10 ans. Les participants, âgés de 20 à 65 ans au départ, étaient alors tous indemnes de maladie cardiovasculaire. Des questionnaires validés ont permis de connaître assez précisément leur mode d'alimentation habituel. Les fruits et légumes consommés ont été répartis en 4 groupes : « verts », « jaunes/oranges », « rouges/violets » et « blancs ». Au cours du suivi, 233 AVC ont été recensés. De façon assez inattendue, seule la consommation habituelle de fruits et légumes « blancs » (pommes et poires principalement) était inversement associée à la survenue d'un AVC. Les personnes qui en prenaient plus de 171 g/jour avaient un risque d'AVC diminué de 52%, comparées à celles qui en mangeaient moins de 78 g/jour. Présenté autrement, chaque portion de 25 g/jour de ces fruits et légumes « blancs » était associée à une diminution significative de 9% du risque d'AVC. Il serait intéressant d'essayer d'identifier les constituants responsables d'un tel effet bénéfique cardiovasculaire.
Références :(Oude Griep LM et al. Stroke. 2011;42:3190-3195)
Les perturbations du sommeil sont de plus en plus incriminées dans la survenue des troubles cardiovasculaires. C'est le cas en particulier des apnées du sommeil qui, selon leur degré de sévérité, ont des répercussions très marquées sur le système cardiovasculaire. Les impatiences ou syndrome des jambes sans repos, trouble du sommeil qui touche également une part importante de la population et notamment les femmes, ont bénéficié de beaucoup moins de travaux que les apnées du sommeil en termes de conséquences cardiovasculaires. Une étude d'observation a ainsi été menée chez 65 544 participantes de la cohorte Nurses' Health Study II. Pour minimiser le risque de biais, les femmes qui souffraient de diabète ou de problèmes articulaires avaient été exclues de l'analyse. Des questionnaires adaptés et validés ont permis d'identifier les personnes qui se plaignaient d'un syndrome des jambes sans repos et celles qui étaient hypertendues. Dans l'analyse de la relation éventuelle entre ce syndrome et la présence d'une hypertension, les données ont été ajustées sur l'âge, l'origine ethnique, l'indice de masse corporelle, l'activité physique, le tabagisme, la prise d'alcool, de café, de folates ou de suppléments en fer. Les femmes qui se plaignaient d'impatiences étaient plus souvent hypertendues. Celles qui en souffraient au moins 1 jour sur 2 avaient un risque d'hypertension significativement augmenté de 41%, comparées à celles qui ne présentaient pas ces symptômes. De plus, la fréquence des symptômes était corrélée aux niveaux de pression systolique et diastolique. Ce syndrome n'est donc pas anodin, en particulier lorsque les symptômes sont presque quotidiens.
Références :(Batool-Anwar S et al, Hypertension. 2011;58:791-796)
Les effets bénéfiques de l'exercice physique régulier sur la santé commencent à être bien démontrés. En revanche, on ne connaît pas les effets d'une activité physique inférieure aux 150 minutes recommandées par semaine, notamment en termes d'espérance de vie. Les auteurs d'une étude prospective taïwanaise se sont proposés d'évaluer sur plus de 415 000 sujets, entre 1996 et 2008, les effets de différentes durées d'activités de loisir sur le risque de mortalité. Les participants, tous âgés de plus de 20 ans et dont 12% avaient plus de 60ans, ont été répartis en 5 groupes correspondant au volume d'exercice qu'ils déclaraient faire : groupe inactif, groupe à activité faible (ex : marche à pied), modérée (ex : marche à pied d'un pas rapide), élevée (ex : le jogging) ou très élevée (ex : la course à pied à un rythme soutenu). Ces informations ont permis de calculer, pour chaque groupe ayant une activité physique, le risque de mortalité comparé à celui des inactifs, ainsi que leur espérance de vie. Les individus qui faisaient peu d'exercice mais avec au moins 92 min d'activité par semaine en moyenne, ou 15 min par jour, avaient un risque de mortalité toutes causes confondues diminué de 14% (HR = 0,86 ; IC à 95%: 0,81-0,91), et une espérance de vie de trois années supplémentaires, par rapport à ceux du groupe sédentaire. Chaque quart d'heure d'exercice au-delà du minimum de 15 minutes par jour réduisait davantage la mortalité, toutes causes confondues, de 4% (IC à 95% :2,5- 7,0) et la mortalité par cancer de 1% (IC à 95% : 0,3-4,5). Ces bénéfices se retrouvaient dans tous les groupes d'âge, pour les deux sexes ainsi que chez les patients à risques cardiovasculaires. Les personnes inactives, quant à elles, avaient un risque de mortalité accru de 17% (HR=1,17 ; IC à 95% : 1,10- 1,24) par rapport aux individus du groupe à faible volume d'activité. En conclusion, les auteurs retiennent qu'une simple activité de 15 minutes par jour, ou 90 minutes par semaine, d'intensité moyenne permettrait d'allonger significativement l'espérance de vie. Ces résultats encourageants confirment l'importance de conserver une activité même minime tout au long de sa vie.
Références :(Pang Wen C et al. Lancet. 2011;378:1244-1253)
De nombreux travaux ont déjà été consacrés au chocolat et à ses effets bénéfiques pour la santé. Des données à la fois expérimentales et observationnelles ont ainsi mis en évidence des propriétés anti-oxydantes, anti-inflammatoires, anti-thrombotiques, anti-athérogènes et anti-hypertensives, ainsi que des effets positifs sur la fonction endothéliale vasculaire et sur la sensibilité à l'insuline. La parution simultanée de 2 études, un suivi de cohorte et une méta-analyse de travaux précédemment publiés, a confirmé les bénéfices apportés par une consommation régulière de chocolat sur les maladies cardiovasculaires. La première étude a été réalisée sur une cohorte suédoise de plus de 33 000 femmes, âgées au départ de 49 à 83 ans et suivies pendant plus de 10 ans. Au cours de cette étude, 1 549 accidents vasculaires cérébraux (AVC) ont été déplorés, dont 1 200 infarctus cérébraux, 224 AVC hémorragiques et 125 d'origine non précisée. Globalement, le risque d'AVC était inversement corrélé à la consommation de chocolat déclarée par les participantes. Les femmes qui consommaient l'équivalent d'une demi-tablette de chocolat au lait par semaine avaient une diminution de 20% du risque global d'AVC et de 42% du risque d'AVC hémorragique. Le second travail qui a consisté à colliger les études de cohorte dignes d'intérêt a permis d'analyser les données obtenues sur un total de 114 009 participants, âgés de 25 à 93 ans et suivis sur des périodes allant de 8 à 16 années. Là encore, les personnes qui avaient la consommation la plus élevée de chocolat avaient un risque de maladie cardiovasculaire diminué de 37%, un risque d'AVC réduit de 29% et un risque de diabète également diminué de 31%. Il faut préciser que dans la plupart de ces études, les participants consommaient surtout du chocolat au lait à faible teneur en cacao. On peut donc raisonnablement penser que le bénéfice pourrait être encore plus marqué chez les personnes qui consomment essentiellement du chocolat noir, plus riche en flavonoïdes. Quoi qu'il en soit, l'ensemble de ces données semble bien confirmer les effets positifs pour le système cardiovasculaire d'une consommation modérée de chocolat.
Références :(Larsson SC et al. J Amer Coll Cardiol. 2011;58:1828-1829. Buitrago-Lopez A et al. Brit Med J. 2011;343:d4488)
Une consommation régulière de fruits et légumes est vivement recommandée dans le cadre d'une alimentation équilibrée. Ces aliments constituent en particulier une source importante de vitamines, de fibres et de minéraux, indispensables au bon fonctionnement de notre organisme. L'impact de la consommation de fruits et légumes sur la régulation de la pression artérielle a été analysé à partir des données collectées dans le cadre du suivi de la cohorte EPIC-Norfolk au Royaume-Uni. Au total, 20 926 participants, dont 46% d'hommes, âgés de 40 à 79 ans ont été inclus dans cette étude. Leur pression artérielle a été mesurée ainsi que leur concentration plasmatique en vitamine C qui est un reflet de la consommation de fruits et légumes plus fiable et plus précis que les informations collectées grâce aux questionnaires d'habitudes alimentaires. Globalement, les personnes qui avaient un niveau plasmatique élevé de vitamine C avaient des pressions artérielles basses. Après avoir pris en compte l'âge, le sexe, l'indice de masse corporelle, le tabagisme, la consommation d'alcool, le niveau d'activité physique, la prise de compléments vitaminiques et d'antihypertenseurs, les sujets qui avaient les niveaux plasmatiques en vitamine C les plus élevés avaient un risque d'hypertension artérielle (pression artérielle systolique ≥ 140 mmHg) réduit de 22%, comparés à ceux qui avaient les niveaux les plus bas en vitamine C. L'exclusion lors de l'analyse des personnes qui prenaient des médicaments antihypertenseurs ou des suppléments vitaminiques contenant de la vitamine C ne modifiait pas cette relation. Ces résultats apportent une preuve supplémentaire des bénéfices pour la santé d'une consommation régulière de fruits et légumes.
Références :(Myint PK et al. Hypertension. 2011;58:372-379)
Pour préciser la prévalence des apnées du sommeil et le bénéfice de leur prise en charge par ventilation en pression positive continue, une étude pilote a été menée sur un petit groupe de patients ayant été victimes d'un accident vasculaire cérébral (AVC) ischémique. Les 55 participants, d'AVC de même sévérité au départ, ont été répartis en 2 groupes équivalents : un groupe intervention de 31 sujets âgés de 52 à 88 ans et un groupe témoin de 24 sujets âgés de 50 à 94 ans. Seuls les patients du groupe intervention qui faisaient des apnées du sommeil se sont vu proposer un système de ventilation en pression positive auto-pilotée (auto-CPAP) dans les 48 heures suivant l'AVC et pendant 30 jours. La présence d'apnées était confirmée par polysomnographie à l'entrée dans l'étude puis 30 jours plus tard. La majorité des malades avaient initialement des apnées lors du premier enregistrement, et ils étaient encore 69% à l'issue de l'étude à manifester ce type de troubles. Les sujets du groupe intervention, comparés à ceux du groupe témoin, avaient une meilleure récupération neurologique, évaluée selon l'échelle NIH Stroke Scale, soit -3,0 versus -1,0 point. Le bénéfice était d'autant plus marqué que les patients avaient une bonne observance à l'auto-CPAP (au moins 4 heures/nuit, 3 nuits sur 4). Ainsi, le score NIH Stroke Scale s'améliorait de 2,5 points pour un usage épisodique de l'appareil et de 3,0 points pour une bonne observance. Globalement, le système de ventilation auto-CPAP était plutôt bien toléré et, pour les patients observants, il contribuait à améliorer la récupération neurologique. Compte tenu de la prévalence élevée des apnées du sommeil après un AVC ischémique, cette étude montre que l'auto-CPAP pourrait constituer une nouvelle approche thérapeutique pour la prise en charge de ces patients.
Références :(Bravata DM et al. Sleep. 2011;34:1271-1277)
Les mouvements périodiques des jambes sont des secousses stéréotypées, rythmiques et épisodiques des membres inférieurs pendant le sommeil, généralement non perçues par le dormeur. Leur prévalence augmente avec l'âge et ils sont bien souvent associés à des impatiences ou syndrome des jambes sans repos. Ces mouvements nocturnes sont parfois accompagnés de micro-éveils, entraînant ainsi une fragmentation du sommeil et une activation du système sympathique avec augmentation de la pression artérielle et de la fréquence cardiaque. De ce fait, ces mouvements involontaires pourraient être à l'origine d'une augmentation du risque cardiovasculaire. Des chercheurs américains ont voulu vérifier si la fréquence de ces mouvements et des éveils qui en découlent était prédictive d'évènements cardiovasculaires. Ils se sont intéressés à une large cohorte de 2 911 hommes, âgés en moyenne de 76,4 ± 5,5 ans et suivis pendant 4 années. Une polysomnographie ambulatoire a permis de quantifier la sévérité des symptômes à partir du nombre de mouvements périodiques ou d'éveils par heure de sommeil. Plusieurs questionnaires ont servi à évaluer le mode de vie et les comportements des participants. Parmi ceux-ci, 70,9% avaient un index de mouvements > 5. Les index de mouvements les plus élevés étaient associés à des réveils plus fréquents, à un âge plus avancé, à l'origine ethnique, à la présence d'une dépression ou d'une hypertension. Au cours de cette période de suivi, 500 participants ont eu un ou plusieurs problèmes cardiovasculaires : 345 cas de maladie coronarienne, 117 atteintes cérébrovasculaires et 98 artériopathies des membres inférieurs. Après ajustement, les sujets qui avaient un index d'éveils ≥ 5, comparés à ceux qui avaient un index < 1, avaient un risque de pathologie cardiovasculaire, toutes causes confondues, multiplié par 1,26. Des résultats similaires étaient observés si l'on considérait l'index de mouvements des jambes. Cette augmentation significative de risque n'était retrouvée que chez les sujets non hypertendus. Les hommes dont l'index de mouvements était ≥ 30, comparés à ceux qui avaient un index < 5, voyaient leur risque d'artériopathie des membres inférieurs multiplié par 2, et celui de maladie coronarienne par 1,31. Ces observations confirment que la fréquence de ces mouvements périodiques nocturnes est corrélée au risque de maladie cardiovasculaire, notamment chez les hommes âgés. Il reste à préciser les mécanismes en cause et à vérifier l'efficacité des traitements thérapeutiques de ces mouvements dans la prévention des troubles cardiovasculaires.
Références :(Koo BB et al. Circulation. 2011;124:1223-1231)
Le café et les boissons caféinées font partie des boissons les plus consommées au monde. La caféine est une substance psychostimulante, qui, lorsqu'elle est absorbée en quantité raisonnable, peut s'avérer très bénéfique. De façon inattendue, de nouvelles propriétés de la caféine dans la prévention de la dépression viennent même d'être révélées par une équipe de nutritionnistes et d'épidémiologistes nord-américains. Pour le mettre en évidence, des investigateurs ont suivi pendant 10 ans plus de 50 000 femmes âgées en moyenne de 63 ans et indemnes de symptômes dépressifs au début de l'étude. Des questionnaires réguliers ont permis d'évaluer leur consommation habituelle de caféine. La survenue d'une dépression était basée sur la présence avérée de symptômes dépressifs ou la prise de médicaments antidépresseurs. Au cours de cette étude, 2 607 cas de dépression ont été identifiés. Ils étaient moins fréquents chez les femmes qui prenaient régulièrement du café, avec une diminution significative du risque de 15% chez celles qui consommaient en moyenne 2 à 3 tasses de café par jour et de 20% chez celles qui en consommaient au moins 4 tasses chaque jour, comparées à celles qui n'en prenaient pas plus d'1 tasse par semaine. En revanche, le café décaféiné n'avait aucune incidence sur la survenue de symptômes dépressifs. Il n'est peut-être pas inutile de rappeler que, si le café a de nombreuses vertus, il est préférable d'en éviter la consommation excessive, tout particulièrement en fin de journée au risque de s'exposer à des difficultés d'endormissement.
Références :(Lucas M et al. Arch Intern Med. 2011;171:1571-1578)
Des critères cliniques permettent actuellement un diagnostic avec une grande spécificité mais au détriment de la sensibilité, alors que les enjeux sont l'amélioration de la prise en charge, la limitation de la iatrogénie et la recherche de thérapeutiques efficaces. Depuis 2005, en plus des 3 critères diagnostiques principaux que sont les hallucinations, un syndrome parkinsonien et des fluctuations de ces manifestations, 3 nouveaux paramètres sont considérés comme « évocateurs ». Il s'agit de l'hypersensibilité sévère aux neuroleptiques, une réduction de la recapture de la dopamine constatée au niveau des ganglions de la base en imagerie fonctionnelle, et des troubles du comportement en sommeil paradoxal. Les auteurs ont regardé à quel point ces troubles du comportement en sommeil paradoxal permettaient de renforcer le diagnostic de démence à corps de Lewy. Une série de 234 patients qui souffraient de démence et avaient bénéficié d'examens trimestriels a été suivie jusqu'au décès des participants. Aux examens cliniques s'ajoutait une polysomnographie si des troubles du sommeil étaient évoqués par l'entourage ainsi qu'une recherche des critères diagnostiques usuels. Au total, sur 119 patients, dont la démence à corps de Lewy a été confirmée à l'autopsie, les troubles du comportement en sommeil paradoxal ont été constatés dans près des ¾ des cas, contre 4% chez les patients qui avaient une démence autre qu'à corps de Lewy. Lorsque l'on ajoutait ces troubles du comportement en sommeil paradoxal aux 3 critères diagnostiques majeurs, la sensibilité du diagnostic de démence à corps de Lewy probable pouvait atteindre 88%, avec une spécificité de 73%. Des études complémentaires seront nécessaires sur d'autres populations de malades, afin de confirmer l'intérêt de ce nouveau critère diagnostique. Si les troubles du comportement en sommeil paradoxal s'avéraient utilement contributif au diagnostic de démence à corps de Lewy, la prise en charge des patients âgés souffrant d'une démence s'en trouverait améliorée, grâce notamment à une meilleure distinction entre ce type de démence et la maladie d'Alzheimer.
Références :(Ferman TJ et al. Neurology. 2011;77:875-882)
Troubles du sommeil et symptômes dépressifs sont fréquents chez les personnes âgées. Par ailleurs, une somnolence excessive au cours de la journée ainsi que la prise régulière d'hypnotiques sont bien souvent associées à un sommeil nocturne de mauvaise qualité. Pour préciser les liens entre ces divers troubles, un suivi de 4 années a été réalisé chez 3 824 participants de la cohorte française des 3 Cités. Ces personnes étaient âgées de 65 à 85 ans et étaient indemnes de démence lors de leur inclusion dans l'étude. Des questionnaires appropriés avaient permis d'évaluer les troubles du sommeil, la présence d'une somnolence diurne ainsi que la consommation d'hypnotiques et d'exclure la présence de symptômes dépressifs en début de suivi. Un nouvel entretien avait été réalisé 2 ans puis 4 ans plus tard afin de déceler l'apparition de symptômes dépressifs. Au départ, 34% des participants disaient avoir des insomnies décrites comme des difficultés à trouver ou à maintenir le sommeil, ou des réveils trop précoces ; 17% se plaignaient d'une somnolence dans la journée ; 8% souffraient à la fois d'insomnie et de somnolence excessive et 11% prenaient régulièrement un hypnotique. Au cours de l'étude, 618 sujets ont manifesté des symptômes dépressifs, avec un risque plus élevé chez les plus de 75 ans, chez les femmes et chez les personnes qui vivaient seules ou bien qui avaient un faible niveau d'instruction ou un état de santé peu satisfaisant. Les symptômes dépressifs étaient associés à la présence d'une insomnie, avec un risque majoré de 75% pour les sujets chez qui les différents symptômes étaient réunis. Toutefois, les réveils trop précoces ne constituaient pas, à eux seuls, un facteur favorisant. La prise régulière d'hypnotiques et une somnolence diurne excessive fréquente augmentaient également de façon significative le risque de dépression. Ainsi, les troubles du sommeil mais aussi la prise régulière d'hypnotiques semblent bien favoriser la survenue de symptômes dépressifs chez les seniors.
Références :(Jaussent I et al. Sleep. 2011;34:1103-1110)
Les apnées du sommeil affectent une grande proportion de seniors. Elles occasionnent une succession de très brefs réveils au cours de la nuit dont on n'a en général pas conscience, accompagnés d'épisodes répétés d'hypoxémie. Ce trouble respiratoire peut être associé à des complications cardiovasculaires et métaboliques, ainsi qu'à une altération des performances cognitives. Toutefois, on ne savait pas jusqu'à présent si les apnées du sommeil précédaient ou non le déclin cognitif. Pour répondre à cette question, un groupe de femmes, âgées en moyenne de 82 ans, indemnes de troubles cognitifs et qui faisaient partie de la cohorte Study of Osteoporotic Fractures, a été suivi pendant près de 5 années. Les paramètres du sommeil de 298 participantes ont été enregistrés par polysomnographie à domicile en début d'étude. Leurs performances cognitives ont été évaluées lors des examens de santé à l'inclusion et en fin d'étude. Parmi ces sujets, 105 souffraient d'apnées/hypopnées, avec au moins 15 épisodes d'arrêt respiratoire ou d'hypoventilation par heure. Les autres paramètres de santé ou du sommeil étaient comparables entre les femmes qui faisaient des pauses respiratoires pendant leur sommeil et celles qui n'en faisaient pas. Au cours du suivi, 60 participantes ont manifesté un déclin cognitif léger, ou MCI, et 47 ont développé une démence. La présence de troubles respiratoires du sommeil en début d'étude était associée à une majoration de 85% du risque de déclin cognitif, augmentation qui n'était pas affectée par la prise en compte des comorbidités et des facteurs de risque classiques. De même, les sujets qui passaient plus de 7% de leur temps de sommeil en apnée ou hypopnée, avaient un risque 2 fois plus élevé de pertes cognitives. En revanche, ni la fragmentation du sommeil, ni le temps de sommeil ne semblaient avoir d'impact sur la survenue de ces troubles cognitifs. D'après cette étude, il semblerait que les épisodes d'hypoxie intermittente chez les personnes qui souffrent de troubles respiratoires au cours de la nuit puissent favoriser un déclin cognitif.
Références :(Yaffe K et al. JAMA. 2011;306:613-619)
Les comportements inadaptés sont fréquents chez les personnes atteintes de démence. L'agitation, en particulier, peut s'avérer difficile à gérer, aussi bien à domicile qu'en institution. C'est l'une des principales raisons de la prescription relativement importante d'antipsychotiques chez les résidents, en dépit d'une efficacité limitée et d'un accroissement de la morbi-mortalité. Par ailleurs, plus de la moitié des personnes démentes souffrent de douleurs, bien souvent ignorées et donc peu traitées. En présence de troubles cognitifs, ces douleurs peuvent se manifester par des perturbations du comportement chez les malades. Une étude multicentrique, impliquant 60 unités de soins réparties dans 5 villes de Norvège, a été mise en place afin de préciser le bénéfice éventuel d'une prise en charge systématique de la douleur chez des malades atteints de démence modérée à sévère. Un total de 352 résidents, présentant des troubles significatifs du comportement, a reçu pendant 8 semaines soit un traitement anti-douleur approprié par paliers successifs (paracétamol, morphine, buprénorphine transdermique ou prégabaline) (175 sujets), soit seulement leurs prescriptions et soins habituels (177 sujets), suivi de 4 semaines d'observation. Dans le groupe intervention, le score d'agitation (Cohen-Mansfield agitation inventory) était significativement diminué dès la seconde semaine de traitement, avec une réduction moyenne de 17% à 8 semaines, effet qui s'estompait après l'arrêt des traitements anti-douleur. Une diminution de l'agressivité était également observée avec une corrélation significative entre le niveau de douleur et l'agressivité à la 8ème semaine. Ces résultats confirment qu'une prise en charge adaptée de la douleur, notamment chez les sujets déments, pourrait contribuer à réduire la prescription des antipsychotiques en institution.
Références :(Husebo BS et al. Brit Med J. 2011;343:d4065)
Les soins dispensés aux personnes atteintes de démence constituent une charge particulièrement lourde en fin de journée et la nuit. Du fait du déclin des capacités cognitives, le temps de sommeil est réduit et souvent fragmenté en plusieurs épisodes et l'alternance veille-sommeil est souvent fortement perturbée. Les réveils fréquents peuvent être accompagnés d'agitation, de cris et de manifestations agressives. Les médicaments sont peu efficaces pour traiter ces troubles du comportement. De plus, ils induisent fréquemment des effets secondaires sérieux augmentant la morbidité et probablement la mortalité des patients.
Plusieurs facteurs peuvent contribuer aux difficultés de sommeil chez les personnes démentes. L'un d'entre eux est le syndrome des jambes sans repos, caractérisé par des sensations douloureuses ou d'inconfort, à tel point que certaines personnes peuvent rester éveillées à cause de ce syndrome. Sa fréquence s'accroît avec l'âge et il est souvent associé à une déficience en fer et à des phases de dépression. Des mouvements involontaires et périodiques des jambes sont également courant, mais ils ne sont pas symptomatiques des personnes âgées. Les apnées du sommeil constituent un autre facteur perturbateur fréquent du sommeil. Elles se caractérisent par des pauses respiratoires répétées et/ou une hypoventilation. Ces apnées entraînent une hypoxie, laquelle peut alors accroître la confusion nocturne.
Des investigateurs se sont intéressés aux troubles du sommeil chez les personnes démentes et se sont attachés à évaluer leur impact sur leurs comportements nocturnes. Cette étude a été réalisée sur un groupe de 59 personnes (41 hommes et 18 femmes) diagnostiquées démentes, et âgées de 66 à 88 ans (moyenne 79,1 ans). Leur score au MMSE (Mini Mental State Examination) était de 20,1, la normalité étant fixée à plus de 25. Les paramètres du sommeil ont été mesurés à domicile, durant 2 nuits par polysomnographie. Le degré d'agitation nocturne a été évalué indépendamment par 2 experts durant 3 nuits à l'aide de l'échelle d'agitation de Cohen-Mansfield.
Le temps moyen de sommeil était d'environ 6 h par nuit et seulement 22% des participants dormaient 7 h ou plus. Le nombre moyen de mouvements des jambes était de 15,29 par heure de sommeil et d'épisodes d'apnées du sommeil de 19,45 par heure. Les personnes qui avaient des troubles cognitifs sévères présentaient la latence d'endormissement la plus longue. Les réveils dus aux apnées étaient plus fréquents chez les personnes qui avaient des troubles cognitifs légers. Les comportements d'agitation nocturne étaient corrélés aux troubles cognitifs, aux apnées et au syndrome des jambes sans repos. En revanche, l'âge, le sexe et les mouvements involontaires des jambes n'étaient pas corrélés aux comportements d'agitations (p > 0,05). Les résultats de l'analyse par régression multivariée sont résumés dans le tableau ci-dessous.
Le syndrome des jambes sans repos est la manifestation la plus évidente associée aux comportements d'agitation nocturne des personnes atteintes de démence tandis que l'association avec les autres paramètres est moins claire. Il est à noter que la démence et le syndrome des jambes sans repos partagent des facteurs de risque communs : l'âge, la dépression, l'anxiété, le tabagisme et l'hypertension.
Dans le but d'objectiver la présence d'altérations cérébrales chez les personnes affectées par un syndrome des jambes sans repos, une autre étude a été réalisée post-mortem, après autopsie et par imagerie, chez 11 femmes qui souffraient de ce trouble du sommeil. Elles étaient âgées de 53 à 91 ans lors de leur décès. L'analyse biochimique pratiquée sur les cerveaux post-mortem a montré que les constituants de la myéline étaient diminués d'environ 25% chez les sujets atteints comparés aux sujets témoins de même âge et indemnes de toute affection neurologique (p < 0,05). Par ailleurs, les niveaux de transferrine et de la sous-unité H de la ferritine, reflétant de façon indirecte le statut en fer au niveau de la substance blanche, étaient diminués d'environ 25%, comparés à ceux des témoins. L'analyse par imagerie a, quant à elle, révélé un déficit significatif de la substance blanche au niveau du corps calleux, du cingulum antérieur et de la circonvolution précentrale. Sur la base des données acquises sur des modèles animaux, ces atteintes pourraient être causées par des altérations du métabolisme du fer.
Ces observations laissent envisager d'éventuelles possibilités de prise en charge du syndrome des jambes sans repos et, par voie de conséquence, de prévention de certaines formes d'agitation chez les personnes qui souffrent de démence. démence.
|
Paramètres |
R |
Coefficient |
Erreur standard |
p |
|
Jambes sans repos |
0,31 |
0,70 |
0,23 |
0,004 |
|
MMSE |
- 0,33 |
- 0,04 |
0,007 |
0,012 |
|
Index d'apnées-hypopnées |
- 0,37 |
0,11 |
0,11 |
0,004 |
|
Ordonnées |
2,95 |
0,39 |
0,39 |
< 0,001 |
Régression linéaire ajustée pour l'agitation nocturne.
Références :(Rose KM et al. Sleep. 2011;34:779-786. Connor JR et al. Sleep Med. 2011;12:614-619)
Des observations récentes ont montré que la prévalence du syndrome des jambes sans repos (SJSR) était près de 3 fois plus élevée chez les personnes qui souffraient de maladie coeliaque ou de maladie de Crohn. Ceci laisse supposer qu'un processus physiopathologique sous-jacent prédisposerait à ces 2 types d'affections en apparence bien différentes. Pour aller plus loin dans leurs investigations, les mêmes auteurs se sont intéressés aux patients qui présentaient un syndrome du côlon irritable ou une prolifération bactérienne dans l'intestin grêle. Des personnes qui se plaignaient d'un SJSR, et dont le diagnostic était validé par un neurologue, ont été recrutées à partir d'annonces dans les médias. Après avoir exclus les sujets susceptibles d'avoir un SJSR secondaire à une pathologie existante, 32 participants ont été retenus et ont bénéficié d'un examen médical détaillé. La présence d'un syndrome du côlon irritable était essentiellement fondée sur la description de troubles fonctionnels par les patients (critères de Rome II) et le diagnostic d'une prolifération bactérienne intestinale basé sur le test au lactulose, consistant à mesurer les gaz expirés après ingestion de ce composé. Ces patients (23 femmes et 9 hommes, âge moyen 57 ± 10 ans) ont été comparés à 25 sujets témoins de même âge, pris dans la population générale et qui n'avaient pas de SJSR et répondaient aux mêmes critères d'exclusion que les patients. Un autre groupe témoin de 30 personnes en parfaite santé a également été inclus. Les patients souffraient de SJSR depuis 12 ans en moyenne et 27 d'entre eux étaient traités. Alors qu'1 seul sujet témoin souffrait de colopathie, ils étaient 9 (28%) dans le groupe de patients avec SJSR. Par ailleurs, un test positif au lactulose était observé chez 59% des sujets qui avaient un SJSR versus 18% dans la population générale. Les troubles intestinaux semblent donc fréquents chez les patients qui souffrent de SJSR. Les auteurs proposent 3 hypothèses pour expliquer cette association : une altération des défenses immunitaires ou des prédispositions génétiques qui favoriseraient la prolifération bactérienne, une prolifération bactérienne qui entraînerait une réaction auto-immune, ou enfin une réaction inflammatoire qui conduirait à un déficit martial et qui favoriserait alors le SJSR.
Références :(Weinstock LB, Walters AS. Sleep Med. 2011;12:610-613)
Le cancer du sein est le cancer le plus diagnostiqué chez la femme à travers le monde, autant avant qu'après la ménopause. Il représente ainsi ¼ des cancers chez la femme et on estime aujourd'hui qu'1 femme sur 9 en sera atteinte au cours de sa vie. Divers facteurs de risque sont désormais bien connus comme l'âge, les antécédents familiaux, les facteurs génétiques, la sédentarité, le surpoids et l'obésité après la ménopause, la consommation d'alcool ou de tabac... Plus récemment, le travail en horaires décalés a été évoqué comme facteur de risque supplémentaire, probablement en lien avec la désynchronisation de l'horloge biologique. Cependant les données scientifiques sont encore insuffisantes pour préciser ce qui est le plus préjudiciable dans cette organisation du travail. Par exemple, est-ce le nombre global d'années travaillées de nuit ou bien le nombre de nuits successives ? Pour préciser les choses, une équipe norvégienne s'est intéressée à une cohorte de 49 402 infirmières. Les cas de cancers du sein retenus pour cette étude cas-témoins ont été diagnostiqués entre 1990 et 2007, chez des femmes âgées 35 à 74 ans et toujours en vie en 2009. Ainsi, 699 infirmières avec un cancer ont été incluses et appariées à 895 sujets témoins. Le risque de cancer du sein nrétait pas augmenté chez les infirmières ayant travaillé au moins 3 nuits par mois pendant plus de 30 ans. Ce risque était légèrement augmenté, mais restait toutefois non significatif, dans les situations suivantes : pour une exposition d'au moins 30 années de travail à l'hôpital ou dans une autre institution, ≥ 12 années mais avec un planning incluant du travail de nuit, au moins 1 007 nuits travaillées cumulées au cours de sa vie, et enfin un nombre moyen cumulé dans sa vie ≥ 4 nuits par mois. De même, les infirmières qui avaient travaillé au moins 5 années avec ≥ 4 ou ≥ 5 nuits consécutives avaient un risque de cancer du sein plus élevé mais toujours non significatif (OR = 1,4 et 1,6 respectivement). Ce risque devenait cependant significatif chez celles qui avaient travaillé au minimum 5 années pendant au moins 6 nuits consécutives, avec une augmentation du risque de 80%. Ces résultats suggèrent que le risque proviendrait donc plutôt du nombre de nuits consécutives de travail. Aujourd'hui en France, la durée du travail posté est bien réglementée et limitée, toutefois des dérogations autorisent une présence au-delà de 6 jours consécutifs. Les mécanismes impliqués dans cette majoration du risque de cancer du sein associée au travail de nuit restent à préciser.
Références :(Lie JAS et al. Am J Epidemiol. 2011;173:1272-1279)
Le ronflement au cours du sommeil est fréquent chez les adultes et en particulier chez les personnes en surpoids. Ce phénomène survient lorsque le voile du palais et les parties molles du pharynx entrent en vibration lors du passage de l'air inspiré. Le niveau sonore de ces ronflements peut être très élevé et il a été montré que les gros ronfleurs avaient tendance à développer plus souvent une athérosclérose au niveau des artères carotides que les non ronfleurs. Des chercheurs australiens se sont demandé si les vibrations au niveau du cou pouvaient, à elles-seules, expliquer cette augmentation du risque d'athérosclérose. Pour vérifier cette hypothèse, ils ont fait appel à un modèle expérimental chez le lapin. L'une des carotides des animaux anesthésiés a été exposée pendant 6 heures à des vibrations analogues en fréquence (60 Hz) et en énergie à celles générées lors de ronflements naturels. Par ailleurs, les auteurs avaient pris soin de contrôler tous les paramètres respiratoires et cardiovasculaires, chez les animaux témoins tout comme dans le groupe expérimental. Les vaisseaux sanguins qui avaient été exposés aux vibrations produisaient significativement moins de GMP cyclique et présentaient une relaxation atténuée en réponse à l'acétylcholine, comparés aux vaisseaux des animaux témoins, et cet effet était inversement corrélé à l'énergie des vibrations. En revanche, les réponses au nitroprussiate de sodium, dont les effets ne passent pas par l'endothélium vasculaire, étaient comparables dans les 2 groupes d'animaux. Les résultats de cette expérience laissent ainsi à penser que les vibrations générées lors du ronflement pourraient endommager l'endothélium vasculaire, faisant ainsi, sur le long terme, le lit des lésions athéroscléreuses.
Références :(Cho J-G et al. Sleep. 2011;34:751-757)
La durée moyenne de sommeil a notablement diminué depuis l'avènement de l'ère industrielle. Or, une dette chronique de sommeil se traduit par des altérations métaboliques, endocriniennes et immunologiques. Il a aussi été montré que des nuits trop courtes, tout comme un excès de sommeil, étaient associés à des problèmes de santé plus fréquents tels que obésité, diabète de type 2, hypertension artérielle... Une nouvelle méta-analyse a précisé la relation entre la durée des nuits et la survenue d'accidents vasculaires cérébraux (AVC), de maladies coronariennes ou toute autre maladie cardiovasculaire, fatals ou non. Au total, 15 études prospectives, portant sur 474 684 hommes et femmes répartis sur 8 pays, ont été retenues. Dans la plupart de ces travaux, étaient considérés comme « courts dormeurs » les sujets dont les nuits étaient ? 5 à 6 h de sommeil et comme « longs dormeurs » ceux qui dormaient plus de 8 à 9 h. Les durées de suivi des études allaient de 6,9 à 25 ans au cours desquels 4 169 accidents coronariens, 3 478 AVC et 8 420 autres maladies cardiovasculaires ont été répertoriés. Des nuits de courte durée étaient associées à une augmentation significative de 48% du risque d'accidents coronariens et de 15% du risque d'AVC. Chez les longs dormeurs, le risque d'accidents coronariens était également augmenté de 38%, d'AVC de 65% et d'autres maladies cardiovasculaires de 41%. Cette méta-analyse confirme l'existence d'une relation en U entre la durée de sommeil et le risque d'accidents cardiovasculaires. Les mécanismes à l'origine de cette relation ne sont pas encore bien compris. Néanmoins, une altération de certaines sécrétions hormonales ainsi qu'une composante inflammatoire pourraient expliquer, au moins en partie, l'augmentation de risque cardiovasculaire chez les courts dormeurs. En revanche, un sommeil de longue durée pourrait être un marqueur de risque d'autres pathologies telles que la dépression ou les apnées du sommeil plutôt qu'un facteur causal.
Références :(Cappuccio FP et al. Europ Heart J. 2011;32:1484-1492)
La maladie de Parkinson et la narcolepsie sont deux pathologies bien distinctes avec cependant quelques symptômes communs, notamment une somnolence diurne excessive, des troubles du comportement en sommeil paradoxal, une déficience complète ou partielle d'hypocrétine et des hallucinations. Ces hallucinations, qui ne ressemblent pas à celles des maladies psychiatriques, sont-elles identiques et aussi fréquentes dans les 2 pathologies ? Quels en sont les facteurs de risque ? Pour répondre à ces questions, 100 narcoleptiques, avec ou sans cataplexie, et 100 parkinsoniens ont été interrogés sur leurs hallucinations. Celles-ci étaient plus fréquentes et avec davantage d'aspects moteurs et multimodaux chez les narcoleptiques avec cataplexie (59%), comparées à celles des narcoleptiques sans cataplexie (28%) et à celles des parkinsoniens (26%). Les hallucinations des narcoleptiques, comparées à celles des parkinsoniens, étaient moins fréquemment de type passage ou présence, c'est-à-dire une vision brève d'un animal ou d'une personne passant à côté ou la perception de la présence d'un être vivant, humain ou animal, derrière ou à côté d'eux. Elles étaient plus souvent de type auditif et associées au sommeil. Néanmoins, chez 40% des narcoleptiques et 54% des parkinsoniens, les hallucinations pouvaient également se produire alors même que le patient était complètement éveillé. Comparés aux sujets parkinsoniens, les narcoleptiques avec cataplexies avaient une moins bonne intuition immédiate de l'irréalité de leurs hallucinations, mais les illusions étaient rares (2%), fugaces et basées sur des hallucinations dans les 2 groupes. Les facteurs de risque des hallucinations chez les narcoleptiques étaient les paralysies du sommeil et les troubles du comportement en sommeil paradoxal. Pour les parkinsoniens, c'était plutôt la somnolence et les difficultés motrices. En résumé, si les hallucinations des parkinsoniens et des narcoleptiques sans cataplexie sont plus rares, souvent mineures et de type visuel, chez les narcoleptiques avec cataplexies les hallucinations sont plus fréquentes, sévères et multimodales. Ces différences pourraient être liées notamment à la déficience variable - partielle ou totale - en hypocrétine.
Références :(Leu-Semenescu S et al. Sleep Med. 2011;12:497-504)
En dépit des mises en garde récentes concernant le rapport bénéfice/risque des antipsychotiques chez la personne âgée, leur prescription semble particulièrement fréquente en institution. Leur utilisation se fait bien souvent en dehors des indications figurant dans l'Autorisation de Mise sur le Marché et aussi parfois sans réelle justification clinique. Un état des lieux de la situation dans les institutions françaises a été récemment réalisé par une équipe de gériatres, grâce à une collaboration avec les praticiens travaillant dans 236 établissements d'hébergement répartis sur tout le territoire. Au total, les données concernant 4 367 résidents ont été colligées. Leur âge médian était de 87 ans, 73,5% étaient des femmes, 45% souffraient de démence, 1/3 étaient autonomes et leur durée médiane de séjour dans l'établissement était de 2,7 années. Parmi ces résidents, 27,5% prenaient régulièrement des antipsychotiques. Les personnes de moins de 80 ans étaient celles qui en prenaient le plus (45%). Les sujets qui souffraient de démence en consommaient également plus que les autres, soit 34% versus 23%. La présence de troubles du comportement, tels que les vocalisations, les comportements agressifs ou la déambulation, multipliait la délivrance d'un antipsychotique par 2,6, 2,1 ou 1,5, respectivement. Pour les personnes qui arrivaient d'une autre institution, le risque de se voir prescrire ce type de médicament était multiplié par 1,5. Par ailleurs, 1/3 des résidents dépressifs prenaient des antipsychotiques. Pour les personnes qui étaient depuis moins de 3 mois dans l'établissement, les facteurs associés à la prise d'un antipsychotique étaient : l'admission après passage par une unité de soins aigus (risque multiplié par 8,8) ; des chutes (risque multiplié par 8,3) ; la présence d'une démence traitée ou non traitée (risque multiplié par 6,5 et 3,6 respectivement) ; une vocalisation (risque multiplié par 4,7) et la présence de troubles psychiatriques (risque multiplié par 5,6). Les personnes qui souffraient de maladies cardiovasculaires recevaient significativement moins d'antipsychotiques. Cette enquête confirme que la prescription de ces médicaments est très fréquente en institution. De plus, elle se fait bien souvent en dehors des indications officielles pour ces substances, surtout chez les personnes démentes manifestant des troubles d'allure psychiatrique. Il faut toutefois noter que les personnes qui souffrent d'affections cardiovasculaires reçoivent moins de molécules de cette classe, ce qui va dans le sens des recommandations des autorités de santé.
Références :(Larrayadieu A et al. Age Ageing. 2011;40:368-375)
Parmi les nombreuses pathologies du sommeil, on distingue les troubles des rythmes circadiens, consécutifs à une perturbation de notre horloge biologique. C'est le cas par exemple lors d'un décalage horaire, chez le travailleur posté ou encore dans les syndromes d'avance ou de retard de phase. Si plusieurs facteurs peuvent aider à remettre notre horloge interne à l'heure, la lumière reste le meilleur synchroniseur, via son action inhibitrice sur la sécrétion de mélatonine. C'est pour cette raison que l'exposition à la lumière, ou luminothérapie, est fréquemment utilisée pour traiter ces troubles. Selon le moment de la journée où l'on s'y expose, il est possible d'avancer ou de retarder notre horloge biologique. Si le moment le plus approprié pour induire l'effet escompté est assez bien connu, l'impact de l'intensité de cette lumière et de la durée d'exposition semble moins bien documenté. Afin de déterminer la combinaison la plus efficace de ces 2 paramètres, des chercheurs les ont fait varier puis ont évalué leur impact sur l'horloge circadienne de 56 volontaires en bonne santé. Les sujets recrutés pour cette étude étaient âgés en moyenne de 29 ± 5,6 ans et 59,6% étaient des femmes. Le protocole s'étalait sur 4 nuits et 3 journées : 1 nuit d'habituation, 1 nuit de référence (mesure des variations de la mélatonine et de la température interne), 1 nuit entrecoupée d'une exposition variable à la lumière (intensité de 2 000, 4 000 ou 8 000 lux, exposition pendant 1, 2 ou 3 heures), enfin 1 nuit pour évaluer les effets circadiens de ces diverses combinaisons d'éclairement. Les mesures effectuées dans ces 9 conditions expérimentales différentes ont montré qu'allonger la durée d'exposition était plus efficace qu'augmenter l'intensité de la lumière pour décaler la libération de mélatonine. Ces résultats suggèrent qu'une exposition de longue durée à une lumière modérée serait plus bénéfique pour resynchroniser l'horloge circadienne. Cette forme de luminothérapie pourrait s'avérer plus simple d'utilisation dans le traitement des troubles des rythmes veille-sommeil qu'une lumière vive pas toujours bien tolérée par les patients.
Références :(Dewan K et al. Sleep. 2011;34:593-599)
En augmentation constante depuis 20 ans, essentiellement à cause du tabagisme croissant au sein de la population féminine, les broncho-pneumopathies chroniques obstructives, ou BPCO, représentent la 5ème cause de mortalité dans le monde et la 3ème en France avec 16 000 décès annuellement dans notre pays. Ces pathologies concerneraient 6-8% de la population adulte française. En plus des symptômes respiratoires typiques, ces patients rapportent des altérations de leur sommeil et de leur vigilance qui impactent leur qualité de vie. Pour préciser ces perturbations, des sujets, souffrant d'une forme stable de stade II à III de BPCO, ont été comparés à des témoins appariés. Les évaluations ont été réalisées par questionnaire, examen clinique et polysomnographie sur 52 sujets atteints de BPCO, et autant de sujets témoin. Ils étaient âgés en moyenne de 62 ± 8 ans, avec un IMC moyen de 29 ± 7 kg/m². Les sujets avec BPCO, comparés aux contrôles, avaient dans l'ensemble une efficacité du sommeil, une durée de sommeil totale et une saturation moyenne en oxygène pendant la nuit plus faibles. Ils rapportaient également plus fréquemment des symptômes évoquant l'insomnie tels que des difficultés à initier ou maintenir leur sommeil, avec davantage de réveils nocturnes. Cela aboutissait à des scores plus élevés pour les items des échelles de troubles du sommeil à connotation psychiatrique, qui restaient significativement plus élevés que ceux des témoins, même après ajustement sur divers facteurs de confusion. Ainsi, même lorsque la broncho-pneumopathie chronique obstructive n'est qu'à un stade léger ou modéré, elle est bien associée à une dégradation du sommeil tant en termes de qualité que de quantité. Etant donné l'impact du sommeil sur la santé et la qualité de vie en général, ces troubles du sommeil ne doivent pas être négligés, tout particulièrement chez des sujets déjà fragilisés par une BPCO.
Références :(Valipour A et al. Sleep Med. 2011;12:367-372)
Divers algorithmes ont été proposés afin de prédire le risque individuel de maladie coronarienne, le score de Framingham étant le plus connus d'entre eux. Il inclut des données concernant les facteurs de risque classiques tels que l'hypertension artérielle, les niveaux lipidiques et le tabagisme. La prise en compte des facteurs de risque psychosociaux pourrait contribuer à améliorer la prédiction du risque cardiovasculaire chez certaines personnes. Une cohorte de fonctionnaires, employés à plein temps de la ville de Londres, âgés de 39 à 62 ans et indemnes de maladie coronarienne en début d'étude, a été suivie sur une durée médiane de 12,3 années. Un score de risque de Framingham a été calculé au départ chez les 2 109 femmes et 4 986 hommes du groupe. Lors de cette période d'observation, 192 participants ont été victimes d'un infarctus du myocarde. Après ajustement sur leur score de Framingham respectif, les participants qui travaillaient au moins 11 heures par jour avaient un risque d'accident coronarien majoré de près de 70%, comparés aux personnes qui ne travaillaient que 7 à 8 heures par jour. La prise en compte de la durée de travail permettait en fait de mieux identifier, et de manière significative, les personnes à risque cardiovasculaire. L'allongement exagéré des journées de travail constitue bien un facteur de stress à ne pas négliger dans le contexte actuel de sensibilisation aux risques psychosociaux.
Références :(Kivimäki M et al. Ann Intern Med. 2011;154:457-463)
L'avance en âge s'accompagne généralement d'une perte de masse et de force musculaire plus ou moins marquée, ou sarcopénie, phénomène qui contribue à une réduction des capacités physiques globales. Un ralentissement de la vitesse de marche et une altération de l'équilibre, avec une augmentation du risque de chute, font partie des conséquences qui affectent de manière notable la qualité de vie. Si un certain nombre d'études ont déjà montré qu'une activité physique régulière était bénéfique dans la prévention du déclin des capacités physiques chez les seniors, très peu de ces travaux avaient jusqu'à présent inclus des nonagénaires. Des gériatres madrilènes viennent de réaliser un essai chez des personnes de 90 à 97 ans qui démontre qu'un exercice modéré sur une courte durée permet d'améliorer leurs capacités fonctionnelles. Pour arriver à cette conclusion, ils ont inclus 40 sujets répartis en 2 groupes, un groupe intervention et un groupe témoin, constitués chacun de 16 femmes et 4 hommes, qui tous vivaient en institution. Dans le groupe intervention, l'entraînement musculaire de résistance concernait essentiellement les membres inférieurs et consistaient en des exercices de lever de poids avec les jambes, 3 fois par semaine sous forme de sessions de 45 à 50 minutes. L'intensité de l'exercice correspondait à 30 à 70% du maximum possible pour chaque personne. Après 8 semaines, un gain de force musculaire très significatif de 4,1 à 17,1 kg (moyenne 10,6 kg) était observé, comparativement au groupe témoin qui n'avait pas suivi d'entraînement. Le nombre de chutes avait également diminué de façon significative, soit en moyenne 1,2 chutes de moins dans le groupe intervention, comparé au groupe témoin. Ainsi, même après 90 ans, un entraînement physique de courte de durée et d'intensité modérée permet de récupérer de la force musculaire et de réduire le risque de chute.
Références :(Serra-Rexach JA et al. J Am Geriatr Soc. 2011;59:594-602)
Le monde du travail a beaucoup évolué au cours des années passées, et les difficultés de sommeil semblent être en augmentation chez les personnes en activité. Ces troubles qui affectent le bien-être et les performances au travail ne sont que très peu pris en considération. Cependant, une chronicité peut s'installer contribuant à l'absentéisme, à des arrêts de travail, voire à une incapacité et une retraite anticipée dans les cas les plus sévères. Une équipe finlandaise a voulu aller plus loin dans l'évaluation du rôle des troubles du sommeil dans la mise à la retraite anticipée des employés de plus de 40 ans de la ville d'Helsinki, soit 8 960 personnes, dont 80% de femmes et 12% de plus de 60 ans. Des données complètes ont pu être obtenues auprès de 5 986 employés. Les difficultés de sommeil étaient considérées comme fréquentes si elles survenaient au moins 1 nuit sur 2 au cours du dernier mois. Au départ, 21% des femmes et 17% des hommes disaient avoir de fréquentes difficultés de sommeil, alors que 10% des femmes et 17% des hommes n'en souffraient jamais. Les réveils nocturnes et un sommeil jugé non récupérateur étaient les plaintes les plus fréquentes. Au cours d'un suivi de près de 8 années, 457 retraites anticipées pour incapacité ont été enregistrées. Les 2 causes principales étaient les troubles musculo-squelettiques et les troubles psychiatriques. Des problèmes de sommeil fréquents multipliaient par 2,3 le risque de mise en retraite pour incapacité, indépendamment des autres facteurs de risque, la plus forte association étant observée pour les difficultés à s'endormir. De même, ces difficultés à trouver le sommeil étaient associées à un risque multiplié par 4,5 d'incapacité pour troubles musculo-squelettiques et par 10 de troubles psychiatriques de type essentiellement dépressif. Les départs anticipés pour incapacité constituent une réelle préoccupation dans un contexte d'allongement des carrières. Compte tenu des résultats de cette étude, un dépistage et une prise en charge appropriés des problèmes de sommeil semblent indispensables pour permettre aux seniors de se maintenir au travail en bonne santé.
Références :(Lallukka T et al. Am J Epidemiol. 2011;173:871-881)
Les horaires de travail atypiques peuvent entraîner des troubles fonctionnels plus ou moins marqués selon les personnes et selon le mode d'alternance des plages de travail. Certaines altérations métaboliques ainsi que des perturbations cardiovasculaires ont ainsi été imputées au travail posté. Les mécanismes sous-jacents n'étant pas encore totalement élucidés, la fonction endothéliale vasculaire de travailleurs postés a été comparée à celle d'ouvriers qui travaillaient uniquement de jour dans une verrerie. Ces personnes étaient d'âge comparable (moyenne 43 ans) et de même corpulence, consommaient une quantité similaire de tabac et avaient des antécédents familiaux équivalents de maladie coronarienne, ainsi qu'une prévalence comparable d'hypertension et d'hypercholestérolémie. Malgré une activité physique régulière plus fréquente chez les travailleurs postés, leur fonction endothéliale, évaluée par la technique de l'hyperhémie réactive, était significativement amoindrie, comparée à celle des ouvriers qui travaillaient uniquement le jour. Alors que l'activité physique régulière améliorait significativement la fonction endothéliale chez les travailleurs de jour, une telle activité n'avait plus d'impact bénéfique chez les travailleurs de nuit. Cette étude laisse à penser que le travail de nuit a des répercussions négatives sur le tonus artériel, ce qui pourrait contribuer à expliquer l'augmentation du risque de complications cardiovasculaires chez ces personnes.
Références :(Suessenbacher A et al. Am J Cardiol. 2011;107:945-948)
Le travail posté est un facteur de risque connu de nombreuses maladies chroniques dont les maladies cardiovasculaires mais également le diabète ou le syndrome métabolique. Les explications sont nombreuses mais l'une d'elles pourrait être en lien avec le sommeil de ces travailleurs postés. En effet, des études ont décrit une relation en U entre la durée de sommeil et le risque de survenue d'un diabète. Or, on sait que cette population est souvent carencée en sommeil puisqu'on estime qu'ils dorment en moyenne 1h de moins que les travailleurs de jour. Afin d'élucider les mécanismes sous-jacents, 15 jeunes hommes en bonne santé et âgés en moyenne de 27,1 ± 1,3 ans (extrêmes 20 à 40 ans) ont été soumis à une restriction modérée de sommeil en laboratoire avec polysomnographie, et l'effet sur leur métabolisme a été évalué. Les niveaux d'insuline, glucagon, glucose circulant, peptide-C, ACTH, cortisol et IL-6 ont été mesurés toutes les heures sur une période de 15h, après 2 nuits de restriction (4h de sommeil) et, 6 semaines plus tard, après 2 nuits "normales" de 8h. La prise d'un petit-déjeuner, 1h après leur réveil, entraînait des réponses métaboliques différentes selon la durée de la nuit. Ainsi, le pic de glucose était significativement augmenté après restriction de sommeil, comparé à celui qui était observé après une nuit standard (6,8 ± 0,3 vs 6,1 ± 0,3 mmol/L). Il en était de même pour le pic d'insuline (398,5 ± 57,4 vs 284,3 ± 51,5 pmol/L), tandis que la réponse au glucagon était atténuée suite aux 4h de sommeil. En revanche, les niveaux d'ACTH, de cortisol ou d'IL-6 ne variaient pas avec le temps de sommeil. Cette intolérance au glucose semble donc résulter essentiellement d'une baisse de la sensibilité à l'insuline. Ces résultats confirment qu'une bonne nuit de sommeil permet aussi de lutter contre la survenue de troubles métaboliques.
Références :(Schmid SM et al. Sleep. 2011;34:371-377)
Nombre d'études ont montré que les troubles respiratoires du sommeil comme les apnées augmentaient le risque cardiovasculaire. Mais la relation inverse a été peu analysée. Et si la survenue d'un trouble cardiovasculaire pouvait également entraîner ou aggraver les apnées, notamment en altérant le contrôle ventilatoire ? Pour y répondre, la cohorte américaine Sleep Heart Health Study a été mise à contribution. Ainsi, 2 721 sujets âgés en moyenne de 62 ± 10 ans, dont 57% de femmes, initialement sans trouble cardiovasculaire, ont été sélectionnés. Afin d'évaluer leur sommeil, ils ont bénéficié de 2 polysomnographies à domicile, à environ 5 ans d'intervalle. Au cours de ce suivi, les incidents cardiovasculaires tels que infarctus du myocarde, insuffisance cardiaque et accident vasculaire cérébral, ont été répertoriés. Entre les 2 polysomnographies, 95 participants ont été victimes de difficultés cardiovasculaires, soient 57 infarctus du myocarde et 57 cas d'insuffisance cardiaque. Comparés au reste du groupe, ces sujets étaient en moyenne plus âgés, plus souvent des hommes, diabétiques et avaient perdu du poids pendant le suivi. Dans le même temps, leur index d'apnées-hypopnées (IAH), qui reflète la sévérité des apnées du sommeil, avait augmenté (ΔIAH moyen = 5,40 ; IC à 95% = 2,97-7,83), comparé à celui des sujets sans problème cardiovasculaire (ΔIAH moyen = 2,69 ; IC à 95% = 2,24-3,24). Après ajustement sur des paramètres comme l'âge, le sexe, l'origine ethnique, la variation de l'indice de masse corporelle et du tour de cou, une histoire de diabète sucré, la durée du suivi et le temps dormi sur le dos, la différence d'augmentation d'IAH entre ces 2 groupes restait significative. L'association persistait également après exclusion des sujets avec apnées d'origine centrale. Elle était plus marquée chez ceux qui avaient un indice de masse corporelle < 30 kg/m² et un IAH > 5. Les patients concernés par un problème cardiovasculaire voyaient leur IAH s'aggraver plus rapidement, tant pour les apnées obstructives (+ 1,57 évènement/heure de sommeil ; IC à 95% = -0,03 à 3,19) que pour les apnées centrales (+ 1,33 évènement/h ; IC à 95% = 0,68 à 1,99), comparés aux sujets indemnes d'affection cardiovasculaire. Ces résultats suggèrent que les interactions entre troubles respiratoires du sommeil et pathologies cardiovasculaires seraient réciproques.
Références :(Chami HA et al. Circulation. 2011;123:1280-1286)
Un déficit en fer est une des causes bien identifiées du syndrome des jambes sans repos (SJSR) ou impatiences des membres inférieurs, ces sensations extrêmement désagréables que décrivent les patients qui en souffrent. Ce déficit est habituellement défini par une concentration sérique en ferritine inférieure à 45-50 ng/mL. Cependant, en cas de syndrome inflammatoire ou d'insuffisance rénale, une valeur seuil plus élevée de ferritine semble plus appropriée. Les diverses causes éventuelles de SJSR ont été réévaluées au sein d'une population de patients irlandais, hospitalisés pour différentes pathologies et âgés de 50 à 94 ans. Parmi les 301 sujets inclus pour cette analyse, 18,3% d'entre eux présentaient un SJSR, diagnostiqué par un interrogatoire clinique. Dans ce groupe, 15,5% des hommes et 20,8% des femmes avaient des impatiences. Ces patients étaient âgés en moyenne de 71 ans (valeurs extrêmes 54-90 ans). Les analyses statistiques ont montré que plusieurs paramètres étaient significativement associés à un risque plus élevé de SJSR. Il s'agissait notamment d'un taux de ferritine inférieur à 40 ng/ml (Odds Ratio 2,38 ; IC à 95% = 1,00-5,70) ou compris entre 40 et 69 ng/ml (OR 2,72 ; IC à 95% = 1,02-7,26), ou bien encore d'un stade 4 d'insuffisance rénale, défini par un taux de filtration glomérulaire compris entre 15 et 29 ml/min et non dialysé (OR 3,08 ; IC à 95% = 1,01-10,28). Ainsi ces résultats confirment qu'un déficit en fer et une insuffisance rénale sont les facteurs les plus prédictifs d'un SJSR. De plus, indépendamment du statut martial, le SJSR est fortement associé à l'insuffisance rénale, même si celle-ci n'est pas assez sévère pour justifier une dialyse. L'étude suggère de revoir à la hausse la valeur-seuil de ferritine (70 ng/ml) pour dépister un SJSR en cas d'inflammation chronique chez les sujets hospitalisés âgés et également d'inclure les paramètres de filtration glomérulaire et les stades de l'insuffisance rénale dans les futures études sur le SJSR.
Références :(Quinn C et al, Sleep Med. 2011;12:295-301)
Il arrive à tout le monde d’avoir des troubles du sommeil, notamment lorsqu’on avance en âge. Chacun y va alors de sa recette, plus ou moins efficace d’ailleurs, pour y remédier. Une équipe américaine de Pennsylvanie s’est posée la question de l’intérêt de ces interventions, pharmacologiques ou non, au sein d’une population adulte, âgée de 65 ans et plus (74,3 ± 6,6 ans en moyenne), constituée à 66% de femmes. L’enquête a été réalisée grâce à des questionnaires standardisés, dont l’Index de Qualité du Sommeil de Pittsburgh (PSQI), envoyés par e-mail. Le taux de réponses a été de 67% pour 686 personnes contactées initialement. Parmi les 460 répondeurs, 251 rapportaient des perturbations de leur sommeil et ont donc poursuivi l’étude. Au final, ce sont 242 participants qui ont décrit leurs stratégies pour mieux dormir. L’enquête révèle que chacun essaie en moyenne 4,8 ± 2,9 méthodes différentes pour y parvenir (valeurs extrêmes 0-13). Le nombre de traitements utilisés est significativement corrélé au score du PSQI (coefficient de corrélation 0,37 ; p < 0,001). Ce sont bien les plus “mauvais dormeurs” qui multiplient les approches. Du côté des techniques de type “intervention”, regarder la télévision ou écouter la radio ou de la musique arrive en première position (66,4%), suivi par la lecture (56,2%). Des différences sont notées entre les hommes et les femmes. Ces dernières préfèrent consommer un en-cas (39,7% vs 24,3% ; p = 0,03) ou une boisson sans alcool (37,6% vs 21,9% ; p = 0,02) ou bien encore lire (64,6% vs 43,0% ; p = 0,002). Pour ce qui est de la pharmacopée, il semble que les antidouleurs soient les plus répandus (40,1%), soulignant ainsi l’importance de la douleur comme cause fréquente d’insomnie. Généralement, les participants attribuent une efficacité faible à modérée à la plupart de ces traitements. D’après eux, la plus grande efficacité subjective revient à la prise de somnifères (p = 0,001). L’enquête nous apprend également que près de la moitié des sujets qui consomment de l’alcool ou des produits vendus sans ordonnance pour mieux dormir n’ont jamais évoqué leurs troubles du sommeil avec leur médecin. On constate que bien souvent le traitement choisi n’est pas perçu comme réellement efficace et peut même aggraver les symptômes, par exemple en cas de polymédication.
Cette enquête confirme que les seniors qui ont des difficultés de sommeil sont peu nombreuses à les évoquer avec leur médecin. Les stratégies qu’ils adoptent sont rarement efficaces et même bien souvent délétères pour leur sommeil. Cette étude est l’occasion de mettre à nouveau l’accent sur les risques de l’automédication y compris dans ce domaine des troubles du sommeil.
Technique |
Fréquence (%) |
Efficacité perçue (moyenne ± déviation standard) |
Regarder la télévision, écouter la radio ou de la musique |
66,4 |
2,0 ± 1,1 |
Lire un livre, le journal, un magazine |
56,2 |
2,0 ± 1,2 |
Ajuster la température de la pièce, adapter ses couvertures ou sa tenue de nuit |
47,0 |
2,0 ± 1,1 |
Faire une sieste le lendemain |
44,0 |
1,9 ±1,1 |
Prendre un anti-douleur |
40,1 |
1,9 ±1,1 |
Ne pas faire de sieste le lendemain |
35,0 |
1,2 ± 1,2 |
Prendre un en-cas |
34,1 |
1,7 ±1,1 |
Prendre une boisson non alcoolisée (thé, café, lait) |
32,6 |
1,6 ±1,0 |
Prendre un médicament pour dormir vendu sans ordonnance |
30,6 |
1,9 ±1,3 |
Bain chaud ou massage |
29,6 |
1,8 ±1,3 |
Prendre un somnifère |
22,1 |
2,5 ± 1,2 |
Faire une promenade ou de l’exercice (jogging, nage...) |
18,6 |
1,7 ± 1,3 |
Aller dormir dans une autre pièce |
15,6 |
2,1 ± 1,2 |
Faire des exercices de relaxation, d’hypnose ou de méditation |
15,3 |
1,5 ±1,2 |
Boire de la bière, du vin ou un autre alcool |
13,0 |
1,8 ±1,0 |
Prendre des vitamines ou des extraits de plantes |
11,0 |
1,3 ± 1,3 |
Prendre de la mélatonine |
10,6 |
1,3 ± 1,3 |
Parler à quelqu’un au téléphone |
8,2 |
1,8 ±1,2 |
Fumer une cigarette |
4,2 |
1,3 ± 1,6 |
Utiliser l’acupuncture |
1,9 |
1,3 ± 1,5 |
Porter des bouchons d’oreille |
1,4 |
1,0 ± 1,0 |
Techniques utilisées par les participants pour traiter leurs troubles du sommeil et efficacité subjective de celles-ci. Score d’efficacité variant de 0 (aucune efficacité) à 4 (totalement efficace).
Références :Gooneratne NS, Tavaria A, Patel N, Madhusadan L, Nadaraja D, Onen F, Richards KC. Perceived effectiveness of diverse sleep treatments in older adults. J Amer Geriatr Soc. 2011;59:297-303.
Bien que la prévalence des problèmes de sommeil soit élevée dans nos sociétés occidentales et que le surpoids et l'obésité soient en augmentation constante, peu d'études prospectives ont examiné le lien éventuel entre les troubles du sommeil et la prise de poids sur le long terme. Quelques études ayant suggéré que l'obésité pouvait être favorisée par un sommeil perturbé, des universitaires du Département de Santé Publique d'Helsinki en Finlande ont suivi une cohorte d'employés municipaux de la ville entre 2000 et 2007, afin de préciser l'importance de divers paramètres sur la prise de poids. Les données ont pu être exploitées chez 7 022 personnes, dont 5 723 femmes, qui au départ avaient entre 40 et 60 ans. Un questionnaire spécifique avait permis de recenser les problèmes de sommeil en début d'étude. Les participants devaient dire s'ils avaient des difficultés à s'endormir, à maintenir leur sommeil, s'ils se réveillaient plusieurs fois par nuit et s'ils se sentaient fatigués au réveil. Le nombre de nuits perturbées au cours des 4 semaines précédentes permettait d'établir un score de sévérité de leurs troubles. Seulement 13% des femmes et 17% des hommes disaient n'avoir aucun problème de sommeil. A l'inclusion dans l'étude, des difficultés de sommeil fréquentes, soit au moins 1 jour sur 2, étaient rapportées par 20% des femmes et 17% des hommes. Au cours du suivi, environ 1/4 des participants ont pris au moins 5 kg. Comparées aux femmes qui ne se plaignaient pas de leur sommeil et après ajustement sur l'âge, celles qui avaient des difficultés fréquentes à s'endormir, à maintenir un sommeil continu ou qui se réveillaient plusieurs fois par nuit, avaient un risque de prendre 5 kg ou plus augmenté respectivement de 65%, 41% et 49%. La prise en compte des facteurs démographiques, de l'indice de masse corporelle au départ, des difficultés de santé, du mode de vie, du statut marital, du niveau d'instruction ou de la durée du sommeil modifiait peu cette relation. Une analyse identique chez les hommes n'a pas permis d'établir de relation significative entre la prise de poids et les troubles du sommeil, peut-être en raison du plus faible nombre de participants. Le dépistage des problèmes de sommeil pourrait permettre une optimisation de la prévention d'une prise de poids excessive, tout au moins chez les femmes.
Références :(Lyytikäinen P et al. Int J Obesity. 2011;35:109-114)
L'insomnie touche un grand nombre de personnes adultes et cette proportion augmente avec l'âge. Ses conséquences sur la vie quotidienne sont loin d'être négligeables. En effet, si son impact sur la qualité de vie semble évident, des répercussions sur la santé et la consommation de soins ont également été mises en évidence. A titre d'exemple, des symptômes dépressifs sont plus fréquemment rencontrés chez les personnes qui ont une mauvaise qualité de sommeil. Compte tenu des effets indésirables des hypnotiques, de nombreuses personnes se tournent vers des solutions alternatives bien que les essais cliniques contrôlés fassent défaut dans ce domaine. Se basant sur le rôle important de la mélatonine dans la régulation des rythmes circadiens ainsi que sur les effets bénéfiques supposés du zinc et du magnésium sur l'humeur, des cliniciens italiens ont mis en place un essai en double aveugle contre placebo afin de vérifier l'efficacité de l'association de ces 3 substances sur le sommeil de seniors institutionnalisés depuis au moins 3 mois. Les 43 participants à l'étude avaient 78 ans en moyenne et présentaient tous une insomnie primaire. Les sujets dépressifs, ceux qui souffraient en particulier de troubles démentiels, de troubles respiratoires du sommeil ou de mouvements périodiques avaient été exclus. Les sujets ont reçu chaque jour et 1 heure avant le coucher, soit un supplément nutritionnel contenant 5 mg de mélatonine, 225 mg de magnésium et 11,25 mg de zinc dans 100 g de compote de poire (groupe supplémenté, 22 sujets), soit 100 g de compote de poire seule (groupe placebo, 21 sujets). Après 2 mois de traitement, une amélioration très significative de la qualité du sommeil a été observée dans le groupe supplémenté, avec une diminution de 7 points au test de qualité de sommeil de Pittsburg. Les autres tests d'évaluation subjective de la qualité du sommeil, de la facilité d'endormissement et du réveil, du dynamisme dans la journée, de la qualité de vie globale ainsi que la mesure du temps de sommeil, montraient également une amélioration très significative dans le groupe supplémenté comparé au groupe placebo. Bien que cette étude ait été réalisée sur un petit nombre de sujets, les résultats sont d'autant plus encourageants que cette préparation semble dénuée de tout effet indésirable.
Références :(Rondanelli M et al. J Am Geriatr Soc. 2011;59:82-90)
Les mouvements périodiques des jambes sont des mouvements involontaires et stéréotypés survenant de façon récurrente pendant le sommeil sans que les personnes qui en souffrent n'en aient généralement conscience. Leur sommeil est d'autant plus perturbé que la fréquence de ces mouvements est élevée. Ce phénomène n'est pas rare chez les malades insuffisants cardiaques sans que l'on sache très bien quelles en sont les conséquences en termes d'évolution de la maladie. Une cohorte de 218 patients qui présentaient une insuffisance cardiaque systolique a été suivie sur une durée médiane de 33 mois après avoir bénéficié d'une polysomnographie à la recherche de troubles du sommeil. Les sujets ont été classés en 2 groupes : ceux qui avaient un index de mouvements périodiques des jambes (MPJ) < 5/heure de sommeil, considérés comme normaux, et ceux qui avaient un index de MPJ ≥ 5/h. Au total, 37% des participants avaient un index ≥ 5. Globalement ces derniers étaient plus âgés (moyenne d'âge 58 versus 54 ans au départ) et avaient une fraction d'éjection ventriculaire plus faible, ainsi qu'un score d'insuffisance cardiaque plus élevé que les patients qui avaient un index de MPJ < 5. Au cours du suivi, la mortalité des malades qui avaient un index de MPJ ≥ 5 était significativement plus élevée que celle des autres patients, soit 10,4 versus 3,4 décès/100 patient-années. Après ajustement sur les divers facteurs de confusion, un index de MPJ ≥ 5 était ainsi associé à un risque de mortalité multiplié par 2,4, comparés aux autres malades insuffisants cardiaques. Il s'agit pour l'instant d'un simple constat et il restera à préciser les relations de cause à effet entre la sévérité de l'insuffisance cardiaque et les mouvements périodiques des jambes. Des stimulations répétées du système sympathique lors des épisodes de mouvements périodiques pourraient, en raison des augmentations intermittentes du rythme cardiaque et de la pression artérielle au cours de la nuit, contribuer à diminuer l'espérance de vie de ces patients.
Références :(Yumino D et al. Am J Cardiol. 2011;107:447-451)
Les caroténoïdes, bêta-carotène, alpha-carotène et lycopène, sont des provitamines A aux propriétés antioxydantes. Plusieurs études ont montré qu'une consommation importante de fruits et légumes diminuait le risque de maladies chroniques tels que cancers, maladies coronariennes, accidents vasculaires cérébraux ou diabète de type 2. Une méta-analyse avait également montré que la consommation de carotène alimentaire était associée à une diminution du risque de cancer et de maladies cardiovasculaires. Toutefois, les éléments contenus dans les fruits et légumes responsables de cet effet favorable sur la santé ne sont pas clairement identifiés. Ainsi, la supplémentation en bêta-carotène seul ne diminue pas le risque de cancer, de maladies cardiovasculaires ou de diabète de type 2. De plus, les études sur la relation entre les concentrations plasmatiques en bêta-carotène et le risque de cancer ou de maladie cardiovasculaire ont donné des résultats contradictoires. Aussi, des chercheurs américains ont analysé les données de plus de 15 000 adultes représentatifs de la population américaine et participant à l'étude NHANES III pour évaluer l'association entre les concentrations sériques d'alpha-carotène et le risque de maladie cardiovasculaire, de cancer ou de décès toutes causes confondues. A l'inclusion, entre 1988 et 1994, les participants ont bénéficié d'un examen médical et d'un prélèvement sanguin. Ils ont été suivis pendant 13 ans en moyenne. Au cours de l'étude, 3 810 participants sont décédés. Le risque de décès était plus faible chez les personnes qui avaient les niveaux sanguins les plus élevés d'alpha-carotène. Comparativement aux personnes dont les taux sanguins étaient inférieurs à 1 µg/dl, le risque de décès était diminué de 23%, 27%, 34% et 39% chez les sujets qui avaient des concentrations d'alpha-carotène respectivement comprises entre 2 et 3 µg/dl, 4 et 5 µg/dl, 6 et 8 µg/dl et supérieures à 9 µg/dl. Des concentrations élevées d'alpha-carotène étaient également associées à un risque plus faible de décéder d'une maladie cardiovasculaire, d'un cancer ou d'une autre cause. L'association entre les concentrations d'alpha-carotène sériques et le risque de décès toutes causes confondues était indépendante des critères démographiques, des habitudes de vie ou des facteurs de risque classiques. L'alpha-carotène est chimiquement proche du bêta-carotène, mais il semble être plus efficace pour inhiber la prolifération des cellules cancéreuses. Ces résultats confirment l'intérêt d'augmenter nos rations de fruits et de légumes afin de préserver notre santé.
Références :(Li C et al. Arch Intern Med. 2011;171(6):507-515)
Les bénéfices d'une activité physique régulière dans la prévention de nombreuses affections chroniques ne sont plus à démontrer. Les dépenses énergétiques quotidiennes et la capacité cardiorespiratoire sont les paramètres de notre mode de vie les mieux corrélés à l'espérance de vie en bonne santé et à la mortalité. Pourtant, nos comportements quotidiens continuent d'évoluer vers une sédentarité de plus en plus marquée. Le patrimoine génétique que nous avons hérité de nos lointains ancêtres semble en effet mieux adapté à une vie active qu'à la sédentarité. La survie de ces hommes préhistoriques s'est faite au prix de dépenses énergétiques très élevées pendant plus de 80 000 générations. La révolution de l'agriculture, il y a environ 350 générations, puis industrielle depuis environ 7 générations, et tout récemment celle de l'électronique et de l'informatique il y a moins de 2 générations, ont diminué de façon considérable nos activités physiques quotidiennes. L'évolution génétique se faisant sur une échelle de temps beaucoup plus longue que celle des dernières mutations sociales, comment peut-on se rapprocher du mode de vie de nos ancêtres au quotidien ? Retrouver un équilibre entre les apports caloriques et les besoins de notre organisme serait une des premières règles de bon sens, plutôt que d'espérer trouver un traitement miracle de l'obésité. L'homo sapiens primitif avait des dépenses physiques énergétiques quotidiennes estimées entre 800 et 1 200 kcal/j, soit 3 à 5 fois plus que celles de l'homme moderne. Autrement dit, alors que chez nos ancêtres la part des dépenses énergétiques due aux activités physiques était de 40%, aujourd'hui chez l'employé de bureau elle ne représente plus en moyenne que 13%. Avoir un niveau de dépenses physiques proche de celui de nos ancêtres semble tout à fait possible comme le montrent les auteurs d'une revue parue récemment dans l'American Journal of Medicine. Ils préconisent pour cela une alternance d'activités intenses avec des activités plus modérées, en intercalant des périodes de repos, de relaxation et des assouplissements, 2 à 3 fois par semaine. Les sessions devraient durer au moins 20 à 30 minutes, de préférence à l'extérieur de façon à profiter au mieux de la lumière naturelle et en groupe. Ainsi qu'ils le font remarquer grâce à des exemples concrets, les occasions d'effectuer de telles activités sont très nombreuses dans la vie de tous les jours et durant toute la vie, quel que soit notre lieu de résidence.
Références :(O'Keefe JH et al. Am J Med. 2010;123:1082-1086)
L'insomnie est un trouble du sommeil fréquent qui engendre un coût élevé pour la société. L'objectif de cette mise au point était de connaître les caractéristiques socio-démographiques des insomniaques et les conséquences économiques de cette maladie. Les auteurs ont analysé les conséquences de l'insomnie sur le travail, l'économie, les accidents et la consommation de soins. La prévalence de l'insomnie dans la population générale est élevée. Elle varie de 10 à 40% dans les études nationales et internationales en raison de l'absence de définition consensuelle de l'insomnie. Elle est plus élevée chez les femmes et augmente avec l'âge. Dans un échantillon représentatif de la population française âgée de plus 15 ans, la prévalence de l'insomnie était deux fois plus élevée chez les sujets de plus de 65 ans que chez ceux moins de 45 ans. Cependant, l'insomnie a des conséquences diurnes plus gênantes chez les sujets jeunes et chez les femmes. Peu de travaux se sont intéressés aux relations entre le stress au travail et l'insomnie. Certains ont montré que le risque d'insomnie était plus important chez les travailleurs précaires, les travailleurs de force et chez les personnes qui avaient des difficultés relationnelles avec leurs collègues. Si l'insomnie est plus fréquente dans les catégories socioprofessionnelles les plus basses ou chez les personnes n'ayant pas fait d'études secondaires, une étude française a montré que la prévalence de l'insomnie était forte également chez les cadres. La plupart des insomniaques regardent la télévision, lisent, boivent de l'alcool, prennent des tisanes ou des médicaments en vente libre pour dormir, mais consultent rarement un médecin. En France, seulement la moitié des insomniaques sévères et le quart des personnes sujettes à des insomnies occasionnelles consultent un médecin pour leur trouble. Aux USA, 13% des adultes âgés de 18 à 45 ans consomment de l'alcool pour trouver le sommeil, 10% achètent des médicaments en vente libre, et seulement 5% utilisent un hypnotique prescrit par un médecin.
Peu d'études se sont intéressées à l'impact de l'insomnie sur l'absentéisme au travail. Dans une étude française récente parmi des travailleurs à temps plein en bonne santé apparente, les insomniaques étaient deux fois plus souvent absents de leur travail que les bons dormeurs. Cette différence était particulièrement nette chez les cadres et les femmes. D'autres chercheurs français ont noté que les insomniaques sévères étaient 2 fois plus enclins à faire des fautes professionnelles graves et à arriver en retard au travail que les bons dormeurs. Une autre étude auprès des étudiants de l'école de santé navale de San Diego a montré que les insomniaques travaillaient plus lentement et avaient une progression de carrière plus lente que les bons dormeurs. Bien que ces études démontrent que l'insomnie altère l'aptitude au travail, le diagnostic d'insomnie ne donne pas droit à une pension d'invalidité aux Etats-Unis ou en Europe. L'impact des troubles du sommeil sur les accidents de la route est aussi crucial pour la santé publique. Le risque d'accident en cas de somnolence au volant est bien connu des pouvoirs publics et des médias, mais pas les risques liés à l'insomnie. Pourtant, l'insomnie engendre une dette de sommeil, un manque d'attention et la prise d'hypnotiques qui sont responsables d'accidents domestiques, du travail ou de la route. Les conséquences économiques des insomnies sont difficiles à étudier parce que peu de données sur la consommation de soins liée à l'insomnie sont disponibles, et aussi parce que ce trouble du sommeil peut être confondu ou associé à des maladies somatiques ou psychiatriques. Les auteurs d'une revue de la littérature avait calculé que le coût total de l'insomnie aux Etats-Unis en 1988 se situait entre 92,5 et 107,5 milliards de dollars. L'impact économique de l'insomnie est habituellement calculé en coûts directs, correspondant aux dépenses de soins dues à l'insomnie, et indirects, liés aux conséquences sanitaires, sociales et professionnelles (perte de productivité et absentéisme) de l'insomnie.
Coûts directs de l'insomnie.
Il existe peu de données sur les coûts directs de l'insomnie qui comprennent les consultations externes, les soins infirmiers, les enregistrements du sommeil et les médicaments. En 1990, le National Commission of Sleep Disorders Research (NCSDR) américain estimait le coût direct de l'insomnie à 15,4 milliards de dollars. En 1999, des chercheurs américains ont estimé ce coût à 14 milliards de dollars. En France, le montant des coûts directs de l'insomnie étaient en 1995 de 2 milliards de dollars, répartis en 1,7 milliard pour les consultations externes et 311 millions pour les médicaments. En appariant des insomniaques et des bons dormeurs en fonction de l'âge, des chercheurs américains ont calculé qu'un insomniaque jeune ou âgé dépensait en 6 mois respectivement 924 $ et 1 143 $ pour les coûts directs induits par les troubles du sommeil. Au Québec, le montant annuel des coûts directs dus aux insomnies est estimé à 293 $ canadiens par personne insomniaque.
Coûts indirects de l'insomnie.
En 1988, un auteur français travaillant pour le NCSDR a estimé que les accidents liés aux troubles du sommeil aux États-Unis coûtaient entre 43 et 56 milliards de dollars. Une autre étude a calculé que le coût des accidents liés aux troubles du sommeil pouvait être estimé à 46 milliards de dollars en 1988, mais elle était davantage axée sur la somnolence au volant que sur l'insomnie. Dans un travail réalisé auprès des employés de l'US Navy, la perte de productivité due à l'insomnie était estimée à 41 milliards de dollars en 1988. Le coût de l'absentéisme parmi les non cadres était d'environ 143 $ par jour, soit plus de 57 milliards de dollars par an. En Ile de France, les coûts indirects de l'absentéisme pour insomnie ont été récemment étudiés en comparant 369 insomniaques et 369 bons dormeurs. L'absentéisme au travail était de 5,8 jours par employé et par an chez les insomniaques et de 2,4 chez les bons dormeurs. Une autre étude a évalué les coûts de l'absentéisme au travail lié à l'insomnie chez 140 000 jeunes adultes. Un surcoût moyen de 405 $ pour absentéisme a été trouvé chez les insomniaques par rapport au groupe témoin. Dans une étude canadienne, le coût indirect lié aux troubles du sommeil était de 4 717 $ canadiens pour une personne avec un syndrome d'insomnie, 1 271 $ canadiens pour celle présentant des symptômes d'insomnie et 376 $ canadiens chez les bons dormeurs.
En dépit de ces études, le coût de l'insomnie reste encore mal connu et il est difficile d'avoir une vue générale sur l'impact économique de l'insomnie. Il est également difficile de généraliser ces résultats car les études ci-dessus n'ont été réalisées que dans trois pays. L'insomnie affecte la vie quotidienne de millions de personnes dans le monde. Elle est souvent associée à d'autres problèmes de santé tels que la dépression, l'anxiété ou les accidents. Son impact économique est majeur car elle retentit non seulement sur les patients, mais également sur leur famille et leurs collègues. Les pouvoirs publics commencent à prendre conscience de l'impact négatif des troubles du sommeil en termes de santé publique et veulent promouvoir des programmes d'éducation sur l'hygiène du sommeil.
Références :(Léger D, Bayon V. Societal costs of insomnia. Sleep Med Rev 2010;14:379-389)
Il est bien admis que l'obésité constitue un facteur de risque de morbidité et de mortalité cardiovasculaire. Une augmentation du risque de décès par cancer a également été observée chez les personnes obèses. Les conséquences du surpoids, soit un indice de masse corporelle (IMC) compris entre 25,0 et 29,9 kg/m2, sont moins claires puisque certains auteurs ont même pu y voir un éventuel bénéfice. Pour mieux préciser l'impact de l'IMC sur l'espérance de vie en général, des études de cohorte de grande envergure sont indispensables. Dans ce but, des épidémiologistes ont tout récemment effectué une méta-analyse de 19 études prospectives sur la relation entre IMC et mortalité. Au total, l'ensemble de ces essais regroupait 1,46 million de personnes de 18 à 84 ans (âge médian 58 ans) et leur objectif principal initial était de suivre la mortalité par cancer. Leur durée était de 5 à 28 ans (médiane 10 ans). Globalement, 160 087 décès ont été recensés au cours des diverses études. Pour l'ensemble des sujets, il y avait une relation en J entre l'IMC et la mortalité globale. Si l'on se cantonne aux personnes qui n'avaient jamais fumé et qui au départ étaient indemnes de maladie cardiaque ou de cancer avérés, l'excès pondéral mais aussi un poids trop faible, étaient associés à une augmentation de la mortalité globale. Ainsi, comparées aux femmes qui avaient un IMC compris entre 22,5 et 24,9 kg/m2, et après ajustement sur l'âge, l'activité physique, le niveau d'éducation et la consommation d'alcool en particulier, celles qui avaient un IMC entre 15,0 et 18,4 kg/m2 avaient un risque de mortalité augmenté de 47%, et pour un IMC entre 18,5 et 19,9 ce risque était majoré de 14%. Au dessus du poids jugé idéal, le risque était augmenté de 13% pour un IMC entre 25,0 et 29,9, de 44% entre 30,0 et 34,9, de 88% entre 35,0 et 39,9, et de 150% entre 40,0 et 49,9 kg/m2. Les chiffres étaient très similaires pour les hommes. Cette vaste méta-analyse confirme ainsi que l'IMC idéal chez l'adulte se situe entre 20,0 et 24,9 kg/m2 et que l'obésité et le surpoids augmentent le risque de mortalité, quelle qu'en soit la cause. Les personnes trop minces semblent également plus fragiles puisque leur espérance de vie apparaît d'autant plus affectée que leur IMC s'éloigne des valeurs idéales. Toutefois, pour les auteurs, cette dernière observation pourrait être en lien avec certaines maladies présentes dès l'inclusion dans les études.
Références :(Berrington de Gonzalez A et L. N Eng J Med. 2010;363:2211-2219)
La fatigue et la somnolence au volant sont responsables d'un grand nombre d'accidents de la circulation. Divers travaux ont également montré que les personnes qui souffrent d'apnées du sommeil ont un risque d'accident multiplié par 2 à 3 lorsqu'elles prennent le volant. Avec l'aide de l'Association Française des Sociétés d'Autoroute, une vaste étude sur plus de 35 000 conducteurs réguliers vient d'être réalisée afin de mieux appréhender les risques d'accidents liés aux troubles du sommeil. Il s'agit d'une enquête réalisée par Internet et basée sur des questionnaires permettant de connaître en particulier le statut socio-économique des participants, leur niveau de somnolence dans la journée ainsi que sa fréquence au volant, la présence de troubles du sommeil diagnostiqués et éventuellement traités, ainsi que leur consommation d'alcool et de boissons caféinées. Les erreurs au volant ainsi que les accidents au cours de l'année écoulée étaient également renseignés. Ces conducteurs réguliers avaient en moyenne 45 ± 13 ans et les trois quart étaient des hommes qui conduisaient surtout pour des raisons professionnelles, et 92% travaillaient de jour. Au sein de cette cohorte, 17% se considéraient comme conducteurs professionnels et 43% d'entre eux faisaient plus de 25 000 km/an. Ils étaient 17% à mentionner un trouble du sommeil, dont 5% des apnées du sommeil et 9% des insomnies, et 4% à souffrir de plusieurs troubles en même temps. Plus de la moitié des participants déclaraient avoir eu au moins un épisode de somnolence sévère au volant au cours de l'année et 9% disaient le ressentir au moins une fois par mois avec un besoin de faire une pause. Au cours de cette même période, 16% avaient fait une faute de conduite en lien avec la somnolence, essentiellement lors d'un long trajet sur l'autoroute, et le plus souvent la nuit. Parmi les personnes ayant eu un accident, dans 6% des cas il était du à la somnolence. Le risque d'accident le plus élevé était observé chez les personnes qui souffraient de narcolepsie (risque multiplié par 3) ou de plusieurs troubles du sommeil en même temps (risque multiplié par 1,5). Les conducteurs de moins de 30 ans avaient également un risque d'accident augmenté de 40% comparés aux personnes qui avaient 10 ans de plus. Chez ceux qui devaient s'arrêter en raison d'une somnolence trop importante, le risque d'accident était multiplié par 10. En revanche aucun lien n'a été retrouvé avec la présence d'apnées du sommeil, d'insomnies ou d'un syndrome des jambes sans repos. Cette vaste enquête confirme la fréquence élevée de la somnolence au volant ainsi que ses conséquences sur le risque d'accidents de la route.
Références :(Philip P et al. Sleep Med. 2010;11:973-979)
Une précédente étude avait montré que le cacao, ingrédient principal du chocolat très riche en flavonoïdes, réduisait la pression artérielle, améliorait la fonction endothéliale et diminuait de moitié la mortalité cardiovasculaire des personnes qui consommaient en moyenne 4 g de cacao par jour. Des chercheurs australiens viennent de publier les résultats d'un nouvel essai randomisé et contrôlé au cours duquel ils ont étudié la relation entre la consommation de chocolat et l'athérosclérose chez 1 216 femmes âgées en moyenne de 75 ans et suivies pendant près d'une décennie. A l'inclusion, les données concernant leurs antécédents médicaux, leurs traitements, leur niveau d'activité physique et leur statut socioéconomique ont été recueillies. Une enquête alimentaire précisait la consommation de chocolat. Ces femmes ont été séparées en 3 groupes selon qu'elles consommaient moins d'une portion de chocolat / semaine (consommation rare), de 1 à 6 portions / semaine (consommation hebdomadaire), et 7 portions ou plus / semaine (consommation quotidienne), ce qui correspondait pour ces dernières à une quantité de 1 à 5 g de cacao par jour. Une échographie carotidienne était réalisée au cours du suivi pour rechercher les plaques d'athérosclérose et mesurer l'épaisseur de la paroi artérielle. Le critère principal de jugement était une hospitalisation ou un décès en relation avec une maladie cardio- ou cérébro-vasculaire liée à l'athérosclérose. Parmi les participants, 579 (47,6%) consommaient moins d'une portion de chocolat / semaine, 435 (35,8%) en consommaient 1 à 6 portions et 202 (16,6%) au moins 7 portions par semaine. Au cours de l'étude, 158 (27,3%), 90 (20,8%) et 42 (20,8) hospitalisations ou décès en relation avec l'athérosclérose ont été recensés dans les groupes qui consommait rarement, chaque semaine ou chaque jour du chocolat, respectivement. Les femmes qui consommaient chaque semaine ou chaque jour du chocolat ont été regroupées car elles partageaient les mêmes caractéristiques sociodémographiques et évolutives. Leur risque d'être hospitalisées ou de décéder en raison d'une maladie liée à l'athérosclérose était inférieur à celui des femmes qui consommaient rarement du chocolat et cette diminution du risque persistait après ajustement pour l'âge et les autres facteurs de confusion. Les consommatrices régulières avaient significativement moins de plaques d'athérosclérose carotidienne que les femmes qui consommaient rarement du chocolat. Les données de cette étude sont les premières à montrer une association entre la consommation de chocolat et la prévalence des plaques d'athérome carotidiennes. Elles sont une preuve supplémentaire que le chocolat peut protéger des maladies cardiovasculaires. Ces données suggèrent également qu'une consommation hebdomadaire de chocolat est aussi efficace qu'une consommation quotidienne.
Références :(Lewis JR et al. Arch Intern Med. 2010;170:1857-1858)
Le sommeil et la santé mentale sont intimement liés. Un syndrome dépressif entraîne bien souvent un réveil très matinal avec des difficultés à se rendormir. Ce trouble du sommeil peut justement constituer l'un des symptômes de la dépression. L'association à long terme entre troubles du sommeil et risque de dépression est toutefois moins bien documentée. Une étude longitudinale qui avait pour but de préciser la relation temporelle entre divers troubles du sommeil et la survenue d'une dépression vient d'être réalisée sur une cohorte de près 5 000 seniors. Les participants, qui ont été suivis pendant 7 années, étaient indemnes de troubles dépressifs au départ et considérés comme représentatifs de la population adulte japonaise de plus de 65 ans. Lors d'entretiens réitérés à 4 reprises, les auteurs se sont essentiellement intéressés à rechercher un syndrome dépressif ainsi que la présence de diverses formes d'insomnie : difficultés d'endormissement, réveil trop précoce ou difficultés à maintenir un sommeil continu. La présence d'une dépression était évaluée sur la base de l'échelle CES-D à 11 items. Les personnes qui souffraient de difficultés d'endormissement avaient un risque de survenue d'une dépression 3 ans plus tard augmenté de 60%, comparées aux bons dormeurs. En revanche, il n'y avait pas de majoration du risque chez les personnes qui avaient des nuits discontinues ou des réveils trop matinaux. Chez les seniors, certaines formes d'insomnies semblent donc favoriser la survenue d'un syndrome dépressif.
Références :(Yokoyama E et al. Sleep. 2010;33:1693-1702)
Le phénomène de l'alcoolisation aiguë, ou « binge drinking » des anglo-saxons, qui consiste à boire le maximum d'alcool en un minimum de temps, se répand de plus en plus en Europe. Alors que de nombreux travaux ont montré les aspects bénéfiques d'une consommation régulière et modérée d'alcool, une consommation excessive et ponctuelle serait responsable d'un nombre important de décès, en particulier d'origine cardiovasculaire. De toute évidence, le mode de consommation joue un rôle important dans le déclenchement des accidents coronariens. Pour le confirmer, des épidémiologistes ont tenté de mesurer l'impact sur les accidents coronariens des différences de comportements entre les irlandais et les français vis-à-vis de l'alcool, deux populations au mode de vie bien différent de ce point de vue. Des volontaires de sexe masculin âgés de 50 à 59 ans ont été recrutés pour cette étude, soit 2 405 irlandais de Belfast et 7 373 français répartis entre Lille, Strasbourg et Toulouse. Leurs habitudes de vie et plus particulièrement leur mode de consommation de boissons alcoolisées ont été analysés. Une alcoolisation était considérée comme aiguë pour une absorption en un temps très court d'au moins 50 g d'alcool, soit environ 5 verres de vin. Alors que 60,5% des irlandais déclaraient boire de l'alcool au moins une fois par semaine, ils étaient plus de 90% en France. Cependant, parmi les buveurs réguliers, 75% des français avaient une consommation quotidienne, contre 12% en Irlande. La consommation n'était que de 22,1 g/j à Belfast alors qu'elle atteignait 32,8 g/j chez les français. Mais il y avait près de 10% de « binge drinkers » à Belfast, alors que l'on n'en trouvait que 0,5% en France. Au cours des 10 années de suivi de ces 2 cohortes, 683 personnes ont été victimes d'un accident coronarien avec une incidence annuelle 2 fois plus élevée à Belfast qu'en France. Plus précisément, après ajustement sur les facteurs de risque cardiovasculaires classiques et comparés aux personnes qui avaient une consommation régulière et modérée d'alcool, le risque d'infarctus du myocarde était doublé chez les « binge drinkers ». Il est également intéressant de noter que seule une consommation régulière de vin était associée à un moindre risque d'accidents cardiaques.
Références :(Ruidavets J-B et al. Brit Med J. 2010;341:c6077)
Alors que la production d'urine chez l'adulte en bonne santé diminue pendant la nuit, ce n'est plus le cas chez les personnes qui présentent une nycturie. Cette dysrégulation, d'origine multifactorielle, n'est pas uniquement due à l'avance en âge mais peut aussi être associée à diverses pathologies, la prise de médicaments ou à certaines habitudes de vie. Si ces levers nocturnes répétés affectent la qualité du sommeil ainsi que la qualité de vie, il semble bien que la morbi-mortalité soit également significativement augmentée chez ces sujets. C'est ce qui vient d'être montré au cours d'une étude de cohorte ayant inclus 784 personnes de 70 à 97 ans (âge moyen 76 ans) dont 46% souffraient de nycturie, soit au moins 2 levers chaque nuit. Au cours des 5 années de suivi, 41 fractures ont été constatées dont 32 en raison de chutes. Le risque de fracture associée ou non à une chute était multiplié par 2,2 et par 2, respectivement, chez les sujets qui devaient se lever plusieurs fois par nuit. Bien plus, le risque de décès était également doublé chez les personnes affectées de nycturie, même après avoir pris en compte la présence éventuelle d'un diabète, d'une insuffisance rénale, des antécédents d'accident vasculaire cérébral ou de maladie coronarienne, ainsi que la prise de diurétiques, d'anxiolytiques ou d'hypnotiques.
Références :(Nakagawa H et al. J Urology. 2010;184:1413-1418)
Les nitrates contenus dans les aliments, notamment dans la betterave, le céleri, les épinards, les laitues et le chou, sont transformés par l'organisme en nitrites, doués de propriétés vasodilatatrices. Il a été montré que ces nitrates apportés par l'alimentation, et en particulier le jus de betterave, étaient capable de faire baisser la pression artérielle ; pourraient-ils aussi augmenter le débit sanguin cérébral chez les seniors ? Pour valider cette hypothèse, des scientifiques américains ont étudié les effets d'une alimentation riche en nitrates pendant 4 jours chez 14 personnes âgées en moyenne de 74 ans. Après un jeûne de 10 heures, les sujets recevaient soit une alimentation riche en légumes verts et en fruits, plus 500 ml de jus de betterave, soit une alimentation pauvre en nitrates comportant peu de fruits et de légumes et sans jus de betterave. Une heure après le petit-déjeuner du deuxième jour, les sujets passaient une IRM cérébrale. Les personnes qui avaient suivi un régime riche en nitrates les deux premiers jours recevaient ensuite un régime pauvre en nitrates les 3ème et 4ème jours, et inversement. Le régime riche en nitrates entraînait une meilleure irrigation des zones cérébrales impliquées dans les fonctions exécutives, laissant penser qu'une alimentation riche en nitrates pourrait prévenir le déclin cognitif. Il s'agit là d'une étude préliminaire et d'autres essais seront nécessaires pour valider cette hypothèse établissant une relation entre ce type d'alimentation et les fonctions cognitives.
Références :(Presley TD et al. Nitric Oxide. 2010; in press)
La relation entre des temps de sommeil inférieurs à 7 heures ou supérieurs à 8 heures et une mortalité accrue est démontrée depuis longtemps. Toutefois, on ne sait pas si cette augmentation de la mortalité est secondaire uniquement au manque ou à l'excès de sommeil, ou si une maladie sous-jacente influe directement sur la durée du sommeil et la mortalité. A titre d'exemple, les maladies cardiovasculaires, le diabète, les troubles cognitifs, la dépression ou l'altération des capacités fonctionnelles augmentent à la fois le risque de mortalité et la durée du sommeil. Une équipe espagnole a étudié de près les relations entre le sommeil et la mortalité en fonction de l'état de santé physique et mental d'une population de seniors. Pour cela, ils ont suivi pendant 7 ans 3 820 personnes non institutionnalisées et âgées de plus de 60 ans. La durée du sommeil a été renseignée à l'inclusion. Au cours du suivi, 897 personnes sont décédées. L'analyse des résultats montre que, par rapport aux sujets qui dormaient 7 heures, ceux qui dormaient 8, 9, 10, ou 11 heures et plus, avaient un risque de décéder augmenté respectivement de 34, 48, 73 et 66%. Cette relation était observée même chez les personnes en bonne santé pour lesquelles la santé subjective, les fonctions cognitives, la qualité de vie et l'aptitude à réaliser les activités de la vie quotidienne étaient optimales. Chez les petits dormeurs, le risque de mortalité était augmenté seulement chez ceux qui présentaient une altération des fonctions cognitives. Ce travail montre que la plus grande mortalité observée chez les personnes qui dorment beaucoup n'est pas la conséquence directe d'un mauvais état de santé. Cette constatation est intéressante car 21% des espagnols de plus de 60 ans dorment au moins 10 heures par jour. Il restera à comprendre en quoi l'excès de sommeil est mauvais pour la santé.
Références :(Mesas AE et al. J Am Geriatr Soc 2010;58:1870-1877)
De nombreuses études ont montré que la pratique régulière d'une activité physique était un moyen simple et efficace pour maintenir ses capacités intellectuelles mais également pour réduire le risque de maladie d'Alzheimer. L'évolution de cette maladie, peut être suivie par différents biomarqueurs présents dans le liquide céphalorachidien, en particulier la protéine tau totale, la protéine tau hyperphosphorylée ainsi que le peptide β-amyloïde, ou encore par le «Pittsburgh Compound-B», ou PIB, un traceur utilisé en tomographie à émission de positons pour visualiser les plaques amyloïdes cérébrales. Des neurologues ont étudié les relations entre ces marqueurs biologiques et l'activité physique chez 69 hommes et femmes, âgés de 55 à 88 ans et indemnes d'altération cognitive. Ces participants ont rempli un questionnaire précisant leur niveau d'activité physique au cours de la décennie précédente. Les marqueurs de la maladie d'Alzheimer ont été mesurés chez 56 d'entre eux. Les résultats montrent que les sujets qui avaient les niveaux de fixation de PIB les plus forts et les taux de protéine tau totale et de protéine tau hyperphosphorylée les plus élevés étaient ceux qui faisaient le moins d'exercice physique. Après ajustement sur les facteurs de confusion, cette relation persistait seulement pour le PIB. Les sujets qui avaient une activité physique conforme aux recommandations de l'American Heart Association avaient un niveau de fixation du PIB plus bas et un taux de peptide β-amyloïde plus élevé, même après ajustement pour les facteurs de confusion. Ces relations étaient plus marquées chez les sujets non-porteurs de l'allèle epsilon 4 de l'APOE. Ce travail semble être le premier à objectiver une association entre le niveau d'activité physique et les marqueurs de la maladie d'Alzheimer chez les sujets âgés sans trouble cognitif.
Références :(Liang KY et al. Ann Neurol. 2010;68:311-318)
Le manque de sommeil a-t-il un impact sur l'efficacité d'un régime hypocalorique ? Pour répondre à cette question, des chercheurs de l'Illinois ont recruté 10 adultes, âgés en moyenne 41 ans, en surpoids avec un IMC compris entre 25 et 32 kg/m², en bonne santé et non fumeurs. Ils ne présentaient pas de trouble du sommeil ni de dépression, ne consommaient ni café, ni tabac ou alcool en excès, n'avaient pas de travail de nuit ou de force et ne prenaient pas de traitement modifiant le sommeil ou le métabolisme. Ces volontaires ont suivi un régime légèrement hypocalorique et personnalisé, correspondant à 90% de leur métabolisme de base pendant deux périodes de 14 jours. Au cours de la première période, ils devaient dormir environ 8h30 par nuit, puis 5h30 au cours de la seconde. Les siestes étaient interdites. La masse maigre a été calculée en faisant la différence entre le poids corporel et la masse grasse évaluée par absorptiométrie biphotonique. Des échantillons de sang étaient prélevés régulièrement pour analyser les taux de leptine, de ghréline, de cortisol et d'hormone de croissance. Pendant la première période, les participants ont dormi en moyenne 7h25 par nuit et perdu 1,4 kg de masse grasse et 1,5 kg de masse maigre. Au cours de la deuxième période, ils ont dormi 5h14 en moyenne et ont perdu 0,6 kg de masse grasse et 2,4 kg de masse maigre. La privation de sommeil a ainsi diminué de moitié la perte de masse grasse et augmenté de 60% la perte de masse maigre. Au cours de la deuxième période, la sensation de faim était augmentée, ainsi que le taux sanguin de ghréline, hormone qui stimule l'appétit et réduit la consommation d'énergie. Ces données montrent que la durée du sommeil doit être optimisée lorsqu'on suit un régime hypocalorique en vue de réduire les risques métaboliques de la surcharge pondérale.
Références :(Nedeltcheva A et al. Ann Intern Med. 2010;153:435-441)
Les apnées obstructives du sommeil (AOS) sont fréquentes au sein de la population générale. Elles altèrent la qualité du sommeil, entraînent une somnolence diurne et augmentent le risque de maladie cardiovasculaire. Des chercheurs de la Mayo Clinic ont voulu savoir si ces apnées étaient systématiquement recherchées après un infarctus du myocarde et quelle était leur prévalence. Dans une première étude, ils ont analysé de façon rétrospective les dossiers médicaux de 798 patients âgés de 69 ± 14 ans et hospitalisés en 2007 pour un infarctus du myocarde. Des AOS étaient suspectées ou diagnostiquées pendant l'hospitalisation chez seulement 12% des patients. La deuxième étude a concerné 74 patients âgés de 62 ± 13 ans, hospitalisés entre 2004 et 2008 pour un infarctus du myocarde et explorés par polysomnographie. Avant la polysomnographie, les AOS étaient suspectées ou diagnostiquées chez seulement 10 (14%) des 74 sujets. Néanmoins, l'enregistrement du sommeil a montré qu'elles étaient réellement présentes chez 51 (69%) de ces patients. Trente d'entre eux présentaient un syndrome d'AOS considéré comme sévère avec un index d'apnées/hypopnées > 15. Les AOS semblent donc rarement suspectées ou diagnostiquées chez les patients qui sont victimes d'un infarctus du myocarde, bien que, comme le montre cette étude, certes limitée, leur prévalence semble très élevée chez ces patients. Les investigateurs concluent qu'après un infarctus du myocarde, les AOS devraient être dépistées de manière systématique de la même façon qu'un traitement médicamenteux approprié est prescrit.
Références :(Konecny T et al. J Am Coll Cardiol. 2010;56:742-743)
Les personnes qui souffrent de démences manifestent fréquemment des comportements inadaptés pouvant être considérés comme de l'agitation. Il peut s'agir de comportements physiques ou verbaux, agressifs ou non. Leur prise en charge pose souvent problème aux aidants, conduisant fréquemment au placement du malade en institution. Les mêmes problèmes se reposent dans ces établissements où le personnel est parfois désemparé face à ce type de situation. Les traitements pharmacologiques sont la plupart du temps de peu de secours, les effets indésirables l'emportant bien souvent sur le bénéfice éventuel. En revanche, plusieurs approches non pharmacologiques ont été décrites comme étant bénéfiques pour apaiser les malades agités. Une étude comparée et randomisée des interventions dont l'efficacité avait été la mieux décrite a été menée auprès de 111 pensionnaires de 7 institutions situées dans le Maryland aux Etats Unis. Les participants étaient âgés de 85 ans en moyenne, souffraient tous de démence (score moyen de 5 au test MMSE) et manifestaient un niveau d'agitation suffisant pour pouvoir apprécier le bénéfice d'une intervention. Au cours d'une période de 3 semaines, chaque participant s'est vu présenter 25 stimuli différents à raison de 4 par jour. Pratiquement toutes les occupations ou stimuli proposés contribuaient à diminuer le niveau d'agitation à l'exception des activités de type puzzle ou jeu de construction. Les plus bénéfiques étaient les interactions sociales de type échanges avec le personnel, la présence d'un animal familier ou d'un bébé. Ensuite venaient les tâches telles que la confection de bouquet ou le coloriage ainsi que la lecture de revues imprimées en gros caractères, puis les occupations en lien direct avec, soit le passé professionnel, soit les activités de loisir de chaque personne. L'écoute de la musique contribuait également à diminuer l'agitation. Globalement, le bénéfice était plus net sur l'agitation physique que sur l'agitation verbale. Par ailleurs, ces interventions se montraient d'autant plus efficaces qu'elles étaient adaptées à la personnalité ou au passé de chacun des patients.
Références :(Cohen-Mansfield J et al. J Am Geriatr Soc. 2010;58:1459-1464)
Les apnées du sommeil non traitées favorisent la survenue de complications cardiovasculaires. La présence de facteurs de risque cardiovasculaire lors du diagnostic d'apnées du sommeil est toutefois encore mal documentée. Le groupe de travail français ANTADIR (Association Nationale pour le Traitement à Domicile, les Innovations et la Recherche) qui se penche sur cette problématique a enquêté directement auprès d'une population de patients sur la présence de facteurs de risque cardiovasculaire lors de l'installation d'un appareillage à pression positive à domicile. Au total 1 117 personnes, dont 834 hommes et 283 femmes, ont été interrogées. Parmi ces patients, 54% étaient hypertendus, 23% étaient diabétiques, 66% étaient obèses, 34% avaient une hyperlipidémie, 20% avaient une histoire familiale de maladie coronarienne et 18% étaient fumeurs. Les femmes étaient plus souvent hypertendues, diabétiques et obèses que les hommes qui, en revanche, étaient plus fréquemment des fumeurs. Ainsi, chez les personnes qui souffrent d'apnées obstructives du sommeil, lors du diagnostic et tout particulièrement chez les femmes, la prévalence des facteurs de risque cardiovasculaire est très élevée. Une prise en charge globale de ces patients au profil de risque complexe apparaît donc souhaitable.
Références :(Laaban J-P et al. Resp Med. 2010;104:1063-1068)
L'accumulation de plaques amyloïdes dans le cerveau entraîne une réaction inflammatoire, la production de radicaux libres et une dégénérescence des neurones au cours de la maladie d'Alzheimer. Le stress oxydatif est l'un des mécanismes incriminés dans la survenue des démences. La vitamine E qui est un puissant antioxydant liposoluble, semble capable de diminuer les effets pathogènes des radicaux libres sur le cerveau. Chez les animaux de laboratoire, cette vitamine atténue les effets toxiques de la substance amyloïde et améliore les performances cognitives. Peu de données épidémiologiques ayant été collectées sur le long terme chez l'homme, une équipe de chercheurs hollandais a suivi pendant 10 ans 5 395 personnes âgées de plus de 55 ans et indemnes de démence à l'inclusion afin de tenter de préciser les bénéfices éventuels d'une alimentation riche en antioxydants sur le risque de maladie d'Alzheimer. Les apports vitaminiques étaient évalués à l'inclusion par un questionnaire sur leurs habitudes alimentaires. A la fin de l'étude, 465 personnes avaient développé une démence, parmi lesquelles 365 avaient une maladie d'Alzheimer. Après ajustement sur l'âge, le niveau d'éducation, le génotype de l'apolipoprotéine E4, les apports énergétiques totaux, la consommation d'alcool, le tabagisme, l'indice de masse corporelle et l'utilisation de suppléments nutritionnels, les chercheurs ont constaté que la consommation de vitamine E diminuait le risque de démence. Les sujets qui en début d'étude consommaient le plus de vitamine E (moyenne 18,5 mg/j), avaient un risque de démence diminué de 25% par rapport à ceux qui en consommaient le moins (moyenne 9 mg/j). La consommation d'autres antioxydants, vitamine C, bêta-carotène ou flavonoïdes, n'influençait pas le risque de démence. Même si d'autres études seront nécessaires pour confirmer ces effets bénéfiques de la vitamine E, ces résultats apportent un argument de plus pour nous encourager à suivre les recommandations du Programme National Nutrition Santé (PNNS).
Références :(Devore EE et al. Arch Neurol. 2010;67:819-825)
La mélatonine est une hormone sécrétée par la glande pinéale qui régule les rythmes biologiques et favorise le sommeil. Elle est synthétisée à partir de la sérotonine, elle-même produite à partir du tryptophane, acide aminé apporté par l'alimentation. En Espagne, la Vallée du Jerte en Estremadour produit des cerises particulièrement riches en tryptophane, sérotonine et mélatonine. Une équipe espagnole avait déjà montré qu'un supplément nutritionnel contenant des extraits de 4 variétés de cerises cultivées dans cette vallée avait des effets bénéfiques sur le sommeil. Ces chercheurs ont poursuivi leurs travaux en demandant à 12 personnes âgées de 35 à 85 ans de consommer tous les jours pendant 3 jours consécutifs 200 g midi et soir d'une parmi 7 variétés de cerises cueillies dans cette vallée. Après une semaine de latence, ils devaient ensuite consommer la même quantité de cerises (2 x 200 g) d'une autre variété pendant 3 jours et ainsi de suite jusqu'à la 7ème variété. Les périodes d'activité et de repos ont été mesurées à l'aide d'un actimètre. Un métabolite de la mélatonine, la 6-sulfatoxymélatonine, et l'activité anti-oxydante ont été dosées dans les urines du matin. La consommation de ces différentes variétés de cerises a significativement allongé le temps de sommeil, diminué le nombre de réveils nocturnes et augmenté l'excrétion urinaire de mélatonine et la capacité anti-oxydante des urines. Les cerises ont eu le même effet que l'extrait de fruit préalablement étudié. Il serait maintenant intéressant de voir si ces fruits peuvent aussi améliorer les troubles du sommeil et/ou les symptômes dépressifs.
Références :(Garrido M et al. J Gerontol A Biol Sci Med Sci. 2010;65:909-914)
Les Troubles du Comportement en Sommeil Paradoxal (TCSP) sont caractérisés par des épisodes anormaux d'activité motrice pendant cette phase du sommeil. Ils sont liés à un défaut d'inhibition du tonus musculaire. Les TCSP peuvent être idiopathiques ou secondaires à une maladie neurologique dont ils seraient les premiers symptômes. En étudiant des dossiers de la Mayo Clinic, des chercheurs américains ont identifié 550 patients qui présentaient ce type de troubles dont 27 personnes qui avaient présenté un TCSP 15 ans au moins avant de développer soit une maladie de Parkinson (13 sujets), soit une démence à corps de Lewy (13 sujets), soit encore une atrophie multi-systémique (1 sujet). Le délai moyen entre le début du TCSP et les signes évoquant une atteinte neurologique était de 25 ans mais pouvait atteindre 50 ans. Ces résultats suggèrent que la maladie de Parkinson et la démence à corps de Lewy peuvent évoluer très lentement et rester longtemps silencieuses ou peu symptomatiques comme le suggéraient déjà des travaux antérieurs. Ces données ouvrent des perspectives éventuelles d'intervention thérapeutique afin de ralentir la progression de ces maladies neuro-dégénératives bien avant que leurs symptômes classiques ne s'installent.
Références :(Claassen DO et al. Neurology. 2010;75:494-499)
De nombreuses études d'observation ont permis d'établir un lien entre les troubles respiratoires durant le sommeil et le risque cardiovasculaire. Pour préciser l'impact des apnées obstructives du sommeil et de leur sévérité sur le risque de coronaropathie ou d'insuffisance cardiaque au sein de la population générale, une cohorte de 1 927 hommes et 2 495 femmes de plus de 40 ans a été suivie pendant près de 9 années. Tous les participants avaient bénéficié d'une polysomnographie en début d'étude à la recherche de troubles du sommeil. Ils étaient indemnes de problèmes coronariens ou d'insuffisance cardiaque lors de leur recrutement. Après prise en compte des facteurs de risque classiques, la présence d'apnées obstructives du sommeil augmentait significativement le risque d'infarctus du myocarde ou de décès en raison d'un problème coronarien, mais seulement chez les hommes de moins de 70 ans et pas chez les femmes. Ainsi, les hommes âgés de 40 à 70 ans qui avaient un index d'apnées-hypopnées ≥ 30 événements/heure avaient un risque augmenté de 68% de souffrir d'un problème coronarien, comparés à ceux qui ne faisaient pas d'apnées. Par ailleurs, toujours chez les hommes et quel que soit leur âge, le risque de développer une insuffisance cardiaque était d'autant plus élevé que les apnées étaient fréquentes, avec une majoration du risque de 58% pour un index d'apnées-hypopnées ≥ 30. Les hommes qui souffrent d'apnées obstructives semblent donc particulièrement exposés aux risques de complications cardiaques.
Références :(Gottlieb DJ et al. Circulation. 2010;122:352-360)
L'épidémie d'obésité qui s'étend dans tous les pays développés résulte essentiellement d'une consommation excessive d'aliments très caloriques à laquelle s'ajoute une augmentation de la sédentarité. Toutefois, les conséquences néfastes liées au surpoids peuvent être compensées partiellement par une activité physique régulière. Pour préciser l'impact des activités de loisir sur la longévité, une cohorte américaine de plus de 53 000 hommes et de près de 70 000 femmes, a été suivie pendant 14 années. Les participants étaient âgés de 50 à 74 ans en début d'étude et étaient tous bien portants lors de leur recrutement. Leurs habitudes de vie, et en particulier le temps de loisir consacré à une activité physique ou en position assise, avaient été renseignées à l'aide d'un questionnaire. Au cours de l'étude, 11 307 décès ont été enregistrés chez les hommes et 7 923 chez les femmes. En tenant compte des facteurs de risque classiques tels que le tabagisme et l'indice de masse corporelle, rester assis au moins 6 heures par jour était associé à un risque de mortalité majoré de 34% chez les femmes et de 17% chez les hommes, comparés aux sujets qui restaient moins de 3 heures dans leur fauteuil. Lorsque la station assise pendant plus de 6 heures par jour était associée à une faible activité physique, le risque de mortalité était multiplié par 2 chez les femmes et augmenté de près de 50% chez les hommes, comparés aux sujets qui avaient une vie plus active. Cette surmortalité était essentiellement d'origine cardiovasculaire. Les résultats de cette vaste étude prospective confirment bien les effets négatifs de la sédentarité sur l'espérance de vie et le bénéfice considérable que l'on peut escompter d'une activité physique modérée et régulière.
Références :(Patel AV et al. Am J Epidemiol. 2010;172:419-429)
La réduction effective du temps de travail demeure une utopie dans la plupart des pays industrialisés. Plusieurs enquêtes effectuées depuis le début des années 2000 montrent en effet que les heures supplémentaires seraient en augmentation constante dans de nombreuses régions du monde. Or, de plus en plus de données laissent à penser que les longues journées de travail seraient associées à divers problèmes de santé, en lien en particulier avec le niveau de stress. De manière surprenante, il ne semble exister aucune étude prospective ayant tenté d'établir une relation entre longueur des journées de travail et maladie coronarienne. Le suivi sur 11 années en moyenne de 4 262 hommes et 1 752 femmes, participant à la cohorte Whitehall II study, apporte des résultats qui méritent réflexion. Les sujets avaient été recrutés au début des années 90, et les premières données concernant leur temps de travail avaient été collectées entre 1991 et 1994. Il s'agissait de fonctionnaires de la ville de Londres, âgés de 39 à 61 ans en début d'étude et qui n'avaient alors aucun problème cardiaque. La durée normale quotidienne de travail était fixée entre 7 et 8 heures. Dans cette cohorte, 21% des participants faisaient régulièrement 1 heure de travail supplémentaire, 15% en faisaient 2 heures et 10% entre 3 et 4 heures chaque jour. Ceux qui effectuaient le plus d'heures supplémentaires étaient plus souvent des hommes, avec une personnalité de type A et étaient fréquemment soumis au stress. Au total, 369 personnes ont souffert de problèmes coronariens au cours du suivi, dont 159 d'infarctus du myocarde. L'analyse des données a permis de montrer que travailler entre 3 et 4 heures de plus chaque jour augmentait le risque d'accident coronarien de 60%, indépendamment des facteurs de risque cardiovasculaire classiques et des paramètres socio-économiques. Comme on pouvait s'en douter, la surcharge de travail n'est donc pas sans conséquence sur notre santé.
Références :(Virtanen M et al, Europ Heart J. 2010;31:1737-1744)
L'importance des apnées du sommeil en tant que facteur de risque cardiovasculaire est de mieux en mieux reconnue. Ce trouble respiratoire nocturne peut en effet avoir des répercussions très sévères, favorisant en particulier les formes résistantes d'hypertension artérielle, les accidents cardiaques ainsi que les accidents vasculaires cérébraux. Des investigateurs de la Mayo Clinic aux Etats Unis ont recherché si les apnées du sommeil ne pourraient pas aggraver le risque de fibrillation auriculaire chez les sujets ayant une hypertrophie cardiaque. Ils ont recruté 91 patients qui avaient une cardiomyopathie hypertrophique confirmée à l'échographie et ont recherché la présence d'apnées du sommeil objectivées par une mesure oxymétrique nocturne. Une bonne corrélation a été observée entre la présence d'une fibrillation auriculaire et les valeurs d'oxymétrie. Les apnées du sommeil étaient associées à une prévalence 4 fois plus élevée de fibrillation, soit 40% versus 11% chez les sujets qui ne faisaient pas d'apnées. Le volume auriculaire gauche des apnéiques était significativement augmenté et la sévérité des apnées était corrélée à la prévalence de la fibrillation et au volume de l'oreillette gauche. Ces résultats confirment l'importance des apnées du sommeil en tant que facteur de risque cardiovasculaire et incitent à penser que ce trouble respiratoire devrait être systématiquement recherché chez les personnes qui souffrent de cardiopathie.
Références :(Konecny T et al. Am J Cardiol. 2010;105:1597-1602)
Ces dernières années, plusieurs études ont mis en évidence un lien entre apnées du sommeil et dépression. Ces deux troubles, de prévalence non négligeable, peuvent cohabiter et perturber sérieusement la qualité du sommeil et plus généralement la qualité de vie des patients. Des investigateurs japonais se sont demandés si le fait de corriger les apnées obstructives grâce à un traitement par pression positive continue (PPC) permettrait d'améliorer les symptômes dépressifs résiduels pharmaco-résistants. Pour cela, 17 patients apnéiques qui présentaient des troubles dépressifs majeurs en dépit d'une prise en charge médicamenteuse ont été évalués (Inventaire de Dépression de Beck, échelle de dépression de Hamilton et échelle de somnolence d'Epworth), au début de l'étude puis après 2 mois de traitement par PPC. Lors de cette seconde consultation, les scores de dépression étaient significativement améliorés, et cette amélioration était corrélée à une diminution de la somnolence diurne des sujets. Les auteurs suggèrent de rechercher par polysomnographie la présence d'apnées chez les patients souffrant de troubles dépressifs majeurs et persistants malgré une prise en charge pharmacologique. En cas d'apnées obstructives, un traitement par PPC devrait ainsi améliorer significativement non seulement la somnolence diurne mais également ces symptômes dépressifs résiduels.
Références :(Habukawaa M et al. Sleep Med. 2010;11:552-557)
Les causes exactes de la maladie d'Alzheimer, la forme de démence la plus fréquemment rencontrée dans les pays développés, ne sont pas encore connues. Cependant, on sait déjà que notre mode de vie peut contribuer à retarder l'apparition des signes cliniques de la maladie ou ralentir son évolution lorsqu'elle a été diagnostiquée. Le maintien d'activités physiques, intellectuelles et sociales importantes fait ainsi partie des recommandations dont l'efficacité a été bien démontrée. Une alimentation de type méditerranéen semble également avoir des effets bénéfiques tout à fait significatifs. Pour préciser quelles seraient les meilleures associations entre différents types d'aliments et le risque de maladie d'Alzheimer, une équipe spécialisée dans la recherche sur le vieillissement du cerveau et les démences a suivi pendant 4 ans une cohorte de 2 148 personnes de plus de 65 ans, indemnes de signes de démence et vivant à New York. Celles-ci ont bénéficié de tests neuropsychologiques standardisés tous les 18 mois afin de suivre l'évolution de leurs performances cognitives. Au cours de cette période d'observation, 253 sujets ont développé une maladie d'Alzheimer. Grâce à l'analyse détaillée du mode d'alimentation des participants, les auteurs ont pu identifier un profil alimentaire idéal permettant de réduire de près de 40% le risque de démence. Ce régime type se caractérise par des apports importants de légumes verts et de crucifères, de noix, de poisson, de tomates, de viande de volaille et de fruits. En revanche, la viande rouge, les abats, le beurre et les laitages au lait entier doivent être consommés avec grande modération. Ces conclusions rejoignent des observations effectuées au cours d'autres études et montrent que diminuer son niveau de risque de maladie d'Alzheimer est à la portée de chacun d'entre nous.
Références :(Gu Y et al. Arch Neurol. 2010;67:699-706)
Des altérations de l'olfaction ont déjà été décrites chez les patients atteints de la maladie de Parkinson ainsi que chez ceux qui souffrent de démence à corps de Lewy. Cette perturbation de l'odorat a même été rapportée plusieurs années avant que le diagnostic de l'une de ces affections ne soit posé. Des investigateurs japonais se sont demandés si ce trouble était aussi spécifique des anomalies du comportement en sommeil paradoxal, phénomène fréquent chez les parkinsoniens ou chez les sujets qui ont une démence à corps de Lewy. Lors de cette parasomnie, les patients semblent vivre leurs rêves. Les auteurs ont rassemblé 106 sujets qui manifestaient un comportement anormal en sommeil paradoxal de nature idiopathique. Parmi ces personnes, 73 avaient entre 50 et 69 ans, et 33 avaient entre 71 et 82 ans. Les résultats des tests d'identification et de sensibilité aux odeurs ont été comparés à ceux de 28 sujets témoins qui avaient entre 55 et 70 ans. Les troubles olfactifs étaient souvent présents chez les sujets qui manifestaient des comportements anormaux en sommeil paradoxal, avec une anosmie retrouvée chez 29 à 41% des sujets les plus jeunes et chez 58 à 70% des sujets de plus de 70 ans, selon le test pratiqué. Les scores d'identification et de discrimination des odeurs étaient plus faibles chez les patients de moins de 70 ans que chez les témoins, effet qui s'accentuait encore au-delà de 70 ans. Les odeurs qui différenciaient le mieux les patients des témoins étaient la menthe, l'ananas et le bois. Ce travail confirme que la perte de sensibilité de l'odorat serait une caractéristique associée aux troubles du comportement en sommeil paradoxal.
Références :(Miyamoto T et al. Sleep Med. 2010;11:458-461)
Les douleurs chroniques sont fréquentes dans la population des seniors et plus encore en institution. Il en est de même pour les troubles du sommeil et en particulier pour l'insomnie chronique. La douleur est alors classiquement considérée comme une cause fréquente d'insomnie. Toutefois, le seuil de perception de la douleur peut varier d'un jour à l'autre et même au cours d'une même journée, sous l'influence de nombreux paramètres dont des facteurs cognitifs. Ces variations peuvent-elles être en lien direct avec la qualité de la nuit précédente ? Cinquante volontaires, âgés de 60 à 90 ans et dont un tiers était des hommes, qui souffraient d'insomnie chronique selon les critères communément admis, mais sans autres troubles du sommeil, ont été recrutés. Ils ont été invité à porter un actimètre de poignet pendant 14 jours consécutifs afin d'analyser de manière objective leurs cycles veille-sommeil. Chaque jour, leur niveau de perception douloureuse était noté sur une échelle analogique. Après les nuits pendant lesquelles la durée totale de sommeil était plus courte que d'habitude, l'intensité de la douleur perçue était plus élevée. C'est l'inverse qui se produisait lorsque la nuit avait été de meilleure qualité. Il y avait en fait une relation au quotidien entre la qualité du sommeil et la perception de la douleur chez chacune de ces personnes insomniaques prises individuellement. Il serait maintenant intéressant d'arriver à démontrer que le traitement de l'insomnie améliore bien les états douloureux, ce que semblent laisser penser des essais préliminaires chez des patients souffrant de douleurs articulaires.
Références :(Dzierzewski JM et al. J Am Geriatr Soc. 2010;58:925-930)
Les efforts physiques et la pression psychologique et émotionnelle qu'implique une aide régulière pour les activités de base de la vie quotidienne entraînent une situation de stress d'autant plus forte que l'aidant est le conjoint du malade. Evaluer l'impact d'une telle situation sur le risque de mortalité n'est pas chose aisée. Pour essayer de préciser ce risque et la part revenant au stress, à l'ampleur des tâches à accomplir ou à l'état de santé des aidants, le devenir d'un groupe de 375 femmes qui apportaient une aide régulière pour au moins une activité de la vie quotidienne a été comparé à 694 femmes non-aidantes, sur une durée de 8 années. L'âge des participantes allait de 69 à 95 ans (moyenne 81 ans). Une échelle à 14 items a permis d'évaluer leur niveau de stress. La moitié des aidants s'occupaient de leur conjoint, et 28% venaient en aide à un proche ou un ami. Les aidants qui avaient le niveau de stress le plus élevé étaient ceux qui s'occupaient de leur conjoint ou d'une personne démente, qui vivaient avec la personne aidée, qui n'avaient que peu de temps libre et qui étaient relativement isolés socialement. Au cours de la période d'observation, près de 20% des aidants et 27% des témoins non-aidants sont décédés. Cependant, les personnes qui se disaient très stressées au départ avaient un risque de décès augmenté de 80%, mais seulement au cours des 3 premières années de suivi. Les aidants qui ne se sentaient pas stressés avaient une mortalité significativement plus faible que les non-aidants (entre -33 et -43%). Ces résultats suggèrent que le stress est le déterminant principal dans l'augmentation de mortalité bien plus que le fait d'être aidant, cet effet étant encore plus marqué lorsqu'il s'agit de venir en aide à son propre conjoint. Il est également intéressant de noter que les aidants les moins stressés avaient un risque de mortalité plus faible que les non-aidants, cette différence pouvant refléter le bénéfice physique et psychologique que procure le fait de se sentir utile à ses proches.
Références :(Fredman L et al. J Am Geriatr Soc. 2010;58:937-943)
La prise de médicaments psychotropes est très fréquente au sein de la population âgée, les hypnotiques ou somnifères étant les plus représentés. Les benzodiazépines font partie de la classe la plus largement prescrite, et bien souvent sur de très longues périodes en dépit des recommandations d'usage. Or, les bénéfices de ces molécules sur le sommeil sont contrebalancés par leurs effets indésirables, plus marqués chez les seniors que chez les sujets plus jeunes. L'arrêt de ces médicaments n'est pas sans poser de problème, et une méthode simple de sevrage serait la bienvenue. C'est précisément ce que proposent des gériatres finlandais après un essai sur près de 600 volontaires, âgés de 65 à 92 ans, qui avaient fait au moins une chute au cours des 12 derniers mois. La moitié d'entre eux avait bénéficié au cours d'une seule consultation médicale de recommandations orales, accompagnées d'un texte écrit, pour une réduction progressive sur plusieurs mois des psychotropes jugés non appropriés par le praticien. Quelque temps après, ces volontaires avaient été invités à participer à un exposé d'1 heure sur les effets secondaires de ces médicaments. Au cours des 12 mois de l'étude, le nombre d'utilisateurs réguliers de benzodiazépines avait diminué de 35% dans le groupe qui avait bénéficié de conseils alors qu'il avait augmenté de 4% dans le groupe témoin. De même, ceux qui prenaient au moins 2 psychotropes chaque jour étaient 2 fois moins nombreux à la fin de l'essai dans le groupe qui avait reçu les conseils. Au vu de ces résultats, il semble bien qu'une intervention simple puisse avoir des conséquences très positives et durables sur la prise de psychotropes chez les seniors, puisqu'une seule consultation se montre suffisante pour inciter les patients à changer leurs habitudes. Les auteurs recommandent toutefois un suivi régulier, par le biais d'exposés ou des réunions d'échanges et de conseils avec un praticien, pour maintenir la motivation de ces patients.
Références :(Salonoja M et al. Age Ageing. 2010;39:313-319)
Les apnées du sommeil, bien que fréquemment associées à la présence d'une hypertension artérielle ainsi que de diverses complications cardiovasculaires, sont trop souvent ignorées et probablement insuffisamment prises en charge. Les caractéristiques ainsi que les facteurs prédictifs d'apnées obstructives du sommeil ont été recherchés chez des patients suivis pour une hypertension. Les 99 participants à cette étude, dont 53% étaient de sexe masculin, avaient entre 19 et 70 ans (moyenne 46 ± 11 ans), un indice de masse corporelle compris entre 25,1 et 32,9 kg/m², et n'avaient jusque-là pas eu de diagnostic d'apnées obstructives du sommeil. Tous les patients ont bénéficié d'une polysomnographie et d'un bilan sanguin à la recherche d'anomalies métaboliques. Ces investigations ont montré qu'en réalité 56% de ces sujets hypertendus souffraient d'apnées obstructives du sommeil, mais que la moitié d'entre eux n'éprouvaient pas de somnolence diurne. Un risque d'apnées obstructives considéré comme élevé selon le questionnaire de Berlin (qui regroupe des questions sur le poids, les ronflements, la survenue d'apnées pendant le sommeil, le sentiment de fatigue et de somnolence pendant la journée ainsi que la présence d'une hypertension artérielle) se montrait moins spécifique et moins prédictif que la présence d'un syndrome métabolique. C'est en effet ce syndrome qui se montrait le plus prédictif d'apnées obstructives, puisque sa présence multipliait ce risque par 20.
Références :(Drager LF et al. Am J Cardiol. 2010;105:1135-1139)
Les apnées du sommeil, qu'elles soient d'origine obstructive ou centrale, sont d'observation fréquente chez les patients qui souffrent d'insuffisance cardiaque. Ces difficultés respiratoires contribuent à l'augmentation du risque de mortalité de ces malades. Les mécanismes responsables des apnées peuvent être classés en deux grandes catégories : ceux liés essentiellement au surpoids et à un rétrécissement pharyngé pour les apnées obstructives et, ceux dus à une hypocapnie ou une modification de sensibilité des chémorécepteurs pour les apnées centrales. Toutefois, ces 2 types d'apnées peuvent être observés chez les mêmes patients, ce qui laisse penser à des mécanismes physiopathologiques communs. Cette hypothèse vient d'être confirmée lors d'une étude chez 57 patients (âge moyen 61 ans) qui avaient une insuffisance cardiaque systolique stable et dont 35 présentaient des apnées essentiellement de type obstructif et 22 des apnées surtout centrales. La sévérité des apnées était comparable entre ces 2 groupes. L'analyse de plusieurs paramètres a montré que, quel que soit le type d'apnées dont souffraient les patients, la seule variable associée à l'index d'apnées/hypopnées pendant la nuit était la diminution de volume des jambes pendant le sommeil, corrélée à une augmentation du tour de cou. De plus, chez ceux qui souffraient surtout d'apnées centrales, la diminution nocturne de l'oedème des jambes était aussi associée à la pression partielle en CO2 au niveau sanguin. Le traitement des apnées à l'aide d'un appareil à pression positive continue (PPC) chez les malades qui avaient des apnées obstructives diminuait bien la sévérité des symptômes mais également l'augmentation du tour de cou. Ces observations suggèrent que la diminution de l'oedème des jambes, et donc la redistribution vers la partie supérieure du corps des fluides, serait le dénominateur commun aux 2 types d'apnées observées chez les insuffisants cardiaques. Pour confirmer cette hypothèse, il resterait à démontrer que la diminution de la rétention hydrique, et en particulier de l'oedème des jambes, a bien un effet bénéfique sur la sévérité des apnées.
Références :(Yumino D et al. Circulation. 2010;121:1598-1605)
De nombreux travaux ont montré que les situations de stress chronique avaient des effets négatifs sur notre santé. Le stress peut en effet favoriser la survenue de troubles du sommeil ou d'affections cardiovasculaires et affaiblir les défenses immunitaires facilitant ainsi la progression de certaines pathologies. Par ailleurs, les télomères, ou extrémités des chromosomes, se raccourcissent progressivement avec l'âge. Or ces télomères jouent un rôle important dans la protection des chromosomes, dans la préservation du patrimoine génétique et de sa stabilité. Leur longueur est considérée par beaucoup de chercheurs comme un reflet du vieillissement biologique. Une relation éventuelle entre stress et longueur des télomères des globules blancs a été recherchée chez 890 patients, âgés de 64 à 79 ans, qui souffraient d'insuffisance cardiaque à des degrés divers. La présence d'autres pathologies était fréquente chez ces malades : 41% étaient hypertendus, 28% étaient diabétiques, 44% avaient une fibrillation auriculaire et 10% avaient eu un accident vasculaire cérébral. Leur bien-être psychologique a été évalué à l'aide d'un questionnaire validé, et la présence de signes de dépression a été recherchée. Alors qu'il n'y avait pas de relation entre la présence de symptômes dépressifs et la longueur des télomères, un faible score de bien-être psychologique était associé à la présence de télomères plus courts. Les chercheurs se demandent ainsi s'il n'y aurait pas un lien entre stress psychologique chronique et accélération du vieillissement biologique.
Références :(Huzen J et al. Age Ageing. 2010;39:223-227)
Compte tenu du vieillissement de la population, le surcoût induit par les complications liées aux chutes est considérable pour les systèmes de santé. Hormis cet aspect purement comptable, prévenir efficacement les chutes permettrait de diminuer la morbi-mortalité des personnes qui en sont victimes. Partant des résultats obtenus au cours d'une vingtaine d'essais portant sur des interventions très diverses, des auteurs spécialisés en santé publique ont comparé le rapport coût/efficacité des différentes approches envisagées pour réduire le nombre de chutes chez les plus de 65 ans. La facilité à maintenir ces interventions dans le temps a aussi été prise en considération. La suppression ou un usage raisonné des psychotropes ainsi que la pratique d'une gymnastique douce permettant d'améliorer l'équilibre, telle que le tai chi, semblent constituer les approches les moins coûteuses et les plus efficaces. Ensuite viennent la supplémentation en vitamine D et les aménagements du domicile. Sur le long terme, ce sont les modifications du domicile qui se montrent les plus pertinentes car elles ne posent pas le problème de l'adhésion au traitement ou de l'assiduité aux exercices. Les auteurs se sont focalisés sur des interventions sélectives, mais compte tenu de la nature multifactorielle des chutes, des mesures combinant différentes approches pourraient sans doute se montrer encore plus profitables sans que le rapport bénéfice/risque ne devienne nécessairement défavorable.
Références :(Frick KD et al. J Am Geriatr Soc. 2010;58:136-141)
Le sommeil se modifie au cours du vieillissement normal et peut être profondément affecté par certaines maladies neuro-dégénératives. Les patients qui souffrent de démences présentent à la fois des modifications de l'architecture de leur sommeil et des perturbations importantes de leurs rythmes circadiens. Certains troubles du sommeil sont aussi plus fréquemment observés chez les personnes démentes. Cette revue fait le point sur l'impact du vieillissement et des démences sur le sommeil.
1) Rythme circadien et troubles du sommeil observés lors du vieillissement et des états démentiels.
Avec l'âge, le rythme veille-sommeil se modifie, les délais d'endormissement s'allongent, le temps de sommeil nocturne diminue, le nombre et la durée des éveils pendant la nuit augmentent et les phases de sommeil sont décalées. Ces phénomènes peuvent être expliqués par une réduction de la sensibilité de la rétine à la lumière et par les changements morphologiques et biochimiques du noyau suprachiasmatique et de la glande pinéale. Trente-huit pour cent des sujets âgés de plus de 65 ans se plaignent d'une altération du sommeil et de leurs conséquences sur les performances, l'humeur et l'état général.
Les troubles du sommeil surviennent surtout chez les personnes présentant une comorbidité et augmentent le risque de maladies cardiovasculaires, neurologiques et la mortalité. Ainsi, 40% de personnes présentant une maladie d'Alzheimer (MA) souffrent de troubles du sommeil qui devient fragmenté avec beaucoup d'éveils nocturnes entraînant une somnolence dans la journée. Une durée du sommeil augmentée est un des premiers signes de démence et réciproquement la somnolence diurne excessive multiplie par 2 le risque de démence. Il est probable que les lésions pathologiques responsables de la démence agissent directement sur les systèmes de régulation du sommeil. Des conseils comme l'augmentation de l'exposition à la lumière et le maintien d'une activité physique quotidienne peuvent améliorer les troubles du sommeil des patients déments.
L'insomnie correspond à un sommeil de mauvaise qualité qui retentit sur la qualité de vie diurne. Elle se manifeste par des difficultés pour s'endormir ou pour rester endormi. Elle peut être primaire ou secondaire à une comorbidité : dépression, anxiété, troubles urinaires, douleurs, troubles musculo-squelettiques, maladies cardiaques, respiratoires. L'insomnie peut être également d'origine iatrogène en rapport avec la prise de diurétiques, d'hormones thyroïdiennes, de corticostéroïdes, d'antidépresseurs, d'inhibiteurs de la cholinestérase... L'insomnie est un problème de santé publique car elle est associée à une consommation élevée de soins de santé, de médicaments et d'alcool. Le traitement est basé d'abord sur des techniques comportementales comprenant l'hygiène du sommeil, la restriction de sommeil, une approche cognitive et la relaxation. Les hypnotiques, tels que les benzodiazépines ou les agonistes des récepteurs de la mélatonine, ne sont utilisés qu'en deuxième intention en raison du risque d'effets secondaires en cas d'utilisation prolongée.
L'agitation vespérale correspond à une augmentation marquée de l'agitation, de la confusion mentale et de la déambulation en fin de journée ou en soirée. La prévalence de ce syndrome se situe entre 10% à 66% chez les patients déments. Il serait lié à une dysrégulation de la température corporelle causée par la maladie d'Alzheimer ou à la dégénérescence des neurones cholinergiques. Son traitement repose sur des consignes d'hygiène du sommeil et les traitements par les inhibiteurs de la cholinestérase ou la mélatonine.
2) Les maladies avec mouvements anormaux pendant le sommeil au cours du vieillissement et des états démentiels.
Le trouble du comportement en sommeil paradoxal (TCSP) est une forme particulière de parasomnie définie par la disparition intermittente de l'atonie musculaire caractéristique du sommeil paradoxal et par l'apparition d'une activité motrice anormale témoignant d'une activité onirique. Les TCSP sont d'intensité variable : paroles, cris avec des mouvements corporels, coups de poing ou de pieds, gesticulations, le sujet peut également s'asseoir dans son lit, déambuler, voire commettre des actes violents. Ces perturbations sont idiopathiques ou secondaires à des maladies neurologiques telles que la maladie de Parkinson et la démence à corps de Lewy. Elles peuvent également être liées à la prise d'antidépresseurs et de bêtabloquants. Le clonazépam est efficace pour traiter le TCSP, mais il doit être utilisé avec prudence chez les sujets déments. La lévodopa et la mélatonine peuvent être également prescrits. Cause fréquente de mauvais sommeil, de somnolence diurne et de fatigue chez les personnes âgées, le TCSP est pourtant souvent méconnu.
Le syndrome des jambes sans repos (SJSR) est caractérisé par des sensations désagréables et diffuses de fourmillement ou de douleurs au niveau des membres inférieurs qui entraînent un besoin irrésistible de bouger. Ces signes surviennent surtout au moment du coucher et peuvent être responsables d'insomnie. Le SJSR est diagnostiqué par polysomnographie. La prévalence moyenne estimée du SJSR dans la population générale est comprise entre 10% et 15%. Cette prévalence augmente de façon linéaire entre 20 et 79 ans, atteignant 19% chez les plus de 80 ans. Ce syndrome, plus fréquent chez les femmes que chez les hommes, est souvent associé à un taux de ferritine bas, à la consommation d'antidépresseurs, à une insuffisance rénale, une polyarthrite rhumatoïde ou des affections neurologiques. Il n'y a pas de données montrant que les patients atteints du SJSR ont un risque plus grand de développer une maladie neurodégénérative. Ce syndrome est associé à une somnolence diurne excessive et à des troubles cognitifs dus à la privation de sommeil. Le traitement du SJSR repose sur la prise de fer ou d'agents dopaminergiques. Environ 80% des personnes atteintes du SJSR présentent également des mouvements périodiques pendant le sommeil.
3) Troubles du sommeil d'origine respiratoire au cours du vieillissement et des états démentiels.
Au-delà de 60 ans, 1 personne sur 4 est atteinte d'apnées obstructives pendant le sommeil (AOS). Le conjoint remarque les ronflements sonores et les pauses respiratoires. Le malade ne ressent pas de troubles pendant le sommeil ou ne s'en souvient pas au réveil. Dans la journée il présente des troubles de mémoire, de concentration et une somnolence, y compris en conduisant. Les AOS sont provoquées par le rétrécissement ou l'obstruction des voies respiratoires durant le sommeil, en raison de nombreux facteurs, en particulier l'obésité. La prévalence d'AOS augmente avec l'âge, même si l'indice de masse corporelle est normal.
Le sommeil étant impliqué dans de nombreux processus cognitifs et émotionnels, les sujets présentant des AOS ont souvent des déficiences des fonctions exécutives, de la mémoire de travail et de l'attention. Bien qu'il soit peu probable que l'AOS aggrave l'altération cognitive dans le cadre de la maladie d'Alzheimer, la forte prévalence d'AOS dans l'Alzheimer et les facteurs de risque communs peuvent laisser penser qu'il existe une relation entre ces deux conditions. Le traitement, basé sur la perte de poids, la diminution de la consommation d'alcool, de sédatifs et d'hypnotiques, et la ventilation nocturne en pression positive continue (CPAP) peut aider à prévenir le déclin cognitif. Chez les sujets apnéiques sans syndrome démentiel, les études montrent que la CPAP est capable de diminuer les troubles cognitifs. Une étude randomisée, en double aveugle, contrôlée versus placebo chez 52 patients ayant une maladie d'Alzheimer légère à modérée, a montré que 3 semaines de traitement par CPAP amélioraient les fonctions cognitives et la somnolence diurne. Cette étude a montré également que les patients atteints de démence de type Alzheimer tolèrent la CPAP. L'activité cholinergique influençant l'ouverture des voies aériennes, l'effet sur le sommeil du donépézil, utilisé dans l'Alzheimer, a été étudié. Dans une étude randomisée, en double aveugle, contrôlée versus placebo réalisée chez 23 patients atteints de maladie d'Alzheimer modérée, ce médicament diminuait le nombre d'apnées et d'hypopnées et améliorait la saturation en oxygène.
4) Les troubles du sommeil chez les patients présentant des troubles cognitifs légers (MCI).
La prévalence des troubles du sommeil chez les sujets ayant des troubles cognitifs légers est comprise entre 14 et 59%. Elle est plus élevée chez les personnes qui présentent en plus des signes parkinsoniens. On ne sait pas si l'association entre MCI et troubles du sommeil traduit une pathologie neurodégénérative débutante ou si les troubles du sommeil sont une cause méconnue de MCI en l'absence de tout processus neurodégératif.
Conclusion. Les données de la littérature sur le sommeil, le vieillissement et la démence sont abondantes, mais il est difficile de réunir des informations objectives chez ces patients qui présentent souvent des comorbidités. Les quelques données disponibles sur l'impact des troubles du sommeil sur le déclin cognitif des personnes âgées suggèrent qu'un meilleur sommeil est associé à l'amélioration des fonctions cognitives au cours des démences. Des études longitudinales chez des personnes qui présentent des troubles cognitifs légers sont nécessaires pour caractériser la nature, la gravité et l'évolution des troubles du sommeil chez ces patients et pour savoir si les sujets qui ont le plus de troubles du sommeil ont plus de risque d'évoluer vers une démence.
Références :(Bombois S et al. J Nutr Health Aging. 2010;14:212-217)
De nombreuses fonctions de notre organisme sont sous la dépendance de notre horloge biologique interne qui fonctionne selon un rythme jour-nuit d'environ 24 heures, dit aussi rythme circadien. C'est le cas par exemple de la libération de certaines hormones, de la température corporelle, de la pression artérielle, de la fréquence cardiaque, du sommeil... De même, nos activités au cours de la journée présentent des variations cycliques. Avec l'âge, notre horloge biologique prend souvent de l'avance, ce qui se traduit par un besoin de sommeil plus tôt le soir et un réveil plus précoce. De plus, une diminution de l'amplitude de ces variations circadiennes est perceptible chez certaines personnes, les différences entre période de veille et période de sommeil étant moins franches. Une mesure objective de l'amplitude des variations d'activité sur 24 heures a été effectuée à l'aide d'actimètres de poignet, portés pendant au moins 3 jours consécutifs par 3 027 femmes, non institutionnalisées, qui avaient entre 77 et 99 ans. Toutes les participantes se déplaçaient sans assistance, et aucune n'avaient eu de fracture de hanche. Au cours d'un suivi de plus de 4 ans après ces enregistrements, 444 personnes sont décédées. A âge égal, moins les personnes s'étaient montrées actives, plus leur risque de décès était élevé. Cette relation était maintenue après prise en compte de l'état général physique et mental ainsi que des facteurs de risque classiques. Le risque de mortalité était plus élevé chez les personnes dont l'activité maximale et l'activité moyenne étaient les plus faibles, et chez qui les différences de rythme d'activité jour-nuit étaient le moins marquées. De plus, les personnes dont l'activité maximale se situait après 16h30 avaient un risque 2 fois plus grand de décéder d'un cancer ou d'un accident vasculaire cérébral, comparées à celles qui étaient surtout actives en début d'après-midi. Ces observations semblent indiquer qu'une désynchronisation des rythmes biologiques de notre organisme a un impact fort sur l'état de santé général. Il serait maintenant intéressant d'examiner les effets bénéfiques éventuels des interventions capables de réguler notre horloge interne telles que l'activité physique ou la luminothérapie.
Références :(Tranah GJ et al. J Am Geriatr Soc. 2010;58:282-291)
Les personnes dépressives sont plus sujettes à l'hypertension artérielle ainsi qu'aux complications cardiovasculaires. Les causes semblent multifactorielles. Parmi les diverses hypothèses proposées figurent des modifications hormonales ou métaboliques, mais aussi de mauvaises habitudes d'hygiène de vie. Les troubles du sommeil, qui sont fréquents chez les sujets qui souffrent de dépression, peuvent également être associés à une augmentation du risque d'hypertension artérielle. Il était donc intéressant d'analyser les relations éventuelles entre dépression, troubles du sommeil et survenue d'une hypertension. Une cohorte de près 5 000 sujets, non hypertendus au départ, a été suivie pendant 10 ans afin de réaliser cette analyse. Au cours de l'étude, 663 personnes ont développé une hypertension. Les sujets qui avaient moins de 60 ans au départ et qui étaient dépressifs avaient un risque majoré de 65% de devenir hypertendus. L'analyse des données a montré que l'insomnie en particulier, mais aussi des nuits trop courtes, étaient en grande partie responsables de cette relation. Les personnes de moins de 60 ans qui dormaient tout au plus 5 heures par nuit avaient ainsi un risque d'hypertension augmenté de 50%. Ces relations entre dépression, insomnies et hypertension disparaissaient après la soixantaine. Les auteurs pensent qu'une prise en charge des troubles du sommeil chez les sujets dépressifs pourrait contribuer à réduire leur risque cardiovasculaire.
Références :(Gangwisch JE et al. Am J Hypertens. 2010;23:62-69)
Les impatiences des jambes, ou syndrome des jambes sans repos, affectent particulièrement les seniors. On sait que leur prévalence tend à augmenter avec l'âge et plusieurs études ont montré que ce syndrome serait très fréquent chez les personnes qui souffrent de démence. Pour essayer de préciser l'incidence des impatiences non diagnostiquées chez les plus de 65 ans et leurs répercussions au quotidien, des investigations ont été réalisées sur un groupe de 318 personnes en bonne santé, dont 219 femmes, âgées en moyenne de 69 ans. Un examen clinique a été pratiqué ainsi qu'un enregistrement de leur sommeil par polysomnographie. Un questionnaire a permis d'identifier la présence et la sévérité des impatiences. Leurs performances cognitives ont été évaluées et la présence éventuelle de troubles de l'humeur recherchée. Un syndrome des jambes sans repos était retrouvé chez 30% des femmes et 12% des hommes, confirmant une prévalence nettement plus élevée chez les femmes. Pour 67% des sujets affectés, il s'agissait d'un niveau de sévérité jugé léger à modéré. Ces personnes qui souffraient d'impatiences prenaient plus d'hypnotiques et d'antidépresseurs et étaient plus anxieuses que les autres. En outre, les performances cognitives des personnes touchées, évaluées sur la base d'un test de fluence verbale et d'un test de lecture automatique (test de Stroop), étaient diminuées, comparées à celles des participants qui ne souffraient pas d'impatiences. Cette étude confirme la prévalence élevée, en l'absence de troubles du sommeil reconnus, des impatiences chez les seniors et tout particulièrement chez les femmes. L'impact sur leur qualité de vie apparaît bien réel.
Références :(Celle S et al. J Gerontol Biol Sci Med Sci. 2010;65A:167-173)
Cette revue de la littérature réalisée par des chercheurs californiens fait le point sur l'état des connaissances relatives au sommeil des seniors. Elle confirme que le rythme veille-sommeil se modifie avec l'âge. Les délais d'endormissement s'allongent, le temps de sommeil nocturne diminue, le nombre et la durée des éveils pendant la nuit augmentent et les phases de sommeil sont décalées. Les troubles du sommeil des seniors sont plus fréquents et plus sévères chez les personnes qui vivent en institution. Ils ont des conséquences négatives sur leur état de santé. Ces troubles sont le plus souvent secondaires à un syndrome démentiel, une dépression, une polymédication ou sont liés à des facteurs environnementaux qui perturbent l'architecture du sommeil et le rythme circadien. Certains de ces facteurs environnementaux peuvent être modifiés par des mesures simples en vue d'améliorer le sommeil des résidents : augmenter leur exposition à la lumière du jour, favoriser l'activité physique pendant la journée, éviter la lumière ou le bruit pendant la nuit, limiter les cohabitations difficiles entre résidents, adapter les horaires et la composition des repas en évitant les excès de café, les sodas, les repas trop légers ou trop lourds, surveiller la température dans les chambres, limiter la durée des siestes. La mise en oeuvre de ces bonnes pratiques permet dans bien des cas d'améliorer sensiblement le sommeil des résidents et de diminuer la consommation d'hypnotiques.
Références :(Neikrug AB et al. J Nutr Health Aging. 2010;14:207-211)
De nombreux travaux ont déjà été consacrés à la relation entre durée du sommeil et risque de diabète de type II. Globalement il semble bien qu'un sommeil trop court, trop long ou de mauvaise qualité soit associé à une augmentation du risque de diabète. La pratique de la sieste peut-elle moduler ces relations ? Un suivi de près de 10 ans sur un échantillon de 10 143 sujets extraits d'une cohorte de près de 175 000 personnes qui participaient à une enquête plus globale sur les habitudes de vie et la santé aux Etats-Unis apporte une réponse à cette question. En première analyse, des siestes de longue durée sont associées à un risque de diabète plus élevé. Ainsi, comparées aux personnes qui ne font jamais la sieste, celles qui s'assoupissent moins d'une heure ont un risque majoré de 23% alors que celles qui dorment 1 heure ou plus ont un risque augmenté de 55%. Dans cette cohorte également, les courts dormeurs (moins de 5 heures) avaient un risque de diabète augmenté de 46%, confirmant ainsi des observations déjà publiées. Mais ce qui est nouveau c'est de constater que ceux qui font de longues siestes, qu'ils soient courts ou longs dormeurs, sont également plus à risque de développer un diabète.
Références :(Xu Q et al. Diabetes Care. 2010;33:78-83)
Les Troubles du Comportement survenant lors des phases de Sommeil Paradoxal (TCSP) sont caractérisés par des mouvements amples associés à des rêves désagréables et à une activité électromyographique anormalement élevée. Cette anomalie touche surtout les hommes de plus de 50 ans. Bon nombre des personnes concernées n'ont pas conscience de ce trouble du comportement pendant leur sommeil, aussi le témoignage de leur partenaire est-il essentiel. Une polysomnographie avec enregistrement vidéo est également nécessaire pour confirmer ce diagnostic et exclure les autres troubles du sommeil comme les apnées obstructives du sommeil et les terreurs nocturnes. Les TCSP peuvent être idiopathiques ou secondaires à des maladies neurologiques, particulièrement celles qui touchent le tronc cérébral, comme la maladie de Parkinson ou la démence à corps de Lewy. Ces troubles pourraient même précéder de plusieurs années l'apparition des autres signes cliniques d'un syndrome parkinsonien, un syndrome cérébelleux, une dysautonomie ou une démence à corps de Lewy. En revanche, ce trouble est rare chez les personnes qui souffrent de maladie d'Alzheimer. Le clonazepam au coucher est efficace dans les TCSP idiopathiques et secondaires, en diminuant l'activité motrice et les rêves désagréables. Au cours des maladies neurodégénératives, un TCSP traduit la présence de lésions cérébrales intéressant les centres du sommeil paradoxal. Ces lésions entraînent des anomalies complexes des neurotransmetteurs tels que le glutamate, le GABA ou le système monoaminergique. La tendance qui se dégage actuellement est de ne plus les considérer comme de simples perturbations isolées du sommeil, mais comme faisant partie intégrante d'une pathologie neurologique.
Références :(Iranzo A et al. Sleep Med Rev. 2009;13:385-401)
Les personnes qui ont un sommeil de mauvaise qualité sont souvent plus irritables que celles qui ont des nuits sereines. Les comportements anxieux sont également plus fréquents chez les insomniaques. Il semble que les répercussions d'un mauvais sommeil puissent aller bien au-delà de ces troubles psychologiques relativement mineurs. Des chercheurs australiens se sont notamment demandés si des perturbations du sommeil avant la survenue d'un événement traumatique pouvaient prédire l'apparition de troubles psychiatriques ultérieurs. Ils ont pour cela suivi 1 033 patients ayant subi un traumatisme accidentel, sans traumatisme crânien avéré. Dans la grande majorité des cas, il s'agissait d'accident de la circulation. Les sujets ont été évalués au plan psychiatrique au cours de l'hospitalisation, puis 3 mois après. Le Sleep Impairment Index avait permis d'apprécier leur sommeil 2 semaines avant l'accident. Les résultats montrent que parmi les patients sans antécédent psychiatrique, un tiers a présenté un trouble psychologique 3 mois après l'accident. Ceux qui avaient un sommeil perturbé avant l'accident avaient un risque de souffrir de troubles psychiatriques qui était multiplié par 3. On voit par là que les problèmes de sommeil peuvent avoir des conséquences très lourdes sur notre psychisme, allant bien au-delà des simples troubles de l'humeur.
Références :(Bryant RA et al. Sleep. 2010;33:69-74)
Le Syndrome des Jambes Sans Repos (SJSR) est caractérisé par des sensations désagréables au niveau des membres inférieurs, survenant le soir et la nuit, en position assise ou couchée. Une diminution du fonctionnement des circuits dopaminergiques dans le système nerveux central pourrait contribuer au SJSR. Par ailleurs, on sait que la dopamine joue un rôle important dans la régulation de l'érection. Des auteurs américains ont ainsi vérifié si des hommes atteints du SJSR avaient plus de troubles érectiles que les autres. Ils ont analysé les données recueillies auprès de 23 119 hommes, âgés de 56 à 91 ans, indemnes de diabète ou d'arthrite, et participant à la Health Professionals Follow-up Study. Les participants ont reçu un questionnaire en 2002 dans le but de rechercher la présence d'un SJSR. Le diagnostic était porté si les symptômes apparaissaient au repos, étaient améliorés avec le mouvement, s'aggravaient le soir ou la nuit et se produisaient au moins 5 fois par mois. Les sujets qui avaient un SJSR étaient un peu plus âgés que ceux qui n'en souffraient pas (70 ans pour les cas les plus sévères versus 67,5 ans). Après ajustement sur les facteurs de confusion dont l'âge, le tabagisme et l'obésité, le dysfonctionnement érectile augmentait de 16% chez les hommes présentant des symptômes de SJSR survenant de 5 à 14 fois par mois, et de 78% pour une fréquence de SJSR supérieure à 14 par mois, comparés aux sujets sans SJSR.
Références :(Gao X et al. Sleep. 2010;33:75-79)
Les activités de loisir sédentaires, comme regarder la télévision, sont connues pour favoriser les troubles cardiovasculaires. Seraient-elles également responsables d'une augmentation du risque de décès ? Une équipe de chercheurs a suivi pendant 6,6 ans en moyenne une large cohorte de 8 800 sujets australiens, âgés en moyenne de 50 ans. Au cours de cette période, 284 décès, dont 87 d'origine cardiovasculaire et 125 par cancer, ont été dénombrés. Après ajustement sur l'âge, le sexe, le tour de taille et l'activité physique, chaque heure supplémentaire passée devant la télévision augmentait de 11% le risque de mortalité toutes causes confondues et de 18% celle d'origine cardiovasculaire. Plus précisément, comparés aux sujets qui regardaient la télévision moins de 2 heures par jour, le risque de mortalité toutes causes confondues était majoré de 13% pour ceux qui y passaient entre 2 et 4 heures, et de 46% pour des durées quotidiennes supérieures à 4 heures. S'agissant de mortalité cardiovasculaire, le risque augmentait de 19% pour une durée de 2 à 4 heures et de 80% pour plus de 4 heures de télévision. Les différences n'étaient pas significatives pour la mortalité par cancer. Ainsi, diminuer le temps passé devant son écran devrait faire partie, au même titre qu'une alimentation équilibrée et la pratique régulière d'une activité physique, des recommandations pour une bonne hygiène de vie.
Références :(Dunstan DW et al. Circulation. 2010;121:384-391)
Peu de traitements ont fait la preuve de leur efficacité chez les patients qui souffrent de démence. Bien que leur bénéfice soit généralement considéré comme faible, les inhibiteurs de cholinestérase font partie des quelques médicaments disponibles dans cette indication. Bien que la plupart des essais thérapeutiques aient été réalisés chez des patients atteints de démence légère à modérée, leur usage semble être de plus en plus fréquemment élargi aux cas plus sévères. Peu de données sont disponibles en ce qui concerne la prescription de ces molécules en institution pour personnes âgées. Une enquête a été réalisée auprès d'un échantillon représentatif de ces établissements aux Etats-Unis, regroupant 11 940 résidents de plus de 65 ans, dont 49% souffraient de démence à divers stades. Parmi ces derniers, 29% prenaient un inhibiteur de cholinestérase, le donepezil étant le plus fréquemment dispensé avec 71% des prescriptions. Les patients qui prenaient un inhibiteur de cholinestérase étaient un peu plus jeunes que ceux qui n'en prenaient pas, mais ce n'est qu'au-delà de 85 ans qu'une diminution significative de prescription apparaissait. L'usage de ces médicaments diminuait avec la perte d'autonomie, mais était plus fréquent chez les patients qui prenaient des psychotropes, qui avaient été admis depuis moins de 3 mois, qui séjournaient dans un service spécialisé, ou qui résidaient dans un établissement de plus de 200 lits. Ces résultats, extrapolés à l'ensemble des établissements américains, montrent qu'environ 30% des personnes institutionnalisées qui souffrent de démence reçoivent un traitement par inhibiteurs de cholinestérase. Cette proportion semble proche de celle retrouvée dans d'autres pays.
Références :(Seitz DP et al. J Am Geriatr Soc. 2009;57:2269-2274)
De nombreuses études ont montré que les troubles du sommeil étaient des facteurs de risque de dépression, d'anxiété ou d'hypertension. Récemment, deux équipes ont précisé aussi les rapports entre le sommeil et le diabète de type 2. Le premier travail transversal concernait 1 741 américains souffrant d'insomnie. Les sujets âgés de 49 ± 14 ans étaient classés comme insomniaques s'ils se plaignaient d'insomnie depuis plus d'un an, et comme ayant un sommeil de mauvaise qualité en cas de difficulté à s'endormir ou à maintenir un sommeil continu, ou de réveil précoce. Le diabète était défini par une glycémie à jeun supérieure à 1,26 g/l ou par la prise d'un traitement antidiabétique. Le temps de sommeil était mesuré par polysomnographie. La moitié des sujets dormaient 6 h ou plus par nuit, un quart entre 5 et 6 h et le dernier quart 5 h ou moins. Les résultats étaient ajustés sur l'âge, l'origine ethnique, le sexe, l'indice de masse corporelle, le tabagisme, la consommation d'alcool, la dépression, les apnées du sommeil et les myoclonies nocturnes. Les résultats ont montré que l'insomnie chronique, mais pas le sommeil de mauvaise qualité, était associée à un risque plus élevé de diabète. Parmi les sujets insomniaques, ceux qui dormaient 5 h ou moins avaient un risque plus important de développer un diabète que ceux qui dormaient 6 h ou plus.
La deuxième étude concernait des finlandais en surpoids et qui présentaient une intolérance au glucose. Les 522 participants âgés de 40 à 64 ans, ont été tirés au sort pour faire partie d'un groupe bénéficiant de conseils sur l'alimentation et l'activité physique ou d'un groupe témoin recevant seulement les soins habituels. L'incidence du diabète au cours des 7 ans de suivi a été calculée selon la durée quotidienne de sommeil renseignée à l'inclusion. Dans le groupe témoin, le risque de développer un diabète était multiplié par 2,3 et par 2,7 chez les sujets dont la durée de sommeil était comprise respectivement entre 9h et 9h30 et plus de 10 h par jour, comparativement au groupe qui dormait entre 7h et 8h30. En revanche, la durée du sommeil n'avait pas d'influence sur l'incidence du diabète dans le groupe intervention, et ce, quelle que soit la durée du sommeil. Si un temps de sommeil très court ou très long est en relation avec le diabète, des conseils d'hygiène de vie portant sur la réduction de poids, une alimentation saine et une activité physique régulière atténuent ce risque.
Références :(Vgontzas AN et al, Diabetes Care. 2009;32:1980-1985.Tuomilehto H et al. Diabetes Care. 2009;32:1965-1971)
Les apnées obstructives du sommeil sont associées à un risque plus élevé d'hypertension, d'athérosclérose, de morbi-mortalité cardiovasculaire et même de mortalité toutes causes confondues. Plus récemment, un lien avec des altérations métaboliques a également été démontré (intolérance au glucose, résistance à l'insuline...). Ces données laissent à penser que les apnées pourraient également être un facteur de risque indépendant de diabète. Pour vérifier cette hypothèse, 544 vétérans américains du Connecticut, non diabétiques au début de l'étude, ont été suivis sur une durée moyenne de 2,7 années. Leur sommeil a été évalué par polysomnographie et les sujets ont été divisés en 4 groupes selon la sévérité de leurs apnées. Comparés aux sujets considérés comme non apnéiques, les apnéiques étaient en moyenne plus âgés (62,9 ans versus 57,6 ans) et avaient une glycémie à jeun plus élevée (0,994 g/l versus 0,953 g/l). Ils étaient également plus fréquemment obèses (70% versus 49%) et hypertendus (69% versus 53%). Après ajustement sur divers facteurs (âge, sexe, origine ethnique, glycémie à jeun, indice de masse corporelle, changement de poids), une association indépendante a bien été mise en évidence entre apnées du sommeil et diabète, avec une augmentation du risque proportionnelle à la sévérité du trouble respiratoire. Les auteurs suggèrent que l'hypoxémie et les éveils répétés dus aux apnées expliqueraient, au moins en partie, cette majoration du risque de diabète. Parmi les sujets apnéiques les plus sévèrement touchés, 60% utilisaient régulièrement la pression positive continue comme traitement de leurs apnées. Ce traitement était alors associé à une diminution significative de près de 50% du risque de diabète.
Références :(Botros N et al. Am J Med. 2009;122:1122-1127)
Les malades qui souffrent de démence de type Alzheimer ont des nuits perturbées, avec un sommeil moins profond et des réveils fréquents. Les apnées du sommeil sont également fréquentes chez ces patients. Un lien entre qualité du sommeil et aggravation des performances cognitives a par ailleurs été évoqué par certains auteurs. C'est dans le cadre de ce type d'investigation qu'une équipe californienne s'est penchée sur les bénéfices éventuels d'un traitement des apnées par Pression Positive Continue (PPC). L'étude a été conduite chez 52 patients atteints de maladie d'Alzheimer modérée (score au MMSE > 17) et d'apnées obstructives du sommeil. Les participants, âgés de 53 à 91 ans (moyenne = 78 ans), ont été répartis en 2 groupes, tous devant porter un masque de PPC. Ceux du premier groupe recevaient effectivement de l'air sous pression insufflé par la machine alors que ceux du second groupe respiraient normalement mais portaient malgré tout un masque (groupe témoin). Leur sommeil a été évalué par polysomnographie. Dès la première nuit, les patients sous pression positive avaient un sommeil amélioré avec une réduction du stade 1 au profit du stade 2. Ce bénéfice était maintenu au bout de 3 semaines de pression positive avec une diminution du nombre de réveils nocturnes, des durées de réveils plus courtes et plus de temps de sommeil en stade 2 et 3. Cette étude montre que les patients qui souffrent de maladie d'Alzheimer à un stade modéré et qui ont des apnées du sommeil peuvent voir leur sommeil amélioré et consolidé par un traitement par PPC.
Références :(Cooke JR et al. Sleep Med. 2009;10:1101-1106)
Avec l'âge, les plaintes de mauvais sommeil sont de plus en plus fréquentes. Il peut s'agir d'un sommeil non récupérateur, de difficultés à s'endormir, de réveils nocturnes prolongés ou de réveils trop matinaux. Par ailleurs, au grand âge des signes de fragilité sont souvent présents tels que perte involontaire de poids, faiblesse générale, résistance à l'effort amoindrie, marche lente et activité physique réduite. Bien qu'un sommeil de mauvaise qualité ainsi que des troubles respiratoires du sommeil aient pu être associés à une situation de fragilité, un lien formel restait à établir. Plus de 3 100 sujets de sexe masculin, âgés en moyenne de 76 ans, ont répondu à un questionnaire sur la qualité de leur sommeil. Des enregistrements objectifs de leurs cycles veille-sommeil ont été obtenus à l'aide d'un actimètre chez plus de 98% d'entre eux et des enregistrements polysomnographiques ont été réalisés chez 2 909 individus. Dans cette population, 32% étaient considérés comme robustes alors que 14% étaient jugés fragiles. Ces derniers étaient les plus âgés et avaient en moyenne 80 ans. Les personnes fragiles se plaignaient plus fréquemment de la qualité de leur sommeil et étaient plus souvent somnolentes dans la journée. Une moindre efficacité du sommeil (temps réellement passé à dormir / temps passé au lit), une latence d'endormissement d'au moins 1 heure, et des apnées du sommeil fréquentes, caractérisées par au moins 15 épisodes / heure de sommeil, étaient indépendamment associées et de façon graduelle à un état de fragilité. Il serait intéressant d'évaluer le bénéfice éventuel d'une prise en charge des troubles du sommeil sur l'évolution de la fragilité de ces patients.
Références :(Ensrud KE et al. J Am Geriatr Soc. 2009;57:2085-2093)
Le Syndrome des Jambes Sans Repos (SJSR) se manifeste par des sensations très désagréables, ou impatiences, le plus souvent dans les jambes. Ce syndrome oblige la personne qui en souffre à bouger pour apaiser quelque peu cette gêne qui est exacerbée le soir au coucher et en position allongée, pouvant entraîner ainsi une perturbation de son sommeil. Bien qu'une des causes connues du SJRS soit un déficit en fer, aucune étude jusqu'à présent n'avait démontré la réelle efficacité d'une supplémentation orale en fer dans l'amélioration de ces symptômes. Une équipe américaine a réalisé une étude randomisée en ce sens, chez 18 patients, dans un protocole en double aveugle contre placebo. Les participants avaient tous au départ une ferritinémie basse : 40,6 ± 15,3 ng/ml pour le groupe supplémenté et 36,7 ± 20,8 ng/ml pour le groupe placebo. Leurs scores à l'échelle internationale permettant d'évaluer la sévérité du SJSR étaient également comparables au départ. A l'issue des 12 semaines de traitement, ce score de sévérité diminuait davantage et de façon significative pour les sujets supplémentés en fer (-10,3 ±7,4) comparés aux sujets placebo (-1,14 ±5,64), tandis que les niveaux de ferritine remontaient de façon plus marquée dans le groupe supplémenté (25,1 ± 20,3 ng/ml) qu'au sein du groupe placebo (7,5 ± 13,7 ng/ml). Cette étude, réalisée sur un petit groupe de sujets, confirme l'intérêt d'une supplémentation en fer pour améliorer les symptômes du SJSR chez les patients qui ont une ferritinémie basse.
Références :(Wang J et al. Sleep Med. 2009;10:973-975)
La cessation de l'activité professionnelle est parfois vécue comme une période difficile et peut s'accompagner de quelques soucis de santé physique ou mentale souvent passagers. Il s'agit d'une situation multifactorielle où les conditions de travail, le contexte familial et les centres d'intérêt jouent un rôle important. Pour certaines personnes, la retraite est attendue avec grande impatience, pour d'autres avec anxiété. Le sommeil étant une dimension importante de la qualité de vie, il semblait intéressant de mesurer ses changements éventuels au cours des années qui suivent le passage en retraite. La qualité du sommeil d'employés de l'entreprise EDF-GDF a été évaluée pendant les 7 années précédant leur départ à la retraite ainsi qu'au cours des 7 années suivantes. Parmi les 14 714 participants, 72% avaient cessé leur activité à 55 ans et 99% étaient en retraite à 60 ans. La qualité de leur sommeil a été évaluée à 12 reprises en moyenne à l'aide d'un questionnaire. Lorsqu'ils étaient encore en activité, entre 22 et 25% des personnes disaient avoir des difficultés de sommeil. L'incidence de ces troubles diminuait de 34% chez les hommes et de 11% chez les femmes lors du passage en retraite. C'est chez les sujets les plus exposés aux troubles du sommeil de par leur profil général (poste à responsabilité, travail de nuit, surcharge pondérale, fatigue chronique, état dépressif) que l'amélioration était la plus nette lors de l'arrêt de l'activité professionnelle. Ces données en lien avec la qualité de vie au travail sont certainement intéressantes à prendre en considération dans la gestion de la fin de carrière des seniors.
Références :(Vahtera J et al. Sleep. 2009;32:1459-1466)
On savait déjà qu'un simple interrogatoire ne permettait pas de recueillir une information précise sur la durée et la qualité du sommeil des seniors. Il semblerait aussi que la perception que nous avons de notre sommeil soit plus ou moins éloignée de la réalité selon qu'on est un homme ou une femme. Une équipe de psychiatres hollandais a comparé les données recueillies à l'aide d'actimètres de poignet permettant d'enregistrer les périodes d'activité et de repos aux informations obtenues grâce à un agenda de sommeil pendant 6 nuits consécutives, chez 956 sujets de 59 à 97 ans. La qualité du sommeil était évaluée à l'aide de l'échelle de Pittsburg. Globalement, les femmes déclaraient avoir un sommeil de plus courte durée, une latence d'endormissement plus longue et une efficacité ainsi qu'une qualité de sommeil moins bonnes que les hommes. Cependant, les données des enregistrements obtenus avec les actimètres montraient que les femmes avaient au contraire de plus longues nuits et un sommeil moins fragmenté, donc de meilleure qualité, que les hommes. Les femmes ont ainsi une moins bonne perception de leur sommeil que les hommes alors que, dans la réalité, ce sont eux qui semblent avoir des nuits de moins bonne qualité. La consommation d'alcool qui était en lien avec une durée de sommeil objectivement plus courte chez les hommes ne semble pas étrangère à ces différences de ressenti.
Références :(van den Berg JF et al. Sleep. 2009;32:1367-1375)
L'importance de l'implication de l'aidant en charge d'une personne démente a déjà été maintes fois mise en avant. Une équipe multidisciplinaire a examiné l'effet du niveau de proximité entre l'aidant et le malade sur le déclin cognitif et fonctionnel au cours de la maladie d'Alzheimer. Après leur diagnostic de démence, 167 patients ont été revus lors de 6 visites étalées sur une durée moyenne de 20 mois. Ce groupe comprenait 64% de femmes, dont l'âge moyen était de 86 ans. Leur démence évoluait depuis 4 ans environ. Le degré de proximité entre l'aidant et le malade était mesuré grâce à une échelle à 6 niveaux. Après ajustement selon la sévérité de la démence, les patients au sein des couples malade-aidant ayant le niveau de proximité le plus élevé avaient un déclin cognitif significativement plus lent. L'effet le plus net était observé lorsque l'aidant était le conjoint. Ces résultats qui montrent une atténuation du déclin cognitif chez les malades Alzheimer lorsque les aidants sont très proches des malades vont dans le sens de la théorie de l'investissement relationnel. D'après cette étude, des programmes destinés à renforcer le lien entre les aidants et les malades pourraient certainement aider à ralentir l'évolution des symptômes au cours de la maladie d'Alzheimer.
Références :(Norton MC et al. J Gerontol B Psychol Sci Soc Sci. 2009;64:560-568)
Chez les patients qui ont été victimes d'un accident vasculaire cérébral (AVC), les troubles du sommeil ainsi que les problèmes respiratoires au cours de la nuit semblent fréquents si l'on en croit une revue récemment publiée dans le journal Neurology. L'analyse des publications parues depuis le milieu des années 90 sur ce sujet révèle que 50 à 70% des patients qui ont fait un AVC manifestent des troubles respiratoires du sommeil, essentiellement de type apnées obstructives, dans les suites immédiates de l'accident. Ces troubles respiratoires, également observés après un accident ischémique transitoire, s'améliorent au cours des mois qui suivent mais peuvent encore concerner jusqu'à 50% des malades 2 à 3 mois plus tard. L'hypersomnie, la somnolence diurne, ainsi que la fatigue sont également très fréquentes et peuvent persister plusieurs mois après un AVC. A l'inverse, des difficultés d'endormissement ou pour maintenir le sommeil, des réveils précoces ou un sommeil de mauvaise qualité sont retrouvés chez plus de la moitié des patients au cours des mois qui suivent l'accident. Un syndrome des jambes sans repos associé ou non aux mouvements périodiques des jambes ainsi que des comportements anormaux au cours du sommeil paradoxal sont aussi fréquemment observés. Ces diverses anomalies sont connues pour favoriser les complications cardiovasculaires. Les troubles des cycles veille-sommeil ont de leur côté un impact négatif sur les capacités cognitives et sont susceptibles de ralentir la vitesse de récupération des patients. Un diagnostic et une prise en charge adaptée de ces troubles semblent donc vivement souhaitables après un AVC. La pression positive continue constitue le traitement de référence pour les apnées du sommeil chez les sujets à risque, bien que peu d'études aient été consacrées aux patients en post-AVC. Si les agonistes dopaminergiques semblent indiqués pour le traitement des mouvements périodiques ou le syndrome des jambes sans repos, il ne semble pas y avoir de consensus en ce qui concerne la prise en charge médicamenteuse des troubles du sommeil en raison des effets secondaires propres à chaque classe de médicament potentiellement indiquée.
Références :(Herman DM, Bassetti CL. Neurology. 2009;73:1313-1322)
Le syndrome d'apnées du sommeil (SAS) peut avoir des conséquences cardiovasculaires délétères sur le long terme. L'objectif de ce travail était de déterminer si le SAS, qui entraîne des hypoxémies intermittentes et des réveils fréquents, est un facteur de risque de décès dans la population générale chez les adultes âgés de 40 ans et plus. Les auteurs ont étudié le rapport entre SAS et mortalité parmi 6 441 hommes et femmes participant à la Sleep Heart Health Study. L'index d'apnées-hypopnées était mesuré par polysomnographie. La survie était analysée en tenant compte de l'âge, du sexe, de l'appartenance ethnique, du tabagisme, de l'indice de masse corporelle et des comorbidités. La durée moyenne du suivi était de 8,2 ans. Mille quarante sept participants (587 hommes et 460 femmes) sont décédés pendant la durée de l'étude. La mortalité des personnes qui présentaient un SAS léger (index d'apnées-hypopnées = 5 à 15 évènements/h) ou modéré (index = 15 à 30 évènements/h) n'était pas significativement plus élevée, comparées aux sujets sans SAS (index < 5 évènements/h), alors que celle des sujets présentant un SAS sévère (index ? 30 évènements/h) était augmentée de 46%. La mortalité était même doublée chez les hommes de 40 à 70 ans qui présentaient un SAS sévère. L'hypoxémie intermittente, mais pas la fragmentation du sommeil, était un facteur de risque indépendant de mortalité toutes causes confondues mais également de mortalité en rapport avec une pathologie coronarienne.
Références :(Punjabi NM, et al. PLoS Med. 2009;6:e1000132)
Les troubles du comportement en sommeil paradoxal (TCSP) sont caractérisés par des épisodes d'activité motrice apparaissant pendant cette phase du sommeil. Ils sont liés à un défaut d'inhibition du tonus musculaire. Pour certains auteurs, ces comportements seraient des manifestations précoces de maladies neuro-dégénératives de type maladie de Parkinson ou démence à corps de Lewy. Si ce trouble a en effet été souvent décrit chez les patients parkinsoniens, un lien avec une plainte cognitive légère, ou Mild Cognitive Impairment, n'avait pas été décrit jusqu'à maintenant. Une équipe de chercheurs canadiens a réalisé une évaluation neuropsychologique auprès de 112 sujets sans syndrome démentiel ni dépression, parmi lesquels 32 avaient une TCSP idiopathique, 22 une maladie de Parkinson avec TCSP, 18 une maladie de Parkinson sans TCSP et 40 sujets témoins. Une différence significative a été retrouvée concernant la présence d'un déclin cognitif léger entre les groupes TCSP et non TCSP. Ainsi, 10% des patients parkinsoniens sans TCSP ont été classés Mild Cognitive Impairment, un pourcentage sensiblement identique à celui des sujets témoins, alors que la prévalence était respectivement de 73% et 50% pour les sujets qui présentaient une maladie de Parkinson avec TCSP et ceux qui avaient un TCSP idiopathique. En analysant la nature des difficultés cognitives, il est apparu que la sphère cognitive la plus souvent touchée était celle des fonctions exécutives et de l'attention. Pour les auteurs, la présence de troubles du comportement lors du sommeil paradoxal constituerait un facteur de risque important de déclin cognitif.
Références :(Gagnon JF et al. Ann Neurol. 2009;66:39-47)
La vaccination contre la grippe saisonnière constitue un moyen efficace de se protéger contre la grippe et ses complications, même si son efficacité semble moindre chez les personnes âgées. Quelques études ont également montré que la vaccination du personnel soignant pouvait limiter la transmission de l'infection aux résidents ainsi que la morbi-mortalité associée à la grippe. En France, près de la moitié des établissements de long séjour ont une couverture vaccinale du personnel inférieure à 40%, ce qui semble faible. Une équipe française a conduit une étude auprès de 40 institutions pour personnes âgées de la région parisienne au cours de l'hiver 2006/2007. Ces établissements ont été choisis sur la base du nombre de résidents (de 50 à 200) et du taux de vaccination des équipes (moins de 40%). Une campagne de sensibilisation générale et personnalisée auprès de la moitié des unités participantes avait permis d'augmenter le taux de vaccination à 70% avec une dispersion allant de 48,4 à 89,5%, selon les établissements. Dans l'autre moitié des résidences qui n'avait reçu que les informations habituelles, le taux de vaccination allait de 0 à 69% avec une moyenne à 32%. Les résidents étaient âgés en moyenne de 86 ans et leur taux de vaccination était de 92%. Après prise en compte des autres facteurs de risque, la mortalité globale des résidents était fortement corrélée au niveau de vaccination du personnel avec une diminution de 20% dans le groupe le mieux vacciné. De plus, dans ce groupe, les symptômes grippaux étaient diminués de 31% chez les résidents et l'absentéisme pour maladie réduit de 42% chez les soignants. Bien que l'épidémie de grippe fût modérée au cours de cet hiver 2006/2007, ces résultats viennent renforcer l'idée que la vaccination du personnel est tout à fait bénéfique, aussi bien pour les résidents que pour les équipes soignantes.
Références :(Lemaitre M et al. J Am Geriatr Soc. 2009;57:1580-1586)
La perte de poids fait partie des recommandations habituelles chez les personnes qui souffrent d'apnées obstructives du sommeil. Ces conseils reposent toutefois sur des études très limitées quant au nombre de patients, la durée du suivi, voire la faible sévérité des symptômes ou encore l'absence de groupe témoin. Les patients diabétiques obèses constituent une cible intéressante pour mener une telle investigation compte tenu de l'incidence apparemment très élevée des apnées obstructives dans cette population. Une cohorte de 264 patients, âgés de 61,5 ± 6,5 ans, pesant en moyenne 102 ± 18 kg, souffrant de diabète de type 2 ainsi que d'apnées obstructives non traitées et objectivées par polysomnographie, a été suivie pendant une année. Au sein de ce groupe, 26% souffraient d'apnées sévères, soit un index d'apnées/hypopnées ≥ 30. La moitié des participants a reçu une aide classique à la gestion de leur diabète accompagnée d'une éducation à la santé dispensée au cours de 3 sessions réparties sur l'année. L'autre moitié a été invitée à participer à une thérapie de groupe destinée à perdre du poids qui comprenait des conseils diététiques incluant une réduction substantielle de la taille des portions. Une marche rapide d'au moins 3 heures par semaine faisait également partie des recommandations au second groupe (groupe "intervention intensive"). Au bout d'une année, les participants de ce second groupe ont perdu en moyenne 10,8 kg et 9,3 cm de tour de taille alors que ceux du premier groupe n'ont perdu que 0,6 kg et 0,5 cm de tour de taille. La sévérité des apnées s'est significativement améliorée chez les patients du groupe "intervention intensive" tandis qu'elle s'aggravait dans le premier groupe, avec une différence de 10 événements (apnées-hypopnées) par heure entre les 2 groupes. Une rémission des apnées a été constatée chez 13,6% des sujets qui avaient suivi l'intervention intensive contre seulement 3,5% chez les autres participants. La perte de poids était corrélée à la réduction des apnées, une diminution de plus de 10 kg correspondant à l'amélioration la plus marquée, en particulier chez ceux qui étaient les plus sévèrement touchés au départ.
Références :(Foster GD et al. Arch Intern Med. 2009;169:1619-1626)
Les altérations du sommeil sont fréquentes chez les sujets anxieux, particulièrement en cas de trouble anxieux généralisé. La plupart des sujets qui en souffrent sont insomniaques, ont des difficultés pour s'endormir et ont un sommeil non réparateur. Les personnes de plus de 60 ans se plaignent aussi souvent d'un sommeil plus court, moins réparateur et ont parfois un rythme circadien altéré. Cette étude américaine a regardé si les seniors atteints d'un trouble anxieux généralisé avaient des insomnies fréquentes et sévères, et si la dépression augmentait ces troubles. Pour cela, des sujets âgés de 60 à 94 ans ont été inclus par des médecins généralistes. Parmi eux, 31 avaient un trouble anxieux généralisé dont 25 associé à une dépression, 33 étaient légèrement anxieux et 21 n'avaient pas de trouble psychologique. Les patients qui souffraient d'un trouble anxieux généralisé étaient insomniaques pour 52 à 68% d'entre eux selon le score ISI (Insomnia Severity Index) alors que 90% n'étaient pas satisfaits de la qualité de leur sommeil. Les troubles les plus marqués étaient notés chez les sujets les plus âgés. La coexistence d'une dépression n'augmentait pas la sévérité de ces troubles. Si les sujets légèrement anxieux se plaignaient souvent de leur sommeil, seulement 16% avaient des insomnies qui n'étaient pas plus fréquentes que chez les sujets non anxieux. Les auteurs suggèrent que le sommeil soit systématiquement évalué chez les sujets présentant un trouble anxieux généralisé afin d'améliorer leur niveau d'anxiété.
Références :(Brenes GA et al. Am J Geriatr Psychiatry. 2009;17:465-472)
La plupart des études épidémiologiques qui ont été consacrées à la relation entre la durée du sommeil et la qualité de vie concernaient des effectifs réduits de sujets relativement jeunes, analysés à un moment donné de leur vie. Ici, des auteurs espagnols ont étudié de façon longitudinale cette relation chez 3 834 personnes non institutionnalisées de plus 60 ans (âge moyen 72 ans pour les femmes et 71 ans pour les hommes), représentatives de la population espagnole. Leur qualité de vie a été mesurée en utilisant le questionnaire SF-36. Cette échelle utilise 36 questions et explore différents domaines : la mobilité et les performances physiques, les limitations dans les actes de la vie quotidienne, l'intégration sociale, les restrictions dans les occupations habituelles dues à des problèmes physiques ou psychologiques, la souffrance psychique, la vitalité et la santé perçue. Les résultats ont montré que, par rapport aux femmes qui dormaient 7 heures, celles dont la durée de sommeil était < 5 h ou > 10 h avaient une qualité de vie moins bonne dans ses dimensions physiques et mentales. Les hommes qui dormaient 5 h ou moins avaient un mauvais score de qualité de vie dans le domaine physique, équivalent à un vieillissement accéléré de 10 ans.
Références :(Faubel R et al. Sleep. 2009;32:1059-1068)
Le Syndrome des Jambes Sans Repos (SJSR) est une sensation désagréable dans les jambes obligeant la personne qui en souffre à bouger. Il survient surtout en soirée ou pendant la nuit, perturbe le sommeil et peut entraîner dans la journée somnolence, fatigue, manque de concentration, irritabilité, voire syndrome dépressif. La polysomnographie permet d'identifier ce type de trouble par un enregistrement au cours du sommeil de plusieurs variables physiologiques dont notamment le rythme respiratoire, le rythme cardiaque, l'électroencéphalogramme ou l'électromyogramme. Dans cette étude, les troubles du sommeil liés au SJSR ont été analysés par cette technique chez 3 433 personnes de plus de 55 ans. Un auto-questionnaire recherchait les symptômes du SJSR, conformément aux critères diagnostiques du National Institute of Health. Ces symptômes devaient survenir au moins 5 fois par mois et entraîner un retentissement psychologique au moins modéré. La qualité de vie était évaluée par l'échelle SF-36. Les enregistrements ont été réalisés à domicile. L'analyse des résultats a pris en compte divers facteurs de confusion dont les données démographiques, l'état de santé et l'index d'apnées-hypopnées. Les sujets avec SJSR avaient une latence moyenne d'endormissement augmentée et un sommeil plus fragmenté que les témoins sans SJSR. Cette latence d'endormissement augmentait proportionnellement à la fréquence du SJSR. En revanche, les durées relatives des différents stades du sommeil n'étaient pas perturbées par ce syndrome. Les sujets atteints de SJSR rapportaient une moins bonne qualité de vie mentale et physique, même chez les personnes dont les symptômes étaient relativement peu fréquents.
Références :(Winkelman JW et al. Sleep. 2009;32:772-778)
Des chercheurs européens ont voulu tester l'impact de lourds horaires de travail sur les troubles du sommeil. Au cours de cette étude longitudinale réalisée chez des fonctionnaires britanniques, le temps de travail a été mesuré à 2 reprises : la première fois entre 1991 et 1994, la deuxième fois entre 1997 et 1999. Les troubles subjectifs du sommeil ont été évalués une première fois entre 1997 et 1999 puis une seconde fois entre 2002 et 2004. Les sujets étudiés étaient des travailleurs à temps complet qui ne présentaient pas de trouble du sommeil lors de la première évaluation. Les résultats montrent que, par rapport à des semaines de travail de 35 à 40 h, le fait de travailler régulièrement plus de 55 h/semaine est préjudiciable à la qualité du sommeil. Ces gros travailleurs ont 3 fois plus de risques d'avoir des nuits courtes, 7 fois plus de difficultés à s'endormir, 2 fois plus de réveils précoces ainsi que l'impression de ne pas être reposés le matin au moment de se lever.
Références :(Virtanen M et al. Sleep. 2009;32:737-745)
La nycturie correspond à une ou plusieurs mictions nocturnes volontaires. La plupart des personnes considèrent ce phénomène comme lié de façon inéluctable à l'avance en âge, et son importance en tant que facteur perturbateur du sommeil est souvent négligée. Des chercheurs américains ont étudié la prévalence de ces mictions nocturnes et leur rôle dans l'auto-évaluation de l'insomnie et la mauvaise qualité du sommeil chez plus de 1 400 personnes, âgées de 55 à 84 ans. Les données ont été obtenues à partir d'un sondage téléphonique mené auprès d'un échantillon représentatif de la population des États-Unis. La nycturie responsable de réveils nocturnes était citée par 53% des sujets comme ayant lieu "toutes les nuits ou presque toutes les nuits". La douleur, deuxième cause la plus fréquente de réveils nocturnes, n'était citée que par 12% des sujets interrogés. Globalement, la nycturie était associée à une augmentation de plus de 70% du risque d'insomnie ou de mauvaise qualité du sommeil chez ces personnes. Les patients et leur médecin traitant devraient être davantage sensibilisés au dépistage et aux possibilités de prise en charge de ce symptôme gênant.
Références :(Bliwise DL et al. Sleep Med. 2009;10:540-548)
Au Québec, environ 30% de la population adulte a des troubles du sommeil et 6 à 10% est insomniaque. Plusieurs questions ont été posées à 953 personnes participant à une étude sur le sommeil. Estimez-vous donner votre plein rendement au travail après avoir passé plusieurs nuits à mal dormir ? Vous arrive-t-il de vous absenter parce que vous vous sentez trop fatigué ? Consommez-vous des médicaments ou de l'alcool pour trouver le sommeil ? etc...
Les sujets ont été classés comme étant insomniaques, comme présentant certains symptômes d'insomnie (sans toutefois pouvoir être considérés comme insomniaques) ou comme étant de bons dormeurs. Des données complémentaires ont été obtenues par l'Assurance maladie. Les sujets insomniaques rapportaient davantage de pathologies chroniques et de consultations auprès d'un professionnel de santé que le groupe de bons dormeurs. Ils utilisaient plus de médicaments, notamment pour traiter l'insomnie, l'humeur et les troubles de l'anxiété, mais aussi davantage de substances comme l'alcool pour trouver le sommeil. Par rapport au groupe des bon dormeurs, les insomniaques présentaient plus d'absentéisme professionnel (25% versus 17%), signalaient des baisses de productivité (40,6% versus 12,3%) et avaient plus d'accidents (hors véhicule à moteur). La plupart de ces différences sont restées significatives après ajustement sur la comorbidité psychiatrique. D'autres études seront nécessaires pour préciser si le traitement de l'insomnie diminue cette morbidité et les coûts sociaux afférant.
Références :(Daley M et al. Sleep Med. 2009;10:427-438)
Les patients qui souffrent de broncho-pneumopathie chronique obstructive ont un sommeil de mauvaise qualité en raison des nombreux réveils nocturnes et de l'hypoxie engendrée par ce trouble respiratoire. La prévalence chez ces sujets d'autres anomalies associées au sommeil, tel que le syndrome des jambes sans repos, n'est pas très bien documentée. La présence et la sévérité de ce syndrome ont été recherchées chez 87 patients âgés en moyenne de 71,9 ± 9,5 ans qui souffraient de broncho-pneumopathie chronique obstructive. Ils ont été comparés à 110 sujets témoins de même âge. Un syndrome des jambes sans repos était 3,5 fois plus fréquent chez les patients qui souffraient de difficultés respiratoires que dans le groupe témoin, soit 37% versus 11%. Les personnes qui manifestaient les deux types de troubles étaient plus somnolentes dans la journée que celles qui souffraient uniquement de broncho-pneumopathie. Compte tenu de leur impact sur la qualité de vie et ses conséquences à long terme, la présence conjointe éventuelle de ce problème respiratoire et des impatiences des jambes mériterait d'être recherchée de façon systématique.
Références :(Lo Coco D et al. Sleep Med. 2009;10:572-576)
Dans le cadre de la Study of Osteoporotic Fractures, qui inclut 8 101 femmes de plus de 69 ans, des chercheurs américains ont essayé de préciser les relations entre la pratique de la sieste et la mortalité. A l'occasion de la quatrième visite, entre 1993 et 1994, les médecins ont questionné les participantes sur leurs habitudes de sommeil, notamment la sieste. Après un suivi moyen de 7 ans, 1 922 d'entre elles sont décédées : 723 de maladie cardiovasculaire, 423 de cancer et 776 d'une autre cause. Les femmes qui avaient déclaré faire une sieste tous les jours avaient un risque de décès augmenté de 44%, toutes causes confondues, de 58% par maladie cardiovasculaire et de 59% par maladie autre que cardiovasculaire ou cancéreuse, par rapport aux femmes qui ne faisaient pas de sieste quotidiennement. Les femmes qui dormaient entre 9 et 10 heures par 24 heures étaient plus à risque de décéder d'une maladie cardiovasculaire ou d'une maladie non cardiovasculaire et non cancéreuse que celles qui dormaient 8 à 9 heures. Ces données ne signifient pas que les siestes soient systématiquement à éviter. En effet, la somnolence diurne peut être en rapport avec des troubles du sommeil nocturne, comme l'insomnie ou les apnées du sommeil, qui pourraient eux-mêmes augmenter le risque de maladie cardiovasculaire en modifiant la pression artérielle et la fréquence cardiaque au cours de la nuit. Les interventions pour traiter les troubles du sommeil et améliorer la qualité du sommeil devraient alors réduire la mortalité des septuagénaires.
Références :(Stone KL et al. J Am Geriatr Soc. 2009;57:604-611)
La sécrétion de la mélatonine est perturbée par le travail de nuit. Ces changements peuvent induire des désordres endocriniens ainsi qu'une altération du métabolisme osseux, suspectée depuis de nombreuses années. Toutefois, aucune étude d'envergure n'avait encore été réalisée pour objectiver le lien éventuel entre le risque de fracture ostéoporotique et le travail de nuit. C'est maintenant chose faite avec la publication des résultats d'une enquête effectuée auprès d'une cohorte de plus de 38 000 infirmières suivies depuis 1988. Au cours de l'étude, 1 223 fractures ostéoporotiques du poignet ou de la hanche ont été rapportées, fractures qui survenaient en moyenne entre 62 et 65 ans. Chez les femmes qui avaient travaillé de nuit (soit un minimum de 3 nuits/mois) pendant au moins 20 ans, le risque de fracture de hanche ou du poignet était augmenté de près de 40%. Ce risque était plus particulièrement majoré chez les femmes minces qui avaient un indice de masse corporelle inférieur à 24 et qui n'avaient jamais reçu de traitement hormonal substitutif de la ménopause. Dans ce groupe particulier, le risque était multiplié par 2,4. Plusieurs hypothèses ont été proposées par les auteurs pour expliquer ce phénomène parmi lesquelles les perturbations hormonales ainsi qu'un déficit en vitamine D. Par ailleurs, il n'est pas exclu que le mode de vie des travailleurs de nuit, bien souvent inadapté, puisse en partie être responsable d'une perte osseuse.
Références :(Feskanich D et al. Osteoporosis Int. 2009;20:537-542)
Les hypnotiques ou somnifères sont une classe de médicaments ayant la propriété d'induire ou de maintenir le sommeil. Leur influence sur la mortalité a été évaluée sur une cohorte de 1 750 hommes et 1 773 femmes de 30 à 65 ans vivant en Suède. Tous les sujets ont répondu en 1983 à un questionnaire postal sur la prise d'hypnotiques, la durée et la qualité du sommeil, l'état de santé général, la dépression, la démographie et le mode de vie. Les données de mortalité pour la période 1983-2003 ont été recueillies. L'usage régulier d'hypnotiques était rapporté par 1,7% des hommes et 2,2% des femmes. Il était associé à une courte durée de sommeil, une mauvaise qualité de sommeil, des problèmes de santé et un état dépressif. Au cours des 20 ans de suivi, 379 hommes (21,5%) et 278 femmes (15,5%) sont décédés. Après ajustement pour les facteurs de confusion, l'usage régulier d'hypnotiques était associé à une augmentation du risque de mortalité toutes causes confondues. Chez les hommes, la prise de ces médicaments constituait notamment un facteur de risque de décès d'origine coronarienne, par cancer et par suicide. Chez les femmes, la consommation régulière de ce type de médicament était surtout un facteur de risque de suicide. La transposition de ces données à la France doit toutefois être prudente au regard des différences de comportements entre les pays vis-à-vis de la prise de somnifères.
Références :(Mallon L, Sleep Med. 2009 ;10:279-286)
Les troubles du comportement en sommeil paradoxal sont relativement fréquents dans la maladie de Parkinson. Ils toucheraient entre 50 et 75% des parkinsoniens. Pour mieux définir la nature de ces troubles, le comportement nocturne de patients souffrant de narcolepsie, de démence à corps de Lewy ou de maladie de Parkinson a été filmé simultanément à des enregistrements polysomnographiques par une équipe de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. A cela s'ajoutaient des interviews des patients et de leurs compagnons de chambre. Les comportements non-violents inventoriés étaient très variés, incluant des phases de rire, de chant, de danse, de construction d'escalier, d'inspection d'un régiment, de la recherche d'un trésor, de cours magistraux, de simulations d'uriner, de déféquer, de boire, de manger ou de fumer, mais aussi de comportements sexuels. Les paroles étaient incohérentes ou au contraire étaient intégrées dans un discours construit. Parmi les patients atteints de maladie de Parkinson et présentant des troubles comportementaux durant le sommeil paradoxal, 18% avaient un de ces comportements non violents. Dans ce sous-groupe, tous présentaient aussi par moment des comportements violents durant le sommeil paradoxal. Ces troubles du sommeil chez les parkinsoniens sont à rappeler au personnel soignant de nuit pour qu'ils puissent les gérer au mieux sans être pris de court.
Références :(Oudiette D et al. Neurology. 2009;72:551-557)
Les troubles vésicaux augmentent avec l'âge, entraînant un inconfort, une moindre qualité de vie et dans certains cas une vraie dépendance. L'incontinence d'urgence, qui correspond à une envie impérieuse d'uriner, est souvent associée au phénomène de vessie hyperactive. Le lien possible entre cette hyperactivité incontrôlable des muscles de la vessie et le syndrome d'apnée du sommeil a été recherché systématiquement dans un groupe d'hommes à l'hôpital universitaire de Saarland en Hollande. Les participants ont bénéficié d'une polysomnographie une nuit durant. L'index d'apnées-hypopnées a été corrélé aux troubles vésicaux détectés par questionnaires. Les patients avec un syndrome d'apnée du sommeil modéré ou sévère étaient plus nombreux à présenter une hyperactivité vésicale que les témoins. De fait, l'incontinence urinaire était beaucoup plus fréquente chez les personnes avec un index d'apnées-hypopnées important que chez les autres sujets. Reste à vérifier que le traitement du syndrome d'apnée du sommeil soulage effectivement les personnes souffrant d'hyperactivité vésicale et réduit les cas d'incontinence urinaire.
Références :(Kemmer H et al. Sleep. 2009;32:271-275)
Existe-t-il un lien entre le temps de sommeil et le risque d'accident vasculaire cérébral (AVC) ? Une réponse a pu être apportée par les chercheurs de la Women's Health Initiative Observational qui ont étudié le risque d'AVC ischémique en fonction de la durée du sommeil chez plus de 93 000 femmes âgées de 50 ans à 79 ans. L'analyse a pris en compte les facteurs sociodémographiques, ceux qui étaient liés au mode de vie et certains paramètres cliniques tels que la dépression, les ronflements, la somnolence, potentiellement associés au risque de maladies cardiovasculaires. En début d'étude, 8% des sujets estimaient leur durée de sommeil ≤ à 5 heures par nuit et 4% se considéraient comme des longs dormeurs (≥ 9 heures/nuit). Après 7,5 années de suivi, 1 166 cas d'AVC ischémiques ont été recensés. Après prise en compte des facteurs de risque cardiovasculaires, les femmes qui dormaient plus de 9 heures par nuit avaient un risque d'AVC augmenté de 70% par rapport à celles qui dormaient sept heures par nuit, durée de sommeil prise comme valeur de référence. Le risque d'AVC était légèrement augmenté parmi les femmes sans antécédent cardiovasculaire qui dormaient 6h ou moins chaque nuit. Les effets délétères d'un long sommeil étaient indépendants du risque accru d'AVC associé aux ronflements fréquents et à la somnolence diurne. Les mécanismes neurobiologiques qui permettraient d'expliquer cette augmentation du risque d'AVC chez les femmes longues dormeuses restent à préciser.
Références :(Chen JC et al. Stroke. 2008;39:3185-3192)
Le syndrome d'apnées de sommeil est fréquent au cours de la maladie d'Alzheimer. Il se caractérise par des pauses respiratoires qui entraînent des réveils et perturbent les cycles de sommeil. La répétition fréquente de ces apnées pourrait aggraver le déficit cognitif des patients souffrant de démence. La ventilation sous pression positive continue est la méthode la plus efficace pour lutter contre les apnées du sommeil lorsque les conseils d'hygiène de vie ont échoué. Des chercheurs américains ont mis en place une étude randomisée en double aveugle versus placebo auprès de 52 hommes et femmes présentant une démence de type Alzheimer légère à modérée associée à des apnées obstructives, afin d'évaluer le bénéfice éventuel de la pression positive continue sur les troubles cognitifs de ces patients. Vingt sept sujets ont bénéficié du traitement par pression positive pendant 6 semaines. Les 25 autres ont eu une ventilation "placebo" (port du masque connecté à la machine mais avec une respiration libre) pendant 3 semaines, puis une ventilation avec pression positive continue les 3 semaines suivantes. Les patients ont été soumis à une batterie de tests neuropsychologiques avant, 3 et 6 semaines après le début des traitements. La comparaison des scores avant traitement et après ventilation pendant 3 semaines montrait des améliorations significatives surtout au niveau de l'apprentissage, de la mémoire épisodique ainsi que pour certaines fonctions exécutives telles que la souplesse cognitive et la vitesse de traitement des informations. Un traitement par pression partielle positive pourrait ainsi ralentir le déclin cognitif des sujets présentant un syndrome démentiel et des apnées du sommeil.
Références :(Ancoli-Israel S et al. J Am Geriatr Soc. 2008;56:2076-2081)
Dans le cadre de la Study of Osteoporotic Fractures, le sommeil des personnes qui présentaient des symptômes dépressifs et avaient une fonction d'aidant a été spécifiquement analysé. Pour cela, 375 femmes qui avaient la charge d'un proche et 694 femmes témoins ont été comparées. Des questionnaires renseignés à domicile ont permis d'étudier la survenue au cours du mois précèdent de troubles du sommeil tels qu'un délai d'endormissement allongé, des insomnies ou des réveils matinaux associés à une somnolence diurne. Les symptômes dépressifs ont été évalués avec l'échelle CES-D, sans tenir compte de l'item concernant les troubles du sommeil. Les résultats ont montré d'une part que les aidants dans leur ensemble ne signalaient pas davantage de troubles du sommeil que les non aidants, et d'autre part que les femmes qui avaient le plus de symptômes dépressifs (CES-D ≥ 16) avaient 2 fois plus de risque de présenter un trouble du sommeil. En considérant à la fois les symptômes dépressifs et la prise en charge d'un proche, les aidants déprimés souffraient davantage de troubles du sommeil que les aidants non dépressifs. L'association de symptômes dépressifs importants et d'un stress élevé lié au statut d'aidant augmentait considérablement les troubles du sommeil. Ces résultats montrent l'importance de la qualité du sommeil et de la santé mentale des femmes qui viennent régulièrement en aide à un proche malade.
Références :(Kochar J et al. J Am Geriatr Soc. 2007;55:2003-2009)
Des études épidémiologiques ont déjà montré une association entre les habitudes de sommeil et le risque de pathologies cardiovasculaires et de troubles métaboliques. Les mécanismes sous-jacents en sont encore inconnus. La cohorte de la Nurses' Health Study a été mise à contribution pour voir si la durée de sommeil et/ou le ronflement étaient associés aux biomarqueurs des maladies cardiovasculaires chez des femmes présentant un diabète de type 2. Concrètement, 935 femmes, âgées de 43 à 69 ans, sans antécédent d'insuffisance coronarienne ou d'accident vasculaire cérébral, ont été recrutées. Les analyses multivariées montrent qu'un temps de sommeil supérieur à 9h était associé à une augmentation de la concentration de protéine C-réactive. Ce lien était confirmé après ajustement sur l'âge, l'indice de masse corporelle, le mode de vie, les antécédents familiaux de diabète, le contrôle glycémique et la consommation de médicaments. Le taux de cholestérol HDL était diminué pour une durée courte (< 5h) ou longue (≥ 9h) de sommeil, chez les femmes normotendues mais pas chez les hypertendues. Enfin, un ronflement fréquent était directement lié au taux de triglycérides et inversement lié à ceux du cholestérol HDL et de l'adiponectine, une hormone libérée par les cellules adipeuses qui contribue à diminuer la résistance à l'insuline. Ces différentes associations pourraient expliquer, du moins en partie, les liens déjà observés entre habitudes de sommeil et troubles cardiovasculaires et métaboliques.
Références :(Williams CJ et al. Diabetes Care, 2007;30:1233-1240)
Également dénommé "syndrome d'impatience des membres inférieurs", le syndrome des jambes sans repos (SJSR) est une sensation désagréable des jambes qui oblige le sujet à bouger. Il survient surtout en soirée ou pendant la nuit, perturbe le sommeil et peut entraîner dans la journée une somnolence, de la fatigue, un manque de concentration, une irritabilité, voire un syndrome dépressif. Aux USA, selon une enquête récente, ce syndrome touche 14% de la population, plus particulièrement les femmes, et s'aggrave avec l'âge. Une équipe de chercheurs de l'Université de Pennsylvanie a mis en place une étude descriptive, comparative et transversale, auprès de 39 sujets âgés de plus de 65 ans présentant un SJSR. Ils ont été séparés en un groupe de 13 sujets avec SJSR modéré et un groupe de 26 sujets avec SJSR sévère, dans le but de comparer son retentissement sur la vie quotidienne en fonction de sa sévérité. Le critère principal de jugement était la qualité du sommeil mesurée avec le Pittsburgh Sleep Quality Index). Les critères secondaires étaient la somnolence, la fatigue, la dépression et la qualité de vie globale. Les sujets avec un SJSR sévère avaient une qualité subjective et une durée du sommeil ainsi qu'une qualité de vie globale inférieure à celle des sujets ayant une forme modérée du SJSR. La qualité de vie globale était positivement corrélée à la qualité et à la durée du sommeil. Les sujets qui présentaient un SJSR sévère avaient 5 fois plus de chance d'être traités que les autres. La sévérité des symptômes du SJSR affecte non seulement le sommeil mais aussi la qualité de vie diurne, les relations sociales, les activités de la vie quotidienne et le moral. Le SJSR doit être diagnostiqué aussi tôt que possible pour que des conseils appropriés concernant l'hygiène de vie, la diététique, l'activité physique et le sommeil soient prodigués afin d'en limiter le retentissement.
Références :(Cuellar NG et al. J Am Geriatr Soc. 2007;55:1387-1392)
Afin d'apprécier les bénéfices éventuels d'un changement de comportements sur la qualité de vie, une équipe américaine a fait suivre un programme d'éducation à la santé à une cohorte de l'Illinois particulièrement exposée au stress. Les sujets, au nombre de 2 624, étaient âgés de 30 à 80 ans. Ce programme consistait en 40 heures de formation, réparties sur 4 semaines. On leur y expliquait toute l'importance de faire de meilleurs choix d'hygiène de vie en terme de nutrition et d'activité physique, pour améliorer de manière durable leur sommeil et diminuer leur stress. A l'issue du programme, ils observaient une baisse significative du nombre de sujets "avec un sommeil agité" (- 59%), "souffrant d'insomnie" (- 64%), "se sentant sous pression" (- 37%), "fragiles au plan émotionnel" (- 52%), "se sentant craintifs ou déprimés" (- 61%). Les personnes qui continuaient à souffrir de ces perturbations à la fin de la formation étaient plutôt celles qui étaient sédentaires et dont l'indice de masse corporelle n'avait pas évolué. Les participants qui n'avaient pas réussi à limiter leur prise de café ou de thé après les 4 semaines avaient plus de risques d'avoir des troubles du sommeil et d'être facilement émotifs. Changer ses comportements et son style de vie grâce à un programme d'éducation, et ce dès 4 semaines, permet bien de réduire les troubles du sommeil et ceux liés au stress. D'après les auteurs, ces progrès s'expliqueraient principalement par une diminution de l'indice de masse corporelle et/ou une augmentation de l'activité physique
Références :(Merrill RM et al. J Nut Health Aging. 2007;11:242-248)
Le manque de sommeil augmente-t-il effectivement le risque d'hypertension artérielle ? Des chercheurs anglais l'ont vérifié sur 10 308 fonctionnaires de sa majesté participant à la Whitehall II Cohort, âgés de 35 à 55 ans lors de leur inclusion entre 1985-1988. Les données utilisées dans ce travail ont été recueillies pendant la période 1997-1999 pour l'étude transversale et 2003-2004 pour l'étude longitudinale. L'hypertension artérielle était définie par des valeurs supérieures à 140/90 mmHg ou par la prise d'un traitement antihypertenseur. L'analyse transversale a montré chez 5 766 sujets que les femmes qui dormaient 5 heures ou moins par nuit avaient un risque plus élevé d'être hypertendues que celles qui dormaient 7 heures. Ce risque était d'autant plus important que la durée du sommeil était plus courte. Cette relation n'était pas retrouvée chez les hommes. L'analyse longitudinale sur 5 ans en moyenne a montré, après ajustement sur l'âge et la catégorie sociale, que les femmes qui dormaient 5 heures ou moins avaient un risque de développer une hypertension artérielle majoré de 94%, comparées à celles qui dormaient 7 heures. Cette association était cependant atténuée après prise en compte des facteurs de risque cardiovasculaires et de la comorbidité psychiatrique. Cette étude confirme bien qu'une dette de sommeil peut avoir des conséquences néfastes à long terme sur l'appareil cardiovasculaire, en particulier chez les femmes.
Références :(Cappuccio FP et al. Hypertension. 2007;50:693-700)
Le syndrome d'apnée du sommeil et l'augmentation des résistances des voies respiratoires supérieures sont des causes fréquentes de morbidité et de mortalité chez les sujets obèses ou en surpoids. Ces patients présentent un risque élevé de maladie cardiovasculaire car ils cumulent souvent plusieurs facteurs de complications, comme le sexe masculin, l'âge, l'obésité, l'hypertension, les dyslipidémies et le diabète. Le changement des habitudes alimentaires, notamment le choix d'une alimentation riche en légumes et fruits, diminue le risque de maladie cardiovasculaire et facilite la perte de poids. L'intérêt d'un tel régime chez les patients ayant un syndrome d'apnée du sommeil n'avait pas été étudié jusqu'à présent. Cent trois hommes et 35 femmes dont l'indice de masse corporelle moyen était de 36,7±5,8 kg/m² ont été recrutés dans un centre de médecine préventive par une équipe de chercheurs norvégiens. Des conseils alimentaires pour augmenter leur consommation de légumes jusqu'à 400 g/jour et celle des fruits jusqu'à 300 g/jour ont été prodigués aux sujets du groupe intervention. Au cours des 3 mois de l'essai, les apports quotidiens en légumes et en fruits ont été augmentés respectivement de 245 g et 248 g dans le groupe intervention, versus 12 g et -4 g dans le groupe témoin. En parallèle, les concentrations de caroténoïdes plasmatiques, reflets de la consommation de fruits et légumes, étaient augmentées dans le groupe intervention. La perte de poids était significativement plus importante dans ce groupe (-2%). De même, une baisse plus marquée de la pression artérielle a été observée dans le groupe intervention que dans le groupe témoin, soit -7,1 et -3,9 mmHg pour les pressions systolique et diastolique, respectivement. Les auteurs en concluent que des conseils alimentaires en vue d'augmenter la consommation de légumes et de fruits chez les sujets présentant un syndrome d'apnée du sommeil permettent d'améliorer leur poids corporel et de diminuer leur pression artérielle systolique et diastolique au bout de trois mois.
Références :(Svendsen M et al. Eur J Clin Nutr. 2007;61:1301-1311)
Les troubles respiratoires du sommeil et les signes de déclin cognitif sont fréquents chez les seniors. L'objectif de cette étude était d'analyser les liens éventuels entre troubles respiratoires, fonctions cognitives et présence de l'allèle ε4 de l'apolipoprotéine E, au sein de la cohorte féminine américaine SOF (Study of Osteoporotic Fractures). Pour cette analyse, 448 patientes, âgées en moyenne 82,8 ± 3,4 ans, ont été évaluées grâce au MMSE (Mini-Mental State Examination), au Trail Making test B, et par polysomnographie pour les examens de sommeil. Tous les indicateurs de troubles respiratoires du sommeil - l'index d'apnées-hypopnées, l'index d'apnées centrales, la diminution d'oxygénation du sang - étaient significativement associés à des troubles cognitifs mesurés avec le MMSE. En particulier, un index d'apnées-hypopnées ≥ 30 était lié à un risque de déclin cognitif multiplié par 3,4. Chez les femmes porteuses de l'allèle ε4, ce risque était multiplié par 4,6 alors qu'il n'était augmenté que de 50% chez celles qui ne possédaient pas ce trait génétique. Les troubles respiratoires du sommeil constituent bien un facteur de risque majeur trop souvent méconnu de déclin cognitif.
Références :(Spira AP et al. J Am Geriatr Soc. 2008;56:45-50)
Les perturbations des rythmes circadiens et de l'alternance veille-sommeil sont fréquentes chez les patients atteints de maladie d'Alzheimer. Les sujets déambulent alors la nuit et restent inactifs ou somnolents le jour. Ces troubles s'aggravent avec l'évolution de la maladie. Leur traitement fait souvent appel aux psychotropes sédatifs qui ont pour inconvénient d'altérer l'architecture du sommeil et d'aggraver les perturbations cognitives. Une intervention associant photothérapie et mélatonine pourrait constituer une alternative efficace pour la prise en charge de ces altérations du comportement. Cette approche a été testée chez 50 malades Alzheimer (âge moyen 86 ans) vivant dans 2 maisons de retraite californiennes. Les sujets traités ont bénéficié tous les matins, du lundi au vendredi pendant 10 semaines, d'une heure d'exposition à la lumière (2500 lux), associée à 5 mg de mélatonine (n = 16) ou à un placebo (n = 17). Dix sept sujets témoins ont été exposés à la lumière habituelle des locaux (150-200 lux). La durée du sommeil et les périodes de repos et d'activité ont été suivies par actimétrie pendant la nuit et la journée. En ce qui concerne le sommeil nocturne, aucune différence significative n'était observée entre les 3 groupes. Cependant, au bout des 10 semaines d'intervention, les sujets recevant la mélatonine et la luminothérapie étaient moins somnolents que les autres pendant la journée. On notait une diminution de leur temps de sommeil diurne et une augmentation de leurs périodes d'activité avec une amélioration du rapport du temps de sommeil jour/nuit. En revanche, la luminothérapie seule n'améliorait pas le sommeil nocturne, la vigilance diurne ou le rythme activité-repos. Il reste à savoir si ces améliorations sont à attribuer à la mélatonine seule ou si la mélatonine et la photothérapie agissent en synergie.
Références :(Dowling GA et al. J Am Geriatr Soc. 2008;56:239-246)
Les états dépressifs sont associés à des troubles du sommeil, et inversement un mauvais sommeil peut faciliter l'apparition d'un syndrome dépressif. Ce cercle vicieux pourrait en partie être transformé en cercle vertueux par une meilleure prise en charge de l'insomnie. Dans un travail récent, une équipe californienne a voulu savoir si cette relation entre sommeil et dépression touchait aussi les personnes qui avaient simplement un passé d'épisodes dépressifs. Les auteurs ont comparé la qualité du sommeil, l'état de santé général et la sévérité des symptômes dans 3 groupes de sujets de plus de 60 ans. Le premier groupe était composé de 200 témoins qui n'avaient jamais eu de soucis de santé. Le second comprenait 143 personnes qui avaient une histoire d'épisodes dépressifs mineurs ou majeurs mais qui s'en étaient remises. Le troisième comptait 67 patients souffrant actuellement de dépression. Les sujets qui avaient été dépressifs, mais ne l'étaient plus au moment de l'étude, avaient un sommeil de moins bonne qualité et un état de santé général inférieur aux témoins. Leurs scores étaient de ce point de vue intermédiaires entre les témoins et les patients souffrant actuellement de dépression. Forts de ces observations, les auteurs insistent sur l'importance d'améliorer la qualité du sommeil des personnes ayant un passé d'épisodes dépressifs afin d'optimiser leur état de santé global et de réduire le risque de rechute.
Références :(Motivala SJ et al. J Am Geriatr Soc. 2006;54:1184-1191)
Le rôle de l'aidant est capital dans la prise en charge d'un malade atteint de démence, car il contribue à maintenir l'autonomie du patient et à préserver les liens affectifs. Toutefois, cette charge est souvent ressentie comme un fardeau. Les troubles du sommeil sont un signe avant-coureur de l'épuisement qui doit être pris en considération. C'est dans ce contexte qu'une équipe anglaise a voulu étudier l'impact d'une courte période de répit sur les troubles du sommeil de trente neuf patients ambulatoires présentant une démence ainsi que sur celui de leur aidant principal. Afin de soulager les aidants, les patients ont été admis pendant 2 semaines dans des lieux d'hébergement temporaire où ils ont reçu les soins habituels. Les aidants ont continué à vivre chez eux. Trente trois couples aidants/patients ont complété la totalité de l'évaluation. La qualité et la durée du sommeil ont été mesurées pendant 6 semaines (2 semaines avant, pendant, et après l'hébergement des patients) chez les patients et les aidants, à l'aide d'un actimètre de poignet mesurant les mouvements. La qualité de vie et la qualité du sommeil ont été évaluées à l'inclusion par des questionnaires appropriés. La qualité du sommeil a été surveillée pendant la durée de l'étude avec un agenda et une échelle de somnolence diurne. A l'inclusion, les patients et plus des trois quarts des aidants présentaient des troubles du sommeil. Durant la période où ils étaient déchargés de leur proche, les aidants ont augmenté de façon significative leur temps de sommeil nocturne, celui passé au lit pendant la nuit et la qualité subjective de leur sommeil. En revanche le placement en centre d'accueil temporaire a augmenté le délai d'endormissement, réduit le temps de sommeil nocturne et fragilisé le rythme circadien des malades. Ainsi, l'hébergement pendant deux semaines des patients présentant une démence améliore le sommeil de leur aidant, mais pas celui des malades. Ces travaux doivent être poursuivis pour trouver des stratégies permettant d'éviter une dégradation du sommeil de ces patients pendant ces périodes de répit.
Références :(Lee D et al. J Am Geriatr Soc. 2007;55:252-258)
Ce sont bien souvent les conjoints qui assurent les soins quotidiens aux personnes atteintes de maladie d'Alzheimer. La charge qui pèse sur ces proches va grandissante au fur et à mesure de l'évolution de la démence avec comme conséquence une altération importante de leur qualité de vie. Le stress engendré par cette situation contribue à augmenter leur morbi-mortalité. Un travail récent établit un lien entre les troubles du sommeil de ces aidants, l'activation du système sympathique et l'altération de l'hémostase. Cette étude transversale a été réalisée chez 40 conjoints âgés de malades Alzheimer qui ont accepté de subir un enregistrement polysomnographique au cours d'une nuit à leur domicile, examen couplé à la mesure des concentrations circulantes de catécholamines et de D-dimères, un marqueur d'une anomalie de la coagulation sanguine. Chez ces sujets, les réveils en cours de nuit étaient corrélés à une élévation du niveau de noradrénaline et de D-dimères, ces 2 paramètres étant eux-mêmes significativement associés entre eux. Pour les auteurs de ce travail, les troubles du sommeil occasionnés par les réveils nocturnes pourraient contribuer à l'augmentation de la morbidité cardiovasculaire par le biais d'une activation sympathique qui elle-même entraînerait une altération de l'hémostase.
Références :(Mausbach BT et al. Sleep. 2006;29:1347-1352)
A âge égal, les troubles du sommeil sont deux fois plus fréquents chez les personnes atteintes de la maladie de Parkinson que dans la population générale. Les troubles les plus fréquents sont le syndrome des jambes sans repos, des perturbations du sommeil paradoxal et une tendance à s'assoupir pendant la journée. L'architecture du sommeil est modifiée avec une réduction de sa durée et de son efficacité, des réveils fréquents et des perturbations du rythme circadien. Lorsque la maladie apparaît, les insomnies d'endormissement sont fréquentes et les phases de dépression, très courantes, nuisent à la qualité du sommeil. Respecter les règles d'hygiène du sommeil a des effets très positifs sur ces perturbations. Il s'agit en particulier de proposer un bain pas trop chaud deux heures avant de se coucher, d'inviter les sujets à prendre un verre de lait chaud ou une collation légère avant d'aller au lit, d'avoir une literie qui permette de se retourner facilement avec des protection latérales et des draps souples, d'être conciliant sur les horaires de coucher, d'éviter les excitants comme le café, le thé et le tabac, de faire attention aux diurétiques qui favorisent l'énurésie. Les bons résultats obtenus par ces modifications de comportements sont très encourageants car un sommeil de qualité améliore significativement les perturbations motrices des parkinsoniens.
Références :(Dhawan V et al. Age Ageing 2006 : 35 : 220-228)
Une restriction du sommeil peut induire une intolérance au glucose et une résistance à l'insuline. Une mauvaise qualité du sommeil semble également favoriser la survenue d'un diabète. Plus récemment, la durée des nuits a pu être associée au risque de diabète, tout au moins chez les hommes. Le lien entre temps de sommeil et risque de diabète de type II vient d'être réévalué après un suivi de 15 années d'une cohorte de plus de 1500 hommes habitant dans le Massachusetts et qui étaient âgés de 40 à 70 ans en début d'étude. Aucun ne souffrait de diabète lors de leur recrutement entre 1987 et 1989. Les petits dormeurs (moins de 5h à 6h de sommeil par nuit) avaient un risque doublé et ceux qui dormaient plus de 8 heures par nuit avaient un risque triplé de développer un diabète au cours du suivi. L'ajustement sur l'âge, le tabagisme, la présence d'une hypertension, le niveau d'instruction, le tour de taille et l'état de santé général ne modifiait pas de façon notable les niveaux de risque : risque relatif = 1,95 (IC à 95% = 0,95-4,01) pour un sommeil ≤ 5h, et 3,12 (IC à 95% = 1,53-6,37) pour plus de 8h de sommeil. Un ajustement sur les concentrations sériques de testostérone diminuait de façon importante ces niveaux de risque, laissant penser que cette hormone pourrait être impliquée dans la relation entre sommeil et diabète. Quels qu'en soient les mécanismes, il semble bien que la durée du sommeil soit associée au risque de diabète de type II.
Références :(Yaggi HK et al. Diabetes Care. 2006;29:657-661)